David Mullender, Meneur

Interview réalisée en août 2021

Comment êtes-vous devenu meneur ? Avez-vous suivi une formation ?

C'est une formation sur le tas que l'on pourrait presque parfois comparer à du compagnonnage. J’ai commencé en accompagnant un débardeur et j'apprends encore tous les jours alors que cela fait déjà 9 ans.

Je ne suis pas un meneur au sens communément utilisé. Je ne pratique pas l’attelage avec une calèche. L'attelage se caractérise par quelque chose de roulant (une calèche, un char à banc, etc.) et est principalement utilisé pour le transport de personnes.

Cependant, je conduis un cheval (on dit aussi mener un cheval). Je fais un peu de débardage, du maraichage, mais surtout du travail de la vigne et en réserve naturelle.

Le débardage, et plutôt débusquage, consiste à attacher des bois derrière le cheval et de les amener à un endroit où ils seront repris par un tracteur ou un camion.   

En réserve naturelle, j'utilise parfois un traîneau pour transporter de la matière (des déchets, des herbes, des morceaux de bois, etc.).

Au niveau du maraichage, je prépare le sol pour les cultures tandis que dans le travail des vignes, je réalise principalement du désherbage.

J'exerce comme meneur en activité complémentaire et comme salarié, je suis agent des eaux et forêts.

Comment peut-on décrire votre profession ? En quoi consiste-t-elle ? Quelles sont ses particularités ?

Comme c’est une activité complémentaire, je fais très peu de prospection. En effet, j'ai peu de temps à consacrer à mon activité. J'ai 2-3 clients réguliers et cela m'occupe suffisamment, voire beaucoup.

Par exemple, en réserve naturelle, ma journée de travail débute à 8h30 et se termine vers 16h-16h30. Je commence par nourrir mon cheval assez tôt afin qu'il ait le temps de bien digérer. Vient ensuite le trajet. Une fois arrivé sur place, je garnis le cheval en lui mettant le collier et le harnais et je le brosse afin qu’il n’y ait pas de la terre ou de petits graviers qui viennent se mettre entre le harnais et la peau, cela pourrait le blesser.

En général, le matin, je travaille à peu près 3h-3h30 dans lesquelles le cheval a de courtes périodes de repos pour souffler. Par exemple, en débardage, après avoir tiré un bois, je détache le bois au lieu de dépôt et on revient à vide, ce qui permet au cheval d'avoir un temps de récupération. C'est la même chose avec un traîneau...  Dans la vigne ou en maraichage, c’est en bout de ligne et selon la difficulté du travail qu’on prