Lettres Langues & lettres Magazine n°57

Publié en 1/04/2018  —  Magazine précédent  —  Archives
critique littéraire

Qu’ont en commun le bibliothécaire, l’auteur, le traducteur ou encore le linguiste ? Une passion pour les mots, les écrits et les langues, et une envie de transmettre, de rendre accessible cette passion. Bien que différents, tous ces métiers trouvent donc leur place dans un même magazine.

Les mots sont analysés et définis sous toutes leurs formes par les linguistes, ils sont manipulés par l’auteur, l’interprète ou le traducteur, par la plume ou par la bouche desquels ils prennent une nouvelle vie. Ils composent des écrits qui titillent la curiosité des éditeurs, puis ensuite des critiques, des libraires ou encore des bibliothécaires, qui se chargent de les faire connaître au plus grand nombre. Et pour s’assurer qu’ils ne soient pas oubliés ou perdus dans la masse d’informations qui nous entoure, les archivistes et documentalistes se chargent de leur trouver une place bien spécifique.

Les langues font partie de notre quotidien. Ecrites, parlées, lues, interprétées, traduites, décortiquées ou encore imprimées, elles requièrent toute l’attention de celles et ceux qui en font leur outil de travail. Matière en constante évolution et élément essentiel à toute communication, la connaissance des langues permet d’envisager de multiples carrières professionnelles.

Sur fond de révolution numérique, le monde du livre et de sa conservation voit apparaitre quelques chamboulements dans la façon d’appréhender les écrits et leur diffusion. Si le format papier résiste toujours, l’ascension fulgurante des tablettes et autres appareils mobiles a entraîné dans sa suite l’apparition de certains ouvrages en format numérique. D’un simple glissement de doigt ou d’un simple clic, il est désormais possible de consulter (presque) tout en un temps record. De même, les recherches documentaires se font de plus en plus facilement à domicile, grâce à l’accès aisé aux bases de données en ligne. Gain de temps, de place ou d’argent, les arguments en faveur du numérique sont nombreux pour celles et ceux qui ont adopté le principe.

Les langues côtoient également les nouvelles technologies. Le traducteur utilise en effet des logiciels spécifiques dans son travail, le linguiste participe à l’élaboration de logiciels à reconnaissance vocale, sans compter tous les outils que l’utilisateur lambda peut retrouver en ligne facilement (dictionnaires, traducteurs, etc.). Si le numérique ne remplacera jamais les conseils avisés et les connaissances  de tous ces professionnels, qu’on le veuille ou non, son arrivée suppose l’acquisition de nouvelles compétences, l’apparition de nouveaux profils plus techniques et plus pointus, et la mise en place de nouvelles stratégies pour toucher le public.

Ce magazine vise à présenter quelques-uns de ces métiers incontournables qui gravitent autour des langues et des lettres, à travers des fiches métiers, des interviews mais aussi des suggestions de formations.

Bonne lecture !

 

Les métiers

 

Autant savoir

Le Service général des lettres et du livre de la FWB

En Fédération Wallonie-Bruxelles, le service général des lettres et du livre (SGLL) est un service de la Direction générale de la culture. Les missions du SGLL sont orientées vers la promotion des acteurs de la chaîne du livre (auteurs, éditeurs, libraires, bibliothécaires, illustrateurs, etc.), la promotion de la lecture, de la langue française et des langues régionales endogènes.

Afin de réaliser ces différentes missions, le SGLL est divisé en quatre services distincts :

  • le service de la lecture publique 
  • le service de la promotion des lettres 
  • le service de la langue française 
  • le service des langues régionales endogènes 

Le SGLL soutient également la littérature jeunesse et la bande dessinée.

Le Service de la lecture publique est chargé du réseau des bibliothèques et de la formation continue des bibliothécaires (cfr Les bibliothèques en Fédération Wallonie-Bruxelles).

Le Service de la Promotion des Lettres apporte une aide à la création, à l'édition et à la diffusion/promotion de la littérature francophone de Belgique ainsi qu'aux différents acteurs de la chaîne du livre. Des aides et bourses sont ainsi octroyées aux auteurs, aux éditeurs littéraires et de sciences humaines, aux libraires, aux traducteurs, aux ateliers d’écriture, aux organismes et associations littéraires, aux associations professionnelles du livre mais aussi à des opérateurs extérieurs (Foire du Livre de Bruxelles, Maison du Livre, Chèque Livre, Banque du Livre et Le Comptoir).

