Xavier Maréchal, Actuaire

Interview réalisée en octobre 2015

Quel a été votre parcours scolaire ?

Je suis ingénieur civil en mathématiques appliquées et j’ai complété ma formation par ce que l’on appelait alors un « Diplôme d’Etudes Complémentaires » en Sciences actuarielles et un « Diplôme d’Etudes Spécialisées » en Sciences actuarielles. Je suis aussi détenteur d’un master en Sciences de gestion.

Pourquoi avoir opté pour l’actuariat ?

Je trouvais que nous n’avions pas pu développer assez de connaissances et notions économiques pendant mes études d’ingénieur. L’actuariat était un bon compromis entre l’économie et les maths. C’était en outre un métier assez peu connu qui semblait avoir de l’avenir.

Etiez-vous un « matheux » avant d’entamer ces études ?

Plutôt, oui. Mais j’étais surtout intéressé par l’application concrète des maths à la résolution de problèmes pratiques. Ce qu’on retrouve tout à fait dans l’actuariat.

Pouvez-vous nous décrire votre travail d’actuaire ?

Je travaille dans une société de consultance dont je suis également un des gestionnaires. « Reacfin » est un spin-off de l’UCL actif dans le conseil en actuariat et en finance. Nous offrons des solutions innovantes à nos clients (compagnies d’assurance, banques, fonds de pension, gestionnaires d’actifs, organismes publics) en termes d’évaluation, de mesure et de gestion des risques liés à leurs contrats d’assurance et investissements financiers.

Si je me concentre sur mon travail d’actuaire, je peux dire qu’il est très varié et motivant. Le rôle de consultant permet de rencontrer de nombreuses personnes et de travailler sur des problèmes différents. L’objectif est de solutionner des problèmes concrets de clients dans l’évaluation ou la gestion de leurs risques. Chaque nouvelle mission est un nouveau défi.

Pouvez-vous nous citer quelques-unes de ces missions ?

1) Développement d’un nouveau tarif d’assurance auto pour une compagnie d’assurance : l’objectif est de mettre sur le marché une nouvelle offre d’assurance auto (responsabilité civile, dommages au véhicule, incendie, vol, bris de glace) qui soit à la fois rentable pour la compagnie mais également attractive en termes de prix pour les assurés. La première étape consiste à créer avec le client une base de données informatique reprenant les informations sur les assurés (nombre de sinistres déclarés, coût des sinistres pour la compagnie, caractéristiques du risque, etc.). Ensuite, nous analysons les données et essayons de mettre en évidence, sur base de méthodes statistiques, les caractéristiques du risque qui ont le plus d’influence sur la survenance potentielle du risque (fréquence et coût). Cela nous permet de construire un tarif théorique pour chaque segment d’assurés qui permettrait de couvrir le prix du risque de chaque assuré. On évalue ensuite la position concurrentielle de la compagnie sur le marché. Enfin, on adapte les paramètres du tarif théorique et les chargements afin de trouver un compromis acceptable pour la compagnie entre rentabilité, position concurrentielle et satisfaction des clients envers le produit.

2) Revue des montants de provisions techniques pour une compagnie d’assurance soins de santé : les provisions techniques sont les montants financiers que les compagnies doivent détenir en réserve dans leur comptabilité afin de pouvoir faire face aux paiements futurs de sinistres. Il faut évidemment vérifier que les provisions techniques seront suffisantes que pour pouvoir faire face aux engagements. La mission consistait à vérifier les hypothèses utilisées par l’actuaire de la compagnie ainsi que son modèle et à développer des outils simplifiés pour faire un comparatif des résultats obtenus.

En quoi, selon vous, la fonction d’actuaire est importante pour une société ? 

L’essence même du métier d’assureur est de gérer et couvrir les risques de différentes natures. L’actuaire peut être vu comme un ingénieur du risque. Il doit être capable d’identifier les différents types de risque, de les mesurer et de proposer des solutions pour les gérer. Les méthodes statistiques mises en œuvre par les actuaires sont au centre de la mesure et la gestion des risques. Sans bonne connaissance du risque, il est impossible de le couvrir efficacement. Ce serait un peu comme un entrepreneur qui construirait un pont sans qu’un ingénieur ne l’ait dimensionné.

Quelle serait la journée type d’un actuaire ?

Les journées sont très variées et variables. Si on devait résumer le travail d’un actuaire sur une journée, ce serait :

- Avant 10h : prise de connaissance des informations (données) à sa disposition pour analyser un risque identifié et recherche d’autres informations nécessaires.
- Jusque midi : premières analyses sur les informations disponibles. Développement de modèles simples pour appréhender le risque.
- Début d’après-midi : Modélisation plus sophistiquée du risque et prise en compte des différents paramètres l’influençant.
- Fin d’après-midi : proposition de solutions concrètes pour la gestion du risque, tests de sensibilités des résultats par rapport aux différentes hypothèses et mise en évidence des limitations potentielles du modèle développé et de la solution proposée.

Qu’est-ce qui vous plaît tout particulièrement dans votre métier ?

La variété, l’évolution du rôle avec l’expérience (au départ surtout des analyses et développement de modèles, ensuite de la gestion de projet et du coaching des plus jeunes avec proposition de solutions pour résoudre les problèmes rencontrés), la satisfaction d’aider les clients à solutionner leurs problèmes.

Quelles difficultés rencontrez-vous dans la pratique de votre métier ?

Personnellement, j’ai aussi beaucoup de tâches de gestion/administration qui sont parfois un peu pesantes. Mais si on se concentre sur la partie actuarielle de ma fonction, les difficultés souvent rencontrées concernent la qualité des données qu’on obtient pour faire les analyses. D’un client à un autre, ça peut être très différent et engendrer une surcharge de travail importante si la qualité n’est pas très bonne. Parfois aussi un peu de stress lié à des dead-lines serrées. Mais ce n’est pas propre au métier d’actuaire.

Si vous deviez citer trois qualités essentielles que doit posséder un actuaire, quelles seraient-elles ?

Rigueur : indispensable pour obtenir des solutions correctes aux problèmes posés.

Ouverture d’esprit : vouloir tester de nouvelles méthodes pour gérer ses risques et ne pas se contenter de « ce qu’on a toujours fait dans le passé ».

Tourné vers les solutions : pas uniquement mettre en évidence les difficultés et les limitations de ces analyses mais surtout les solutions concrètes permettant d’améliorer l’évaluation ou la gestion des risques de l’entreprise.

Y a-t-il sur le marché de l’emploi une forte demande en actuaires ? 

Il y a pour l’instant une forte demande d’actuaires étant donné toutes les évolutions réglementaires. Mais il y a aussi de plus en plus d’étudiants étant donné la meilleure connaissance du métier, la reconnaissance des universités belges pour la formation des actuaires et le fait qu’on puisse faire le master directement après un bac (avant la réforme de Bologne il fallait un master avant d’entamer des études d’actuariat).

Selon moi, il y a deux grandes filières d’employeurs potentiels :

- les compagnies d’assurance et fonds de pension (grande majorité)
- les sociétés de consultance : certains étant spécialisées dans certains domaines, d’autres plus généralistes.

En Belgique, il y a relativement peu d’actuaires indépendants. Il y a aussi des actuaires qui travaillent maintenant dans d’autres secteurs (banque, organismes publics, pharmaceutique, sociétés industrielles, etc.).

 

 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.