Mr David Gulpen et Mr Marc Meyers,
Electroniciens industriels

Interview réalisée en septembre 2006

Designers en électronique chez BEA, située à Angleur, cette société conçoit, réalise et vend des capteurs d'ouverture et de sécurisation de portes automatiques.

Quelle est votre formation de base ?

D.G : je suis électronicien A2. Ma formation m'a donné une vision globale de l'électronique mais le secteur est tellement vaste qu'il est impossible de tout connaître en sortant de l'école. C'est ici, sur mon lieu de travail, que j'ai appris la plupart des choses.

M.M : j'ai fait un bachelier en automatisation. L'école a un rôle important. Elle nous donne toutes les bases pour nous permettre de comprendre ce qu'on va nous demander par la suite, même s'il y a quand-même une grosse différence entre ce qu'on y a appris et la profession.

Quel est votre parcours professionnel ?

D.G : j'ai terminé mes études en juin 2002 et j'ai commencé à travailler chez BEA en septembre, après mes congés scolaires. Un professeur de mon école avait des contacts avec un des employés de la société car l'école récupère le matériel dont elle ne se sert plus. C'est ainsi que j'ai appris que BEA cherchait un électronicien. J'ai passé plusieurs entretiens d'embauche avant d'obtenir le poste. Cela fait maintenant plusieurs années que je travaille ici avec un contrat à durée indéterminée.

M.M : j'ai commencé a travailler comme intérimaire en 1996, ensuite comme designer en électronique pendant quatre ans et demi pour une petite entreprise de la région dans l'électronique et l'électronique optique. Quand elle est tombée en faillite, j'ai trouvé un emploi dans une société qui vendait des capteurs pour la détection d'incendies. J'étais support on-line et, de temps en temps, je formais les installateurs. Finalement j'ai voulu revenir à la conception électronique et j'ai été engagé chez BEA.

Qu'est-ce qui vous a motivé à travailler dans le secteur de l'électronique ?

M.M : ma formation comportait une grosse partie de cours en électronique même si elle était basée sur l'automatisation, donc plus orientée vers un emploi dans l'industrie en général. En ce qui me concerne, j'ai toujours préféré les cours en rapport avec l'électronique et j'ai eu l'occasion d'en faire un peu lors de mon stage de fin d'études. C'est ce qui m'a donné envie de travailler dans ce secteur.

Sur quel(s) produit(s) travaillez-vous ?

D.G : la société développe et commercialise des détecteurs d'ouverture de portes, comme ceux que l'on voit dans les supermarchés. Il y a deux types de détecteurs : ceux qui permettent l'ouverture des portes, quand quelqu'hn approche, et ceux qui empêchent la fermeture des portes, si par exemple une personne reste en-dessous de la porte, c'est-à-dire dans le champ du capteur.
Pour l'ouverture des portes, la technologie utilisée est celle des micro-ondes, dans le même genre que pour les radars de voiture. C'est une onde qui est envoyée et qui revient. Quand il n'y a pas de mouvement devant la porte, il n'y pas de signal qui est créé et rien ne se passe. Quand il y a du mouvement, la personne est détectée et la porte s'ouvre. Pour ce qui est de détecter la présence, il n'est pas possible d'utiliser la technologie radar car si on ne bouge plus, il n'y a plus de signal. On va alors utiliser la technologie infrarouge (lumière invisible) qui va mesurer la distance pour voir s'il y a quelqu’un en-dessous du capteur ou pas. Les deux grosses technologies sont principalement le radar et l'infrarouge mais on commence aussi à utiliser la technologie laser.

En quoi consiste votre travail ?