Le Service de la langue française est chargé de coordonner les activités des organismes publics ou privés qui assurent la promotion de la langue française. Concrètement, ce service réalise de nombreuses tâches qui relèvent de la politique de la langue française :

  • Les recherches sur la situation du français (les représentations des compétences linguistiques des Belges francophones, la lisibilité de la presse télévisée, le français face aux langues de l’immigration, etc.).
  • Le soutien aux activités de promotion de la langue française (actions d’associations ou organismes, aide aux publications, soutien à des revues scientifiques en langue française, etc.).
  • La terminologie : soutien et coordination des activités liées à l’enrichissement de la langue française, création d’une banque de données terminologique destinée aux traducteurs et spécialistes de différents domaines.
  • La sensibilisation du francophone à sa langue : publications (Collection « Français et Société », Guides, Le Français en Belgique), service d’aide linguistique (terminologie, grammaire, législation linguistique, etc.), opération « La langue française en fête » (semaine de festivités autour de la langue française).
  • La coopération internationale : collaborations avec les principaux organes de gestion linguistique de France, Québec et de Suisse.

Le Service des langues régionales endogènes (S.R.L.E.) a pour objectif de promouvoir tous les parlers minoritaires développés parallèlement au français sur le territoire wallon et bruxellois, qu'ils relèvent de l'aire romane (champenois, lorrain, picard, wallon) ou germanique (francique, limbourgeois et luxembourgeois, brabançon, bruxellois).

Il veille à :

  • promouvoir le patrimoine écrit et la création contemporaine ;
  • développer l’offre d’ouvrages dans ces langues et en traduction française ;
  • soutenir des associations, organismes et revues ;
  • soutenir la ratification de la Belgique à la charte européenne des langues régionales ou minoritaires 
  • développer des outils et des services.

Un guichet public gratuit d’information au public et une journée interrégionale des langues minoritaires dans le cadre de la journée européenne des langues sont aussi organisés. Le Service met également en place deux prix consacrés à la littérature et à la philologie.

Globalement, le Service général des lettres et du livre réalise ou soutient aussi plusieurs outils d’information à destination du grand public et/ou des professionnels (publications, études, etc.).

Enfin, des instances d’avis indépendantes conseillent également la Ministre de la Culture dans ses politiques relatives au livre, à la lecture ainsi qu’aux langues françaises et régionales.

Comme pour les autres secteurs, le budget de la Fédération Wallonie-Bruxelles, voté chaque année par le Parlement, prévoit une enveloppe propre au secteur des Lettres et du Livre. En 2013, ce budget s’élevait à 19.059.000€, répartis comme suit :

  • Fonctionnement et promotion de la lecture : 65.000€
  • Lecture publique : 14.787.000€
  • Lettres et Livre : 3.594.000€
  • Langues régionales endogènes : 138.000€
  • Langue française : 200.000€
  • Développement informatique en bibliothèques et numérisation de la chaîne du livre : 275.000€

Numérisation du livre

Au cours de ces vingt dernières années, la chaîne du livre a été particulièrement concernée par le phénomène du numérique. On assiste à l’apparition de « webrairies », de bibliothèques en ligne et les consommateurs peuvent désormais acheter des copies numériques d’un livre, téléchargeables sur internet.

Tous les acteurs de la chaîne sont touchés, de la création à la diffusion, en passant par les politiques d’emprunt, d’achat et de lecture. Ils doivent prendre conscience des impacts de la numérisation de leur secteur afin d’adapter leur positionnement et d’assurer leur viabilité.

L’apparition de nouveaux supports de lecture (téléphones portables, tablettes, ordinateurs, etc.) influence également les pratiques de lecture par les consommateurs, de plus en plus habitués à l’accès illimité à des contenus gratuits. L’accès au savoir, à l’information et à la culture est désormais étroitement lié à la maîtrise des outils de production et de diffusion de ces nouveaux supports.

La mise en place de nouvelles stratégies, de démarches novatrices, créatrices d’emploi et de diversité culturelle sont désormais nécessaires.

Un rapport réalisé en mai 2012 à l’attention de la Ministre de la Culture, propose une analyse du développement numérique de la chaîne du livre[1] et émet des recommandations en ce sens. Il encourage notamment un meilleur soutien pour les acteurs de la chaîne grâce à la mise en place de formations technologiques minimales, à la mise à disposition d’informations régulières sur l’évolution des technologies et des pratiques de lecture (sondages, enquêtes, etc.), de sources de financement adaptées, à la création et au soutien d’un partenariat interprofessionnel (PILEn : Partenariat interprofessionnel du livre et de l’édition numérique), etc.

Dans le milieu, l’apparition du livre numérique n’est pas systématiquement considérée comme une menace. Il est davantage considéré comme un support complémentaire, obligeant les acteurs du monde du livre et de l’édition à s’adapter et à développer de nouvelles compétences.

