Mr Benoît Collet,
Chargé d'analyses et de développement économiques à la SPI

Interview réalisée en octobre 2015

Qu’est-ce que la SPI et quel est son rôle ?

La SPI est une agence de développement économique, née en 1961 d’une émanation de la Province de Liège. L’objectif à l’époque était de mettre des terrains d’implantation à disposition de grandes multinationales, essentiellement américaines. Les premières ventes de terrains ont eu lieu en 1964. Les métiers de base de la SPI étaient la création de parcs d’activités économiques et l’accueil d’investisseurs étrangers. Très vite, il est apparu qu’on n’allait pas limiter la vente de ces terrains aux seules entreprises étrangères et la SPI est entrée dans une logique de mise en place et de création de terrains à destination des entreprises belges également. C’est le "core business" de la SPI. A côté de cela, l’IPCM (Institut Provincial des Classes Moyennes) fournissait quant à lui toute une série de services immatériels aux entreprises. On y retrouvait des métiers liés à l’animation économique : accompagnement d’entreprises sur des foires internationales, service de courtage en information au moyen de bases de données (listes de prospection, recherches de brevets, etc.). Les deux institutions (SPI et IPCM) ont fusionnées pour devenir la SPI+ en 1996, qu’on appelle de nouveau SPI à l’heure actuelle. Nos activités regroupaient la mise à disposition de terrains mais aussi l’animation économique. Avec le temps, elles se sont encore diversifiées. Nous construisons également deux types de bâtiments : les bâtiments-relais (unités de production avec des ateliers et des bureaux) et les espaces entreprises (petites unités dédiées aux entreprises qui démarrent). Cette dernière formule est très intéressante pour les nouveaux entrepreneurs, beaucoup moins couteuse que le marché immobilier classique, puisque les équipements communs sont partagés.

A l’heure actuelle, la SPI a le statut d’intercommunale et nos actionnaires sont publics : la Province et les 84 communes de la Province de Liège. La Province nous octroie un subside de fonctionnement et les communes participent à raison d’un montant par habitant. La particularité de notre intercommunale est que toutes les communes de la Province cotisent. D’actionnaires, elles sont aussi devenues clientes de la SPI. Notre expertise en matière de projets immobiliers est mise à disposition des communes, par exemple le musée Curtius, le Musée de La Boverie et le réaménagement du Val-Benoît sont des réalisations de la SPI. Nous avons un département qui s’occupe exclusivement de ces projets communaux. C’est un service très intéressant, surtout pour les petites communes.

Pour résumer, les deux flancs de la SPI sont, d’un côté l’infrastructure (terrains, bâtiments espaces entreprises et projets communaux) et de l’autre l’animation économique. Au total, la SPI emploie environ une centaine d’équivalents temps-plein.

Quels sont les différents profils au sein de la SPI ?

Dans les profils de fonctions, on retrouve beaucoup d’architectes ou d’ingénieurs architectes, des profils économiques, financiers ou commerciaux (qui ont fait des études en sciences économiques et/ou de gestion, en comptabilité, en commerce extérieur, etc.), et du personnel plus administratif. Nous avons également quelques profils atypiques : une anthropologue, une biologiste, une docteure en chimie, un linguiste et un diplômé des Arts du spectacle spécialisé en cinéma, mais ils exercent chez nous des fonctions qui n’ont plus rien à voir avec leurs études de départ. Enfin, nous avons quelques juristes spécialisés en marchés publics. Environ 50% du personnel est détenteur d’un titre universitaire.

Quelle est votre fonction ? Quelles sont les différentes facettes de votre travail ?

Ma fonction est large et transversale. En dessous de la direction générale, la SPI est divisée en plusieurs pôles : un pôle comptable et juridique, un pôle organisation (ressources humaines et logistique), un pôle développement socio-économique (animation économique), un pôle territorial (qui prépare en amont les futurs zonings), un pôle infrastructure (qui s’occupe des travaux des parcs d’activités et des projets communaux), un pôle commercial (en charge des ventes de terrains et locations de bâtiments) et un pôle secrétariat général (communication et relations publiques). J’appartiens à la fois au pôle développement socio-économique, au pôle organisation et je suis, en outre, commandité par la direction générale pour tout ce qui concerne la mobilité. Mes fonctions sont diverses : études autour des parcs d’activités économiques et du patrimoine foncier des entreprises, gestion de plusieurs bases de données, etc. Actuellement, je travaille sur un projet de développement d’outil de caractérisation des entreprises d’un point de vue territorial, le projet Leodica. L’idée est de déterminer le poids territorial d’une entreprise pour les répertorier et les classer afin d’établir une typologie à l’attention des opérateurs du territoire. C’est donc destiné à des opérateurs publics régionaux et pas au secteur privé. Par exemple, l’outil permettra d’identifier des entreprises en bonne croissance qui sont actuellement installées en bordure de terrains dédiés à l’habitation ou à l’agriculture et qui risquent de faire face à des problèmes d’extension car leur terrain ne leur permet plus de s’agrandir. Nous pourrons ainsi identifier les zones les plus intéressantes pour la création de futurs parcs économiques. Ce travail me demande des compétences en matière d’économie (comprendre le fonctionnement d’une entreprise, ses bilans financiers, etc.) et des compétences informatiques (création, administration et gestion de bases de données et de systèmes d’information).