D.G : nous travaillons au niveau du bureau d'études. Il y a quatre chefs de projets. Chacun a un assistant attitré et, entre autres, une orientation (micro-ondes, infrarouge, reconnaissance d'images par caméra et laser). Le chef de projets crée le projet en fonction des demandes des clients. Ensuite il forme une équipe. Nous sommes intégrés dans cette équipe. Marc et moi ne sommes pas des assistants attitrés. Nous travaillons avec tous les chefs de projets en fonction des demandes et ça nous permet de toucher à tous les produits. C'est l'avantage. Nous pouvons donner notre avis sur le projet sur lequel nous travaillons mais nous ne nous occupons pas de la conception du cahier des charges. Nous devons respecter ce cahier des charges (alimentation du capteur, composition du microprocesseur, schéma(s), choix des composants, etc.) mais une grosse partie de notre travail consiste à tester les capteurs qui doivent répondre à toutes les normes. Cette partie représente environ 60% de notre travail.
Il y a toute une batterie de tests à réaliser. Il y a les normes électromagnétiques : si on met son gsm à côté du capteur, ça ne doit pas le perturber et inversement, on ne doit pas injecter de perturbations dans le réseau électrique ou dans d'autres produits.
Il y a aussi les tests thermiques : les capteurs doivent parfois fonctionner à l'extérieur jusqu'à moins 40 degrés. Il y a les tests en vibration, les tests de perturbation extérieure avec des lampes pour les produits optiques, c'est-à-dire les produits à infra-rouge. Si on allume le néon et que le système ne fonctionne plus, c'est embêtant.
Il y a aussi les tests de vieillissement. On en arrive même à faire des tests de brouillard salin parce que l'humidité peut être chargée de sel, ce qui peut endommager les capteurs.

Concrètement, comment procédez-vous aux tests ?

M.M : on teste les produits dans plusieurs salles. La salle optique permet de tester les perturbations lumière. C'est une salle noire où il n'y a aucune fenêtre. On peut cibler le test en fonction de ce qu'on veut regarder.
Il y a aussi une salle pour tester les perturbations électromagnétiques. On injecte des perturbations pour voir comment le capteur réagit ou regarder ce que le détecteur envoie comme perturbation électromagnétique vers le monde extérieur.
Il y a aussi les tests aux vibrations, en température, à la pluie, à la corrosion, etc. Ce n'est pas vraiment de l'électronique mais tester le capteur dans son ensemble fait partie de notre travail.

Quelle est l'importance des mathématiques dans votre métier ?

M.G : au niveau de la conception, ce sont surtout les responsables de projets, et principalement les ingénieurs, qui font les calculs. Par contre, au niveau des études, celui qui veut faire un bachelier, doit avoir fait suffisamment de maths en secondaire. J'ai fait des études générales, j'avais 5 heures de maths par semaine. Je n'ai pas eu de problèmes lors des mes études supérieures.

Et l'importance de l'informatique ?

M.M : on a besoin de l'informatique de bureau un peu tous les jours pour faire nos rapports, pour les stocker et les mettre en réseau. On utilise parfois le programme excel, quand on trace une courbe de température par exemple, et on utilise le logiciel protel pour dessiner les cartes électroniques. Dans certaines sociétés, l'électronicien est parfois amené à programmer des petits circuits. Ici, comme on est dans une grosse structure, ce sont les informaticiens qui programment les circuits et les électroniciens s'occupent de la partie purement électronique (cartes, tests, etc.).

D.G : en plus de l'informatique de base, il faut s'y connaître un minimum pour savoir ce que l'informaticien doit faire et pour pouvoir travailler en parallèle avec lui.

Quelles sont les qualités requises dans votre métier ?

D.G : il faut faire preuve d'autonomie mais attention à ne pas foncer dans la mauvaise direction sans avoir toutes les informations pour ne pas se retrouver après une semaine de boulot avec quelque chose qui ne convient pas.

M.M : il faut savoir travailler en équipe et respecter les directives données par le chef de projet.

Qu'est-ce que vous aimez dans le travail en équipe ?

M.M : je trouve que travailler en équipe est plus agréable parce qu'on se stimule l'un l'autre.

D.G : ça peut être bien de travailler seul car on a la tranquillité et on fait ce qu'on veut mais quand j'ai un problème, j'aime pouvoir en discuter et poser des questions à tout le monde. Je pense que l'expérience de chacun peut profiter aux autres.

Quelles sont les difficultés rencontrées dans votre travail ?

