Benoit De Smedt, Skippeur

Interview réalisée en novembre 2020

Pouvez-vous présenter brièvement le Brabant Wallon Yachting Club dont vous faites partie ?

Le BWYC a pour objectif de faire découvrir les plaisirs de la voile, consolider l’expérience acquise et/ou former de futurs skippeurs pour la navigation de plaisance côtière et hauturière. Les sorties sont organisées toute l’année par une équipe de huit skippeurs, tous bénévoles. Pour garder un confort maximum à bord et permettre à tous de participer aux manœuvres, l’équipage est composé de maximum cinq participants en plus du skippeur. 

Le BWYC propose aussi des cours théoriques de navigation pour l’obtention des divers brevets. Enfin, il organise diverses croisières en mer Méditerranée ou vers une destination plus lointaine.  

Pourquoi et comment êtes-vous devenu skippeur ?

Tout jeune, je faisais déjà de la voile. J’ai toujours été intéressé par les éléments naturels comme l’eau et le vent, les espaces de liberté. J’adorais cette sensation de liberté que l’on éprouve lorsque l’on est sur un dériveur ou une planche à voile.

Un jour, un ami m’a signalé qu’il allait suivre les cours pour obtenir un brevet navigation et je me suis inscrit à mon tour à cette formation. Cela fait maintenant une douzaine d’années que j’ai passé le brevet hauturier de la FFYB et que je suis skippeur pour le club. J’exerce cette fonction en loisir, comme hobby, car j’ai une autre activité professionnelle.    

Vous naviguez souvent ? 

Nous avons un planning pour le club dans lequel chaque skippeur indique ses disponibilités. J’effectue environ 10 sorties d’un week-end par an. J’essaie d'en faire une tous les mois. En outre, je navigue aussi à titre privé, deux ou trois semaines durant l’été, en famille ou avec des amis. 

Comment concevez-vous cette activité ? 

Nous pratiquons au sein du BWYC de la navigation de plaisance. Les gens qui nous sollicitent ont des profils et des caractères souvent forts éloignés. Et c’est ça qui est enrichissant. Certains ont déjà de l’expérience en navigation, d’autres pas du tout. Il faut donc sans cesse s’adapter. Il est vraiment important de bien cerner le profil, les objectifs et les attentes de l’équipage : veulent-ils juste prendre du bon temps en mer et admirer les beaux paysages ou veulent-ils être très actifs et apprendre concrètement à naviguer ? 

Comment s’organise une sortie en mer ? 

Qu’il s’agisse d’une sortie de quelques heures, d’une journée ou, le plus souvent, d’un week-end complet, elle ne s’improvise pas et se prépare plusieurs jours à l’avance. D’abord, il faut penser à la logistique : avitailler le bateau (la nourriture), vérifier la météo, les marées et les courants. Ensuite je m’informe sur les connaissances pratiques et théoriques de l’équipage. Sur ces bases, nous définissons ensemble le programme. Enfin viennent les vérifications du bateau, le briefing sécurité, etc. 

Avant de prendre la mer, je vais apprendre à l'équipage à appareiller et à accoster car les manœuvres au port sont souvent les plus compliquées. Les tâches à bord sont réparties en fonction de l’expérience de chacun. Notre rôle en tant que skippeur est de nous assurer que chacun se sente à l’aise sur le bateau. Si certains ont déjà de l’expérience en navigation, c’est à eux que je confierai les tâches les plus importantes et même jusqu’à coordonner les manœuvres. Mon rôle consiste principalement à transmettre mon expérience, à encadrer et superviser avec l’objectif qu’ils deviennent le plus autonome possible pour qu’ils puissent à leur tour naviguer en solo. Au retour, je notifie dans un rapport une évaluation globale (livre de bord) reprenant notamment les éventuels problèmes rencontrés et je spécifie si certains éléments du bateau doivent être réparés ou révisés. 

Lorsque l’on est skippeur, quelles connaissances essentielles faut-il posséder ? 

Il y a les connaissances théoriques indispensables comme la météo, les vents, les marées et les courants, mais aussi toute la réglementation qui régit la navigation. Il faut aussi pouvoir tracer une route et prévoir un programme précis. Un skippeur doit être capable de réagir en cas de problème, de parer à toute éventualité, qu’il s’agisse d’un problème technique lié au bateau, d’un changement soudain d’itinéraire ou un problème avec un membre d’équipage.

Il y a des choses aussi qui ne s’apprennent pas mais qui me paraissent très importantes comme l’intérêt que l’on doit porter aux personnes qui montent à bord. Il y a ce que l’on appelle la règle des « 4F », c’est-à-dire veiller à ce qu’ils n’aient ni faim, ni froid, ni peur (frousse) et qu’ils ne soient pas excessivement fatigués ! Ceci implique qu’il faut s’assurer également que l’équipage soit bien équipé (des vêtements adéquats) et prévoir de bon repas et en-cas (faciles à manger et pleins d’énergie). C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je les contacte bien avant la sortie pour leur conseiller de prendre un certain type de vêtements en fonction des conditions météorologiques que nous devrions rencontrer.

D’autres éléments que je mettrais en avant sont, d’une part, la pédagogie dont doit faire preuve le skippeur : il faut bien expliquer les choses, notamment lors des manœuvres pour éviter toute panique qui pourrait éventuellement survenir chez l’un ou l’autre membre de l’équipage. Cet aspect « relations humaines » ne doit vraiment pas être négligé et, d’autre part, la faculté d’anticiper. Il faut toujours prévoir qu’une action a des conséquences. Anticiper les problèmes permet très souvent d’éviter les accidents…  Et, en mer, quelque chose de bénin peut prendre des tournures dramatiques.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus ?

Sans aucun doute le plaisir de naviguer, écouter le bruit du vent dans les voiles, les filets d’eau qui s’écoulent le long du bateau. Avoir ce sentiment de liberté. En tant que skippeur, pouvoir partager mon expérience et des moments de très grande convivialité avec l’équipage. 

Si vous deviez citer quelques qualités ? 

Outre la pédagogie et l’intérêt à autrui, je citerais la prise de responsabilités, l’anticipation, l’organisation. 

Avez-vous une anecdote particulière à raconter ? 

Avec mon équipage, nous avions programmé un week-end de navigation aller-retour de Nieuport à Ramsgate en Angleterre. La météo semblait bonne le vendredi soir pour prendre la mer et je voulais profiter des vents portants favorables. Mais la mer résiduelle laissait place à une forte houle. Avec la fatigue de la semaine, un départ anticipé sans manger, et cette houle au vent arrière, tout l’équipage, moi y compris, avons été malades ! Pendant que tout l’équipage se reposait, j’ai passé la plus longue nuit de ma vie… et géré seul la traversée. Cela n’était pas évident car je devais en plus lutter contre la fatigue ! Au petit matin, j’étais heureux de voir apparaître au loin le port de Ramsgate ! Et, à ce moment-là, on oublie vite la nuit difficile et on a qu’une seule envie : reprendre la mer, après un bon fish & chips !

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.
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