Vente des livres et habitudes de lecture en Belgique

D’après l’étude annuelle que le CAIRN réalise pour le secteur des Lettres et du Livre, en 2010, les ventes de livres en français, quelles que soient les catégories, ont atteint, en Belgique, un chiffre d’affaires de 264 millions d’euros[2]. Il s’agit d’un recul de près de 2% par rapport à 2009. En cinq ans, le taux de croissance annuel moyen du marché du livre est négatif de près de 1%. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette décroissance : diminution des grands lecteurs (ceux qui achètent plus de 20 livres par an), apparition de nouvelles formes de loisirs, accès à des contenus gratuits en ligne et développement de l’e-commerce. Quant au chiffre d’affaires du numérique en langue française révélé par les éditeurs belges en 2011, il atteint 9,1 millions d’euros.

Ce sont les livres de littérature générale qui se sont les plus vendus (18,6%) suivis par les beaux livres et les livres pratiques (15,7%) et les BD (15,2%). Les poches et les livres scolaires représentent respectivement 12,1% et 10,5% des ventes. 69% des ouvrages vendus en Belgique sont importés (principalement de France) et les 31% restants sont issus de maisons d’édition belges. En numérique, ce sont les ouvrages techniques, de médecine, de management, d’économie, de droit ou encore les dictionnaires qui sont les plus plébiscités, au contraire de la BD, des livres scolaires ou encore de la littérature générale.

Une enquête menée par la plate-forme de commerce en ligne Kapaza révèle que sur 1.000 personnes interrogées, 31% ont affirmé acheter au moins un livre par mois et 45% achètent parfois des ouvrages d’occasion. Par ailleurs, 800.000 francophones sont inscrits dans une bibliothèque publique, soit 18,5% de la population. En 5 ans, ce sont les librairies générales ou spécialisées (+ 4%) qui enregistrent la meilleure progression parmi les canaux de vente de livres. Les grandes surfaces non spécialisées perdent par contre du terrain avec une baisse de 4% par rapport à 2005.

La vente de livres via Internet continue à se développer mais surtout, l’achat de livres numériques, dont le contenu est directement accessible en fichiers informatisés, gagne de plus en plus de terrain. Une récente enquête de l’institut de sondage Gfk révèle que les ventes d’e-books ont représenté 21 millions d’euros en 2012, en France. En Belgique, au vu de l’augmentation des ventes des tablettes et sachant qu’en moyenne, 10 à 15% de leurs détenteurs les utilisent pour lire des e-books, on peut estimer la part des livres numériques à environ 1% des ventes totales. C’est moins que l’Allemagne (2 à 3%), les Etats-Unis (17%) ou l’Angleterre (13%) mais c’est plus que la France (0,6%).

D’après une autre étude[3] réalisée par Ipsos pour le PILEn, avec le soutien du Service général des Lettres et du Livre, sur 1.130 personnes interrogées à Bruxelles et en Wallonie, 4 lecteurs sur 10 déclarent avoir lu un livre sous forme numérique en 2012. Ils ne sont par contre que 2% à lire exclusivement du numérique. Le support le plus fréquemment utilisé reste l’ordinateur (71%), devant les tablettes (29%) et les smartphones (18%). Les liseuses sont utilisées par 12% des lecteurs. Enfin, ces derniers se procurent les ebooks sur des sites internet d’opérateurs internationaux (48%), dans les bibliothèques (18%), sur des sites de grandes surfaces (15%) de librairies uniquement en ligne (11%) ou de librairies « physiques » (9%).

Les librairies labellisées

Depuis 2007, un label des librairies contribue à valoriser le métier en Fédération Wallonie-Bruxelles. Onze critères, définis en concertation avec le Syndicat des libraires francophones de Belgique, permettent de déterminer les bénéficiaires du label "le libraire" :

