Yves Coenen, Chauffeur poids lourds

Interview réalisée en novembre 2008

Zoning industriel des Hauts-Sarts à Herstal.
La société Vincent Logistics existe depuis 7 ans et emploie 180 personnes.
C’est là que nous avons rencontré Yves Coenen, 49 ans, de Tongres.
Il exerce la profession de chauffeur de poids lourds, plus particulièrement
dans le transport international.

Peut-on en savoir plus sur votre formation, sur votre parcours professionnel?

Après des humanités en latin-math, j’ai fait l’attestation pour être transporteur, puis commissionnaire de transport ainsi qu’agent en douane. Jetravaille depuis 25 ans dans le secteur du transport routier.

Quelles sont les particularités de la profession de chauffeur de poids lourds?

Il faut aimer ce métier. Cela doit être une passion, il faut être dévoué. Sans cela, ce n’est pas la peine de rouler. Le principe, c’est d’aller chercher des marchandises à un endroit et de les livrer à un autre endroit. On a une responsabilité envers notre patron puisqu’on roule avec son matériel mais aussi vis-à-vis des clients avec lesquels on travaille. Je veux dire par là qu’il faut avoir un comportement professionnel qui constituera en même temps une publicité pour la société qui nous emploie. Enfin, il y a une responsabilité envers les autres usagers de la route : il ne faut pas faire le fou, il est indispensable de respecter la législation européennedu code de la route.

Quel type de transport effectuez-vous?

Je roule avec un camion-remorque plateau (c’est-à-dire sans bâche) mais aussi avec des convois exceptionnels (camions d’une longueur de 20 mètres, d’une largeur de 3 mètres et d’une hauteur de 4,40 mètres). Je fais du transport international, ce qui me permet de voyager en Allemagne, en France, en Espagne, en Suède, au Danemark et en Italie. Quand je pars,c’est pour 6 jours maximum.

Quelles sont vos tâches principales?

Il y a d’abord un aspect administratif. Il est nécessaire de remplir des CMR. Ce sont des lettres de voiture que nous devons compléter puisqu’on roule pour le compte de tiers, contrairement aux transports privés qui voyagent avec un bon de livraison. Il faut aussi être attentif à la date d’expiration de nos licences internationales, licences pour convois exceptionnels, eurovignette et autres assurances. Je trouve également important de prendre soin de son camion: propreté de la cabine, état des pneus…

Quelles qualités incontournables faut-il réunir pour exercer cette profession?

Pour moi, la patience est primordiale. Tout ne va pas toujours comme on veut (clients exigeants, heures d’attente au chargement, embarras de circulation), il importe donc de rester calme, quelle que soit la situation. Il faut être correct car on véhicule l’image de l’entreprise, être en bonne santé afin de pouvoir supporter les horaires irréguliers et être bien dans sa tête. En effet, quand on est heureux, on relativise les choses et on est moins nerveux. Un bon chauffeur doit aussi pouvoir anticiper les problèmes (accidents, bouchons) grâce à un bon esprit d’analyse et de synthèse, être résistant au stress et flexible car on sait à quelle heure on commence mais jamais quand on finit. Au niveau du savoir-faire, avoir des connaissances en mécanique permet d’effectuer de petites réparations sur le camion. Lorsqu’on est chauffeur international, il est nécessaire d’avoir de bonne notions en langues étrangères. Personnellement, je parle le néerlandais, l’anglais, l’allemand et le français. Enfin, il faut maîtriser les normes de sécurité de la profession car elles changent souvent, ainsi quela législation européenne.

Quels sont les avantages et inconvénients de la profession?

Quand on aime son métier, on n’y trouve pas d’inconvénient. Les horaires irréguliers ne me dérangent pas même s’il est vrai que cela a une incidence sur la vie de famille.

Qu’est-ce qui vous plaît dans votre métier?

Ce n’est plus comme avant, la mentalité a changé. Quand on est jeune, on pense à la liberté, à l’aventure, aux challenges. Lorsque j’étais célibataire, j’en ai profité pour faire de plus longs voyages et rencontrer des personnes d’une autre culture afin d’élargir mon horizon. Avant, on relativisait si on prenait du retard. A présent, tout le monde est stressé, plus personne n’a le temps et sur la route c’est chacun pour soi et Dieu pourtous! (sic) Toutefois, je continue à adorer mon métier.

De quelle manière la profession a-t-elle évolué?

Des connaissances en informatique sont aujourd’hui indispensables car celle-ci est de plus en plus présente dans le camion. Il y a l’ordinateur de bord, la boîte noire et aussi une radio qui permet de communiquer des messages à notre employeur et connaître la suite de notre programme de mission. Il faut dire également qu’à cause de la législation européenne, on est obligé de rouler « contre notre gré ». En effet, lorsqu’on est dans notre temps de conduite, on peut s’arrêter quand on est fatigué mais cela a pour conséquence de décaler tout notre programme de mission ainsi que les rendez-vous avec les clients. Le chauffeur poids lourds est enquelque sorte devenu une machine sur une machine.

Cette profession a-t-elle un avenir?

Certainement. Il y a beaucoup de gens qui détestent les camions mais ils oublient que ceux-ci leur apportent tout ce dont ils ont besoin dans la vie. Sans transport routier, il n’y aurait pas d’économie! Le camion fait partie de la chaîne logistique et de la chaîne de production, par exemple lorsqu’il faut amener des pièces manquantes à une usine afin qu’ellepuisse tourner.

Si un jeune se montre intéressé par le métier de chauffeur poids lourds, quel conseil auriez-vous envie de lui donner?

Il faut avoir du culot, du courage et de la motivation. Je pense que beaucoup de jeunes ne veulent plus faire ce métier car ils préfèrent rentrer chez eux tous les soirs. Je dis néanmoins « Bravo » à celui qui a envie dele faire.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.