Xavier Nicolay,
Chercheur en biotechnologie

Entretien avec Xavier Nicolay, chercheur en biotechnologie de l'environnement à l'Institut Meurice

En quoi consiste votre travail?

Mon boulot consiste à exploiter de nouvelles idées depuis leur naissance jusqu'à l'obtention d'un subside pour les développer et en la gestion des programmes de recherche qui en découlent. Mon domaine de recherche, c'est la bio-épuration d'une manière générale.

Qu'est-ce que la bio-épuration ?

La bio-épuration, c'est l'ensemble des technologies qui mettent en œuvre des micro-organismes -comme des bactéries et des levures, par exemple - pour épurer un sol, de l'eau ou de l'air pollué par un composé chimique à condition que celui-ci soit biodégradable. Il s'agit d'abord de sélectionner au mieux le ou les micro-organisme(s) qui est (sont) capable(s) de dégrader le(s) polluant(s) et ensuite de choisir la technologie la mieux adaptée pour leur mise en œuvre, et faire en sorte qu'ils opèrent de manière optimale.
Il y a beaucoup de techniques pour traiter l'eau, l'air, le sol, mais l'utilisation de procédés biologiques (et non physico-chimiques) est relativement récente, sauf pour les procédés de traitement d'eau qui font appel aux procédés biologiques (boues activées) depuis assez longtemps. Par contre, pour le traitement de l'air ou du sol, les versions biologiques faisant appel aux microorganismes sont sous-exploitées, surtout en Belgique d'ailleurs.

Quelles études avez-vous faites ?

J'ai d'abord fait des études d'ingénieur industriel ici à l'Institut Meurice : ingénieur chimiste-biochimiste, orientation industrie de fermentation. La section fermentation ouvre de nombreux débouchés parce qu'on utilise le processus de fermentation dans beaucoup de domaines : la boulangerie, la bière, et beaucoup d'autres aspects de l'agroalimentaire, sans oublier de nombreux médicaments, produits par génie génétique et souvent par fermentation tels que les vaccins, les protéines thérapeutiques, etc.
Cette formation d'ingénieur industriel donne accès à une passerelle vers l'ULB en ingénieur chimiste et aux bio-industries . J'ai donc fait ces 2 ans supplémentaires à l'université, et je suis sorti en 1996.

Quel a été ensuite votre parcours?

J'ai d'abord eu, pendant un an et demi, un poste d'attaché à l'interface qui regroupe les quatre instituts d'ingénieurs industriels à Bruxelles, créée pour que le monde industriel profite des recherches et des développements qui naissent dans les écoles. C'était très intéressant. Cela m'a permis d'aborder plusieurs domaines très différents et de rapprocher des gens.
Ensuite, je suis retourné vers la recherche fondamentale et l'enseignement. Pendant un an, j'ai été assistant en microbiologie à l'ULB. Mais je me suis rendu compte que la recherche fondamentale n'était Xavier Nicolayassez appliquée pour moi. C'est évidemment un point de vue personnel : je ne voyais pas suffisamment de finalité à mon travail. Depuis lors, je suis revenu à l'Institut Meurice, où j'avais fait mes études, et où je suis maintenant chargé de cours et de recherche à l'Unité de Biotechnologie.

Pourriez-vous décrire une journée type ?

Les journées ne se ressemblent jamais. Je travaille soit au labo, soit devant mon ordinateur, soit sur un site industriel. Ces sites, il faut d'abord les trouver. Donc je les contacte, je leur demande par exemple s'ils ont un problème de solvants dans l'air, s'ils sont conscients de la législation, etc. S'ils sont d'accord, on peut faire des essais pilotes sur site.
L'étape suivante sera donc d'aller faire les analyses sur place, voir si les effluents rejetés et les débits sont compatibles avec une technique biologique, etc. Après cette étude préliminaire, on propose un projet à l'industriel. Le contact avec les industriels est particulièrement important en recherche appliquée, car il faut connaître leurs besoins concrets.
Il y a aussi des contacts directs avec certaines sociétés qui viennent nous voir pour nous demander de résoudre des problèmes précis qu'elles rencontrent. Autre occupation dans cette même journée: les recherches de fond, c'est-à-dire des sujets d'études qui nous occupent depuis quelques années. Là-dessus viennent se greffer les activités d'enseignement. C'est donc très diversifié !
En fait, on mène toujours plusieurs choses de front. Quand on travaille avec le biologique, on n'a jamais un résultat instantané. Une manipulation ne dure pas une demi-heure; on doit préparer les cultures bactériennes qui pousseront pendant la nuit, le lendemain on doit les traiter d'une manière ou d'une autre. Il y a beaucoup de petites opérations à réaliser et qui remplissent une journée.

Dans votre travail, il y a donc aussi une part d'enseignement ?

Oui. Je pense qu'il est important que les enseignants aient un contact intime avec le monde industriel, le monde technologique, le monde de la recherche et du développement, pour rester en connexion avec la réalité. La combinaison chercheur-enseignant donne une bonne dynamique. Je donne plus ou moins 180 heures de cours et de travaux pratiques aux étudiants d'avant-dernière et dernière année : des travaux pratiques en génie chimique et biochimique et en traitement de l'air et de l'eau.

Quels sont les avantages et les inconvénients de votre travail?

Les avantages, ils sont évidents ! Toutes ces recherches qu'on développe sont chaque fois un peu nos "bébés". On les vit intensément, c'est quelque chose qui est très prenant. On a toujours des choses à découvrir, ce qui signifie aussi que notre travail n'est jamais fini. Mais on essaie quand même de concrétiser un peu, on favorise les essais sur sites industriels. Contrairement à la recherche fondamentale qui n'a jamais vraiment de fin, en 2-3 ans, on peut arriver à une finalité industrielle. Et là c'est un couronnement à chaque fois.

Quelle est la qualité principale d'un chercheur ?

Être curieux surtout. Passionné aussi, sinon ça n'avance pas ; avoir envie d'apprendre tout le temps; savoir se remettre en cause; être capable de développer de nouveaux sujets et donc de pouvoir acquérir rapidement un bagage dans un nouveau domaine.

Votre formation vous a-t-elle bien préparé ?

Ce que j'utilise maintenant c'est une combinaison de ce que j'ai appris durant mes études surtout dans les dernières années et en réalisant mon travail de fin d'études où l'on acquiert beaucoup de pratique. Le reste vient avec le travail.

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes ?

Il faut essayer, au travers de son cursus d'études, de s'ouvrir à beaucoup de choses, de se montrer curieux et d'aller parfois plus loin que ce que l'on apprend. Se diversifier, c'est aussi une forme de sécurité car on ne sait jamais comment sera le marché de l'emploi demain.
Par contre, ceux qui savent très précisément ce qu'ils veulent faire ne doivent pas avoir peur de se spécialiser, de s'engager. J'en connais par exemple, qui sont déjà allés vivre leur travail de fin d'études au Japon. C'est bien de mettre certaines choses en place avant l'entrée dans le monde professionnel. A ce titre, on n'insistera jamais assez sur la connaissance des langues.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.