  • Critère du début d’activité : être en activité depuis au moins deux exercices comptables accomplis.
  • Critère de l’accessibilité : local aisément accessible au grand public, ouvert au moins cinq jours sur sept à raison de minimum 35 heures par semaine.
  • Critère de la primauté de l’activité liée au livre : chiffre d’affaires net réalisé avec la vente de livres neufs au détail doit représenter au moins 60% du chiffre total net du point de vente.
  • Critère de l’offre minimale en magasin : disposer en magasin et proposer à la vente une offre diversifiées de titres (exposés ou en stock) : au moins 3.000 titres pour les librairies d'assortiment spécialisé, sauf dans les domaines éditoriaux « jeunesse » et « bande dessinée », au moins 6.000 titres pour les librairies d'assortiment général ou pour les librairies d'assortiment spécialisé dans les domaines éditoriaux « jeunesse » et « bande dessinée » réalisant 600.000 € ou moins de chiffre d'affaires annuel hors taxe en vente de livres au détail et au moins 10.000 titres pour les librairies d'assortiment général ou pour les librairies d'assortiment spécialisé dans les domaines éditoriaux « jeunesse » et « bande dessinée » réalisant plus de 600.000 € de chiffre d'affaires annuel hors taxe en vente livres au détail.
  • Critère de l’assortiment multiéditorial et non captif : se fournir, sur le marché francophone, auprès de distributeurs et d’éditeurs diversifiés et avoir l’autonomie du choix de son approvisionnement. Celui-ci ne peut être captif, c’est-à-dire déterminé par un distributeur, un grossiste, une centrale d’achat ou toute entité autre que la librairie elle-même.
  • Critère du ratio fonds/nouveauté : au moins 40% des titres en magasin doivent être des ouvrages de fonds, c’est-à-dire parus chez l’éditeur depuis un an et plus.
  • Critère du pourcentage du chiffre d’affaires dédié à la rétribution du personnel affecté à l’activité de librairie : affecter aux frais du personnel dédié à l’activité de vente de livres au moins 10% du chiffre d'affaires annuel réalisé avec la vente de livres si celui-ci est inférieur à 600 000 € ; au moins 12,5% de leur chiffre d'affaires réalisé avec la vente de livres si celui-ci est supérieur 600 000 €. Ces frais comprennent les salaires et les charges sociales afférentes, ainsi que, le cas échéant, les autres éléments de rémunération du personnel.
  • Critère du quota d’auteurs belges : au moins 200 titres (toutes catégories de livres et toutes collections confondues) d’auteurs et/ou d’illustrateurs de nationalité belge ou résidant en Belgique doivent être présents en magasin.
  • Critère de la réponse à la commande à l’unité : accepter la commande à l’unité pour tout livre en langue française correspondant à leur type de magasin (librairie générale ou spécialisée) et en assurer le suivi dans le meilleur délai.
  • Critère des outils de recherche bibliographique : posséder et utiliser des outils de recherche bibliographique pour les ouvrages en langue française tels que revues professionnelles, banques de données commerciales bibliographiques permettant les commandes.
  • Critère de la formation continuée du personnel de librairie : établir et mettre en place un programme de formation destiné à son personnel. Ces formations peuvent, entre autres, être suivies auprès de la Communauté française, du Syndicat des Libraires Francophones de Belgique (SLFB), du Partenariat interprofessionnel du Livre et de l’Edition numérique (PILEn), de l’Institut de Formation en Alternance des Petites et Moyennes Entreprises (IFAPME).

Exception : Les librairies établies dans des communes de moins de 20.000 habitants, où elles constituent le seul point de vente de livres, peuvent obtenir le label de librairie de qualité, même si elles ne peuvent satisfaire à maximum deux des critères énoncés ci-dessus et ce pour autant qu'elles s'engagent à respecter ceux-ci dans un délai raisonnable, selon un plan déposé au moment de la demande d'octroi du label.

Ces critères ont fait l’objet en juillet 2013 d’un arrêté fixant le règlement d’usage et de contrôle de la marque "le libraire".

Les bibliothèques en Fédération Wallonie-Bruxelles

Le décret du 30 avril 2009[4] distingue trois types de bibliothèques :

  • Les bibliothèques locales : en majorité gérées par les pouvoirs locaux, elles exercent leurs activités au bénéfice de la population sur un territoire déterminé. Elles disposent d’une ou de plusieurs bibliothèques ou infrastructures destinées au prêt et à la consultation de documents, sur tous supports, ainsi qu’aux activités d’animation.
  • Les bibliothèques itinérantes : gérées par les provinces, elles exercent leurs activités de façon itinérante sur un territoire déterminé et développent leurs actions en collaboration avec des opérateurs directs ayant la même population en commun.
  • Les bibliothèques spéciales : elles exercent leurs activités au profit de personnes relevant de la Fédération Wallonie-Bruxelles et qui sont empêchées de participer aux services et activités créés par les autres bibliothèques ou opérateurs en raison d’un handicap ou d’un empêchement physique.

L’ensemble des opérateurs reconnus forment le Réseau public de la Lecture.

Selon le décret, les bibliothèques ont pour mission de « favoriser l’accès au savoir et à la culture par la mise à disposition de ressources documentaires et culturelles sur tous supports, matériels et immatériels, de même qu’à permettre leurs utilisations multiples par le plus grand nombre ».

Bien plus que l’addition de lecteurs, de documents et de prêts, la lecture publique consiste avant tout en un service destiné à l’ensemble de la population sans distinction, avec une multitude d’activités, de services spécifiques et de particularités locales. Les bibliothèques sont donc invitées à développer et à favoriser les actions de médiation entre les différentes ressources et la population, au moyen d’échanges et de rencontres, visant à rendre la pratique individuelle de la lecture plus collective. Par leur rôle de médiation, les bibliothèques s’inscrivent donc dans une perspective d’éducation permanente et  d’émancipation culturelle.