D.G : quand je suis entré ici, je n'avais vraiment aucune idée de ce qui s'y passait et aucune notion en matière de design, de dossier de production, etc. La difficulté a été de m'adapter et d'arriver plus ou moins au même niveau que les autres assez rapidement. Je devais apprendre à manipuler les programmes de conception et tout ce qui permettait de faire le lien entre le bureau d'études et la production.

M.M : il y a une grosse différence entre ce qu'on nous demande dans un emploi en général et ce qu'on a appris à l'école. Il faut assez vite s'adapter et ce n'est pas évident. Au début, on apprend beaucoup sur le tas et il faut s'accrocher. Par la suite on est content du résultat et d'avoir appris quelque chose. Sinon, dans notre travail actuel, il est parfois tentant de partir dans toutes les directions. La difficulté est de suivre la ligne qui a été prédéfinie par l’équipe et le chef de projet. 

La connaissance de l’anglais est-elle essentielle ? 

D.G : oui, à mon arrivée il y a quatre ans, on écrivait les rapports de tests en français. Depuis que le réseau intranet a été mis à disposition de la Chine et des Etats-Unis, tous nos rapports sont rédigés en anglais. Les programmes utilisés et toutes les documentations techniques sont également en anglais. On n’a donc pas le choix. Celui qui veut devenir électronicien doit au moins savoir lire et comprendre l’anglais technique. 

M.M : c’est très important. Plus on va avancer et plus on en aura besoin parce qu’on travaille de plus en plus en direct avec les filiales internationales. Nous recevons souvent des visiteurs qui viennent se former sur les produits. Il nous arrive de devoir leur expliquer ce que l’on fait ou de les aider sur un projet que l’on connaît, même si ce sont principalement les chefs de projets qui s’occupent de cette tâche. Il y a aussi les représentants de composants électroniques. En général, ils présentent leur gamme de produits en français mais ce n’est pas toujours possible quand on reçoit la visite d’un spécialiste. Dès lors, toute la présentation se fait en anglais. On a eu le cas avant-hier et ce n’est pas évident. En fait, ce qui nous manque, c’est la pratique. 

Quelle est l’importance de la formation continuée ? 

M.M : il est très important de continuer à apprendre. D’ailleurs je trouve qu’on n’apprend pas suffisamment après les études. Maintenant, ici, on a quand-même eu de la chance. J’ai suivi une formation sur les produits de la société, même des produits sur lesquels je ne travaille pas, et une formation en anglais. J’ai eu aussi une formation sur protel, le logiciel de dessin qui sert à dessiner des cartes électroniques. C’est chouette parce que cela me permet d’apprendre encore plus vite que si je devais apprendre par moi-même. 

Est-ce que le métier a évolué ? 

M.M : oui, on le voit notamment au niveau de la taille des composants. Ils sont de plus en plus petits. Il y a une évolution permanente des circuits intégrés. Ils intègrent de plus en plus de fonctionnalités et ces fonctionnalités sont plus importantes qu’auparavant. Les logiciels qui permettent de dessiner les cartes électroniques ont également évolué. Les programmes intégrés actuels permettent de dessiner et de simuler en même temps. L’électronique évolue constamment. 

Pensez-vous que c’est une profession d’avenir ? 

D.G : l’électronique est présente dans la vie de tous les jours, que ce soit dans la porte que vous venez de traverser, dans la machine à café ou dans la voiture, la maison, etc. Ce ne sera jamais un secteur sans débouchés. 

Quel conseil donneriez-vous à quelqu'un qui souhaite devenir électronicien ? 

D.G : certains jeunes choisissent l’électronique parce qu’ils ne savent pas quoi faire d’autre. Les cours ne les intéressent pas et ils sont très vite largués. En ce qui me concerne, l’électronique me passionne depuis que je suis tout petit. Enfant, je me posais déjà des questions sur le fonctionnement des télécommandes et des télévisions. Je démontais mes réveils et mes jeux pour voir ce qu’il y avait à l’intérieur et souvent, quand je les remontais, il restait des pièces en trop. Pour faire ce métier, il faut avant tout être curieux et s’intéresser au fonctionnement des appareils.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.
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