Mon travail sur la mobilité a découlé de toutes les études et analyses que j’ai réalisées au sujet des parcs économiques. La mobilité devient une problématique importante. Par exemple, lorsqu’on crée un parc d’activité, il peut y avoir des problèmes de voies de communication. Si la route est déjà très fréquentée, le trafic du personnel et des fournisseurs aura des impacts sur la mobilité. Il faudra parfois agrandir la voirie ou trouver d’autres solutions. J’ai découvert qu’il existait une formation de conseiller en mobilité au Service public de Wallonie. J’ai suivi cette formation et je suis devenu "Monsieur Mobilité" à la SPI. Cette formation ne fait pas de vous un ingénieur des transports mais elle est très intéressante parce qu’elle permet d’être l’interface entre les spécialistes de la mobilité et une commune ou une structure publique. 

Quel est votre parcours scolaire et professionnel ?

J’ai suivi des secondaires générales en option grec-latin. A l’époque, j’avais peur des mathématiques. J’ai ensuite entrepris un master de quatre ans à l’Ecole d’Administration des Affaires de l’Université de Liège (actuellement HEC), en me spécialisant dans la finance, les banques, assurances et la bourse. Alors que j’étais élève assistant, nous avons effectué un travail de consultance pour une société fiduciaire qui possédait 16 succursales en Belgique. Mon mémoire qui en a découlé portait sur l’analyse d’un système informatique dans une société à succursales multiples. Après un premier emploi de chercheur universitaire, je suis entré en 1993 à l’IPCM (Institut Provincial des Classes Moyennes) qui a fusionné plus tard avec la SPI. Mon premier métier était courtier en informations. Cela consiste à écouter une question, la formuler correctement pour ensuite interroger des sources d’informations adaptées pour fournir une réponse, ces sources pouvant être informatisées ou non. J’ai découvert qu’il existait un nombre incalculable de bases de données sur tous les domaines. Ma fonction se rapprochait alors plus de celle d’un documentaliste, et parallèlement je travaillais aussi à la tarification des services. Je suis devenu responsable du service de courtage en informations, puis j’ai travaillé au sein du service développement, prospective et benchmarking (technique de marketing ou de gestion de la qualité qui consiste à étudier et analyser les techniques de gestion, les modes d'organisation des autres entreprises afin de s'en inspirer et d'en tirer le meilleur). 

Vos études vous ont-elles bien préparé à exercer votre métier ?

Assez bien. J’avais beaucoup hésité avant de choisir mes études et je me suis rendu au centre d’orientation de l’Université. Je savais que les sciences dures ne me convenaient pas mais j’hésitais entre l’Ecole d’Administration des Affaires, (HEC) et le droit. Par nature, je suis plutôt généraliste, je n’avais pas une matière de prédilection et j’avais besoin d’étudier des sujets variés. Le programme en droit m’est apparu trop centré uniquement sur l’aspect juridique. L’Ecole d’Administration des Affaires était parfaite, le programme comportait des matières juridiques, de la sociologie, des mathématiques, des sciences économiques, des sciences de gestion, de la comptabilité. J’ai beaucoup aimé mes études. Sur le côté, j’ai cultivé mon goût pour l’informatique. Mon objectif n’était pas de devenir un informaticien mais d’être capable de conceptualiser un modèle de données pour répondre à des problématiques d’entreprises. L’informatique est pour moi un outil mais pas un but en soi.

Et vos études secondaires ?

Elles étaient très généralistes également, ce qui m’a bien plu mais j’ai fait l’erreur de ne pas choisir assez de mathématiques. Deux connaissances de base sont indispensables : la connaissance approfondie de la langue maternelle (et d’autres langues aussi) et les mathématiques. La logique mathématique est essentielle, et le sera de plus en plus à l’avenir. Au bloc 1 du supérieur, j’ai énormément travaillé pour refaire tout le programme mathématiques des études secondaires. Le niveau de connaissances et de compréhension attendu était supérieur à ce que j’avais suivi auparavant.

Quels sont les éléments qui vous ont motivé à faire ce métier ?