Le marché de l’emploi des bibliothécaires, documentalistes et assimilés

Le nombre de travailleurs de la catégorie professionnelle des "archivistes, bibliothécaires, documentalistes et assimilés" estimé par les Enquêtes sur les forces de travail (DGSIE), est en augmentation entre 2011 et 2012 en Wallonie.

Le volume d’offres d’emploi gérées par le Forem[5] pour le métier de spécialiste de la gestion de l’information est lui aussi en hausse depuis 2011. Les candidats sont recherchés par des secteurs variés ; au-delà des entreprises de l’administration publique, les principaux pourvoyeurs d’emploi relèvent des services TIC (technologies de l’information et de la communication) et de la culture, des loisirs et du tourisme.

Si une expérience n’est généralement pas exigée par les employeurs, le néerlandais et l’anglais sont en revanche des critères d’embauche formulés dans près d’un cas sur deux.

Etre auteur et vivre de son art

Loin du statut et des droits d’auteur mirobolants de certains auteurs « stars », en Belgique, chacun s’accorde à dire qu’il est très difficile de vivre uniquement de sa plume. Ils ne seraient en effet qu’une vingtaine à pourvoir en vivre réellement, les autres cumulant les métiers et les initiatives : lecture publique, atelier d’écriture, chroniques dans la presse, etc. Les plus chanceux auront aussi l’opportunité de céder leurs droits d’adaptation cinématographique (50/50 avec l’éditeur) ou d’obtenir le statut d’ « écrivain en résidence ».

Mais que gagne concrètement un auteur lorsqu’il sort un livre ? Le magazine Références[6] s’est penché sur le salaire d’un écrivain.

Chaque auteur perçoit des droits d’auteur, qui correspondent à un certain pourcentage fixé par contrat sur la vente de leur livre (prix hors taxe). Ce pourcentage varie d’un éditeur à l’autre, mais est généralement de 10% pour un roman et 5% pour un beau livre. Les droits augmentent aussi normalement avec les ventes : l’auteur perçoit entre 8 et 10% jusqu’à 10.000 à 15.000 exemplaires vendus, puis 12%, 14%, etc. Ces droits ne sont par contre versés que 6 mois après la clôture de l’exercice de l’année au cours de laquelle il a publié son livre. Si ce dernier est sorti en janvier 2014, par exemple, l’auteur devra attendre juin 2015 au plus tôt pour percevoir ses droits.

Dans le cas d’une traduction, l’œuvre traduite sera protégée si elle est originale, c’est-à-dire si le traducteur a procédé à des choix personnels quant aux mots ou aux expressions. La traduction génère donc aussi des droits d’auteur. L’exploitation de cette traduction nécessite par ailleurs deux autorisations : celle de l’auteur de l’œuvre originale (ou de son éditeur, si l’auteur lui a cédé ses droits) et celle du traducteur pour sa traduction.

Pour une adaptation de l’œuvre sous forme de BD ou de film par exemple, l’œuvre dérivée est  également protégeable et ne pourra être exploitée qu’avec le consentement du titulaire du droit d’auteur de l’œuvre d’origine. L’auteur original devra être consulté au moins au plan du droit moral, voire pour participer à l’élaboration du scénario et de l’adaptation. C’est la raison pour laquelle il est conseillé à l’auteur de l’œuvre originale de conclure avec son éditeur un contrat séparé pour les droits d’adaptation de son livre.

En attendant de toucher l’argent de ses droits, l’auteur ne peut donc compter que sur un revenu annexe ou sur ses réserves. Cependant, la plupart des maisons d’édition versent ce que l’on appelle un « à-valoir » qui consiste en une petite somme dont la moitié est remise lors de la signature du contrat et le reste lors de la livraison du manuscrit. L’à-valoir est une avance sur les droits d’auteur qui sera déduite de ces derniers au moment du paiement par l’éditeur. Une fois versé, il est définitivement acquis par l’auteur, l’éditeur ne pourra pas lui réclamer le remboursement si les ventes ne décollent pas ou ne couvrent pas les frais engendrés. Il arrive donc qu’entre l’à-valoir et les ventes du livre, l’auteur ne touche finalement pas de droits d’auteur.

Vivre de sa plume nécessite de publier régulièrement (une fois par an) et d’écouler au moins 10.000 exemplaires de son ouvrage. Cependant, outre les best-sellers qui se vendent à des centaines de milliers d’exemplaires, la plupart des livres s’écoulent entre 500 et 2.000 exemplaires. En tenant compte du tirage, des droits d’auteur et du prix du livre moyen, on peut estimer le revenu annuel d’un écrivain à tirage moyen (à partir de 7.800 exemplaires) d’environ 11.500 euros, alors que l’écrivain à très petit tirage (entre 300 et 700 exemplaires) percevra un revenu annuel entre 450 et 1050 euros.

Comment se faire éditer ?

Il existe différents schémas pour se faire éditer :

  • La maison d’édition « classique » : il s’agit du schéma le plus fréquent mais aussi le plus difficile. Les maisons d’édition sont en effet bien souvent submergées de demandes et d’envois de manuscrits et il est donc très rare de s’y faire remarquer. Il est avant tout important et bien plus efficace de cibler les éditeurs susceptibles d’être intéressés par le manuscrit. Lire les auteurs déjà publiés par la maison d’édition peut notamment donner une idée de la ligne directrice de cette dernière.
  • La publication à compte d’auteur et l’autoédition : cette pratique est de plus en plus fréquente mais n’est pas sans dangers. Certaines sociétés proposent aux auteurs de financer eux-mêmes la production de leur publication mais ils ne touchent souvent un pourcentage qu’à partir d’un certain nombre d’exemplaires vendus, sont contraints de céder leurs droits d’auteur ou d’acheter eux-mêmes une certaine quantité de leur propre ouvrage. Avant de se lancer dans l’aventure, il est vivement conseillé de s’adresser à la SACD ou à un juriste spécialisé afin d’obtenir des conseils.
  • L’édition en ligne : cette formule en pleine essor permet à un manuscrit accepté par un éditeur d’être référencé sur toutes les librairies en ligne. Une participation financière est généralement demandée pour les frais de publication et de diffusion, mais ils restent bien moins importants que dans le cas de l’autoédition.
  • Le crowfunding : déjà bien développé dans le domaine musical, le phénomène est assez simple et désormais appliqué au domaine de la littérature. L’éditeur potentiel présente un ouvrage aux internautes qui décident ou non d’investir une somme d’argent afin de faire publier le manuscrit. Lorsque la somme nécessaire est atteinte, le livre sera édité et diffusé.

Quel que soit le moyen choisi, les premières démarches avant l’envoi du manuscrit restent très importantes. Voici quelques conseils :

  • Avant sa diffusion publique, il faut se prémunir de tout piratage en protégeant son œuvre via la Maison des Auteurs. Une date de dépôt lui est assignée et elle est conservée sous pli scellé.
  • Le manuscrit doit être tapé (et non rédigé à la main) et l’orthographe et la grammaire doivent être soignées. Une typographie courante, des pages de 25 lignes maximum, uniquement recto, et une reliure simple, permettent une lecture aisée. L’envoi du manuscrit se fait par courrier postal, accompagné d’une brève lettre de présentation.
  • L’attente d’une réponse peut prendre plusieurs mois et les refus ne sont pas toujours justifiés. Il ne faut pas se décourager pour autant et ne pas hésiter à aller tenter sa chance ailleurs !

Pour aller plus loin :

  • « Ecrire un livre et se faire publier », Laurence Bourgeois, Editions Eyrolles
  • «  Comment se faire éditer ? » Femmes d’Aujourd’hui, 32, 2013

L’usage des langues en Belgique

Avec ses trois langues nationales, la Belgique est par définition un état multilingue. La diversité et la richesse issues de ces langues représentent donc autant d’atouts pour qui les pratique au quotidien ou occasionnellement. Si l’allemand, le néerlandais et le français se côtoient sur notre petit territoire, c’est sans compter sur la présence de nombreuses autres langues et cultures, qui se développent notamment grâce à la présence d’institutions européennes dans notre pays.

Cependant, selon une enquête publiée par le SPF Economie en septembre 2013, 42,1% des Belges âgés de 25 à 64 ans ne parlent que leur langue maternelle et ne maîtrisent aucune langue étrangère. Ils sont donc 58% à connaître au moins une langue étrangère, 13,8% à en maîtriser une, 23,5% deux, 16,1% trois et 4,6% quatre langues ou plus. L’anglais est la langue la plus connue en Belgique, devant le français, le néerlandais et l’allemand.

Les premières formes d’apprentissage des langues étrangères sont les formations de type « scolaire » (19%), l’auto-apprentissage (11,2%) et les formations au travail ou pendant les loisirs (4,9%). L’éveil aux langues dès le plus jeune âge joue un rôle de plus en plus primordial, en attestent la prolifération et le succès des classes d’immersion ou autres initiatives comme les stages, réservés aux plus jeunes. 

Dans le monde professionnel, la connaissance des langues représente également un atout non négligeable puisque 28% des entreprises estiment cela très important. Certaines langues apparaissent même plus « rentables » que d’autres. C’est le cas de l’anglais et du chinois. Le français reste une des trois langues dominantes en Europe, avec l’allemand et l’anglais. En Belgique, le néerlandais est considéré comme étant très « rentable ».

Sur le marché de l’emploi, les professions qui nécessitent l’usage des langues sont nombreuses. Certaines sont même spécifiquement liées aux langues. C’est le cas du traducteur, de l’interprète ou encore de l’enseignant en langues. D’après les chiffres du Forem, le nombre d’offres d’emploi pour le métier de traducteur/interprète est resté relativement stable depuis 2009, passant de 64 à 50 pour 2013.

Un quart des offres de 2013 émanait d’employeurs situés en région bruxelloise (24%) et les principaux secteurs qui recrutent sont ceux des services (36%) et de l’administration (26%). La culture, les loisirs, le tourisme (10%) et les services TIC (10%) créent également des opportunités d’emploi.

Quant aux enseignants en langues germaniques, la formation figure dans la liste des études qui permettent d'obtenir une dispense dans le cas d'une profession en pénurie (pour l’année scolaire 2013-14).

La langue des signes

La langue des signes de Belgique francophone[7] (LSFB) est reconnue par l’article 1er du décret du 22 octobre 2003 adopté par le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Ce décret, considéré comme un texte cadre et un acte symbolique important, ouvre la porte à des actions permettant l’épanouissement personnel et social des personnes sourdes.

Avant que le décret ne voie le jour, les associations se sont rendu compte qu’il était nécessaire de mettre en place deux éléments : l’apprentissage de la LSFB et la mise en place d’un service d’interprètes. Ainsi, en 1994, les premiers cours de LSFB ont vu le jour dans les écoles de promotion sociale et en 1995, le premier service d’interprétation pour sourds a ouvert ses portes pour la Wallonie. Le service bruxellois a rapidement suivi.

En vue du projet de décret sur la reconnaissance, une étude de faisabilité de cette dernière a été menée par l’Université Libre de Bruxelles et le laboratoire PROFILS (Programme de recherche, d’orientation, et de formation pour les interprètes en langue des signes) de l’Institut Libre Marie Haps. Ce rapport a dégagé 4 priorités :

  • Encourager les initiatives en matière d’enseignement bilingue.
  • Soutenir la professionnalisation du métier d’interprète.
  • Favoriser l’émergence de cadres sourds au sein de la communauté et de professionnels sourds dans les instances liées à la surdité.
  • Promouvoir la recherche en langue des signes de Belgique francophone

Ce rapport a également permis de définir quelle langue des signes reconnaître, démarche indispensable étant donné la variété de la langue des signes (variantes régionales, tournures, etc.) La langue des signes était reconnue comme une langue vivante, faisant naître des signes nouveaux, en adaptant d’autres…

Un état des lieux a ensuite été réalisé répertoriant les usages de la langue des signes dans différents domaines : éducation, enseignement, formation, accès aux services, aux emplois, aux soins de santé, à l’information, etc.

Un décret de 1998 de la Communauté française a également rendu légal l’apprentissage par immersion en langue des signes pour l’acquisition des socles de compétences définis dans l’article 10 du décret de 1997. Un décret de janvier 2009 en a précisé les conditions de financement mais elles restent limitées à l’enseignement maternel et primaire. Elles devraient être étendues à l’enseignement secondaire en première et deuxième année en 2013. Ces décrets et financements organisent l’enseignement bilingue français-LSFB.

Créée en 1977, suite à la scission linguistique de la Fédération nationale de 1936, la Fédération Francophone des Sourds de Belgique[8] regroupe de nombreuses associations de et pour sourds situées en Wallonie et à Bruxelles. Elle est reconnue par le Service public de Wallonie en tant qu'association représentative des personnes handicapées

De par ses actions de sensibilisation auprès des pouvoirs politiques et du public, elle concourt à valoriser la personne sourde et à défendre ses droits à l'information et à l'intégration socio-professionnelle. Reconnue par la Fédération Wallonie-Bruxelles en tant qu'association d'éducation permanente elle vise à faire des personnes sourdes des citoyens responsables et actifs dans la société.

Dans ce travail de défense, la FFSB développe ses actions autour de trois grands axes :

  • la sensibilisation et l’information,
  • le soutien aux associations et aux projets,
  • l’émancipation des personnes sourdes.

Si de nombreux efforts ont été menés afin que les sourds puissent s’intégrer au mieux dans la société (création d’un enseignement bilingue français-LSBF, interprète dans les tribunaux, formations destinées aux parents d’enfants sourds, traduction du journal télévisé à la RTBF, etc.), il reste malgré tout beaucoup de manquements dans certains domaines (la possibilité d’appeler le 112 par SMS, d’utiliser un centre-relais pour téléphoner à un tiers via un interprète en LSFB, de voir un film en version originale française dans une salle de cinéma ou à la télévision, etc.).

 

[1] Analyse prospective du développement numérique de la chaîne du livre, Rapport à la Ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Egalité des chances, P.Francq, P.Goffe, T.Habrand, G.Hoyos et F.Young, 31 mai 2012 http://www.lettresetlivre.cfwb.be/index.php?id=9481
[2] Pourquoi harmoniser le prix des livres français, Faits & Gestes n°36, Hiver 2011
[3] Observation des marchés numériques du livre, Ipsos, Avril 2013
[4] Décret du 30/04/2009, relatif au développement des pratiques de lecture organisé par le réseau public de la lecture et les bibliothèques publiques, M.B. 5/11/2009 et Arrêté du Gouvernement de la Communauté française du 19/07/2011 portant application du décret du 30/4/2009 (M.B. 27/10/2011).
[5] www.leforem.be
[6] www.references.be/carriere/combien-gagne-un-ecrivain , 5/3/2010
[7] Sournal, Journal de la FFSB, n°117, trimestriel janvier, février, mars 2013.
[8] www.ffsb.be
 

Bonnes adresses

Académie royale de langue et de littérature françaises

Rue Ducale, 1 – 1000 Bruxelles - alf@cfwb.bewww.arllfb.be

Archives et Musée de la littérature

Bibliothèque Royale(3eme étage) – Boulevard de l'Empereur, 4 - 1000 Bruxelles - info@aml-cfwb.be - www.aml-cfwb.be

Association Belge de Documentation - ABD

Boulevard de l'Empereur, 4 - 1000 Bruxelles – abdbvd@abd-bvd.be - www.abd-bvd.be

Association des Archivistes Francophones de Belgique - AAFB

Rue de l'Hospice, 125 - 7110 Houdeng-Aimeries – secretaire@archivistes.bewww.archivistes.be

Association des Editeurs Belges– ADEB

Avenue Huart Hamoir 1/bte 34 - 1030 Bruxelles – adeb@adeb.be - http://adeb.be

Association des Traducteurs Littéraires de Belgique – ATLB

associationtlb@gmail.com - http://atlb.wordpress.com

Association Professionnelle des Bibliothécaires et Documentalistes - APBD

Chaussée de Charleroi, 85 - 5000 Namur - www.apbd.be

Centre Européen de Traduction Littéraire - CETL

Françoise WUILMART (Directrice) – Tuinbouwlaan, 29 - 1700 Dilbeek - f.wuilmart@traduction-litteraire.com - www.traduction-litteraire.com

Centre Francophone de la Langue des Signes - CFLS

Avenue Baron d’Huart, 7 – 1150 Woluwé-Saint-Pierre - cfls@belgacom.netwww.cfls.be

Centre de recherche Valibel - Discours et variation

Institut Langage et Communication – UCL - Collège Érasme, Place Blaise Pascal, 1. - 1348 Louvain-la-Neuve - www.uclouvain.be/81819.html

Chambre Belge des Traducteurs et Interprètes - CBTI

Rue Montoyer 24, b12 - 1000 Brussels - secretariat@translators.be - www.cbti-bkvt.org

Collège européen des traducteurs littéraires de Seneffe - CTLS

ctls@skynet.be - http://users.skynet.be/sky80640/

Fédération Francophone des Sourds de Belgique – FFSB

Avenue Marnix 19A/25 - 1000 Bruxelles – coordination@ffsb.be - www.ffsb.be

LaDisco – Centre de recherche en linguistique

ULB - CP 175 - Avenue F.D. Roosevelt 50 - 1050 Bruxelles – lrosier@ulb.ac.be - http://ladisco.ulb.ac.be

Maison des Auteurs (regroupe : SACD – SCAM – deAuteurs– SOFAM)

Rue du Prince Royal 87 - 1050 Bruxelles- www.maisondesauteurs.be/

Service général des Lettres et du Livre- Direction générale de la Culture

Ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles - Boulevard Léopold II, 44 - 1080 Bruxelles

www.culture.be - www.lettresetlivre.cfwb.be - www.bibliotheques.be - www.languefrancaise.be -

www.languesregionales.cfwb.be - www.promotiondeslettres.cfwb.be

Syndicat des libraires francophones de Belgique - SLFB

Rue des Ateliers 7-9 - 1080 Bruxelles  - info@libraires.be - www.libraires.be

Passa Porta – Maison internationale des littératures

Rue Antoine Dansaert, 46 – 1000 Bruxelles - info@passaporta.bewww.passaporta.be

 

 

Sources

 

Remerciements

Nous tenons à remercier toutes les personnes interviewées pour le carnet Langues & lettres comme pour notre site Internet, ainsi que celles qui nous ont fourni les contacts de professionnels.


Ce site est un site d'information belge francophone sur les métiers.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.