Le domaine du développement économique m’était inconnu à la sortie des études. Les emplois ne courraient pas les rues et c’est le hasard qui m’y a conduit. J’envisageais au départ de partir travailler à Londres ou à Bruxelles dans la finance. L’occasion de travailler à l’IPCM s’est présentée et c’est à ce moment-là que j’ai découvert un autre monde avec des métiers spécifiques. Étant liégeois, j’ai aussi aimé l’idée de pouvoir travailler pour mon territoire, sans devoir pour autant m’impliquer dans un parti politique. Au fil du temps, la notoriété de la SPI a augmenté suite à plusieurs grands projets que nous avons menés et j’ai développé une certaine fierté d’en faire partie.

Dans quel(s) lieu(x) exercez-vous votre profession ?

Je suis presque toujours dans notre bâtiment situé rue du Vertbois à Liège, je ne voyage pas beaucoup. Mes collègues qui s’occupent des projets immobiliers sont beaucoup plus mobiles, sur les différents chantiers.

Travaillez-vous seul ou en équipe ?

En équipe principalement. Une partie de mon travail est solitaire, tout ce qui concerne l’encodage informatique et les analyses. Mais pour tout le reste, c’est un travail d’équipe. A la SPI, un travail isolé n’existe pas car nous devons faire appel à plusieurs disciplines en même temps. Tous nos projets impliquent de la communication, des finances, des aspects juridiques, des aspects techniques, etc. Nous fonctionnons beaucoup par groupes de projets.

Quels sont vos horaires de travail ?

Nous bénéficions d’un horaire souple. Tant que nous faisons nos 7h36 par jour, nous pouvons travailler entre 7h45 et 19h00 et organiser notre journée comme nous le souhaitons. Parfois certains dossiers exigent de faire des heures supplémentaires, que nous pouvons récupérer. Les heures effectuées sont contrôlées par un système de pointage.

Quels sont les aspects positifs de votre métier ?

On s’ennuie rarement, les projets s’enchaînent, permettant de toucher à beaucoup de choses, de se former et d’enrichir ses compétences régulièrement. L’ambiance de travail est agréable.

Et les aspects les plus négatifs ?

Je travaille pour le secteur public, qui dépend du politique. Et il y a parfois des logiques qui m’échappent au sein du monde politique. Par exemple, respecter les contraintes des marchés publics alourdit fortement le travail alors que le discours politique plaide la simplification. Pour réaliser l’extension d’un parc économique, les procédures prennent entre sept et dix ans. C’est très long mais cela s’explique par des impératifs. Si nous voulons changer l’affectation d’un terrain, nous devons suivre une procédure pour présenter le projet aux ministères, qui vont ensuite le proposer au Parlement pour la prise de décision. Une fois l’autorisation obtenue, nous sommes encore confrontés aux réactions et recours des riverains. C’est un processus démocratique qui nécessite parfois de longues et nombreuses discussions. C’est très difficile de concilier cette logique politique avec celle des entreprises, où tout va plus vite. Nous ne pouvons pas toujours répondre aux demandes des entreprises aussi rapidement qu’elles le souhaiteraient parce que nous sommes soumis à des règlementations contraignantes.

Quelles qualités faut-il posséder pour exercer ce métier ?

Il faut être ouvert, prêt à apprendre de nouvelles choses, rigoureux et rationnel. Il faut être capable de réfléchir avant d’agir mais aussi de passer à l’action ! Dans mon métier, je préfère demander pardon plutôt que demander l’autorisation. Mais c’est un travail d’équipe, il faut aussi beaucoup communiquer, y compris avec la hiérarchie. On n’est pas seul dans une organisation et il est important de s’y inscrire. Si on ne communique pas suffisamment avec ses collègues, on finit par faire deux fois le même travail.

Quel(s) conseil(s) donnez-vous aux personnes qui souhaitent se lancer dans ce métier ?

Je leur dis d’être patients vis-à-vis du système. Le système est là et pour le changer, il vaut mieux ne pas aller contre lui de manière frontale. Mieux vaut convaincre que vaincre. Je leur conseille aussi de ne pas se décourager trop rapidement. Nous sommes souvent confrontés à des documents qui sont ambigus ou imprécis car ils sont le fruit de toute une série de pressions, de consensus politiques. Cela nécessite de développer une bonne connaissance des différents acteurs intervenants pour s’y retrouver.

Comment envisagez-vous votre avenir professionnel ?

A la SPI, je n’ai que peu de perspective d’évolution dans la hiérarchie, car la plupart des directeurs sont plus jeunes que moi et, à moins qu’ils ne quittent leurs fonctions, ils ne les libéreront qu’après ma retraite. Mais ce qui est intéressant c’est l’évolution et la variété dans tous ces projets sur lesquels je travaille. Dans dix ans je travaillerai peut-être sur des sujets complètement différents de ceux qui m’occupent aujourd’hui.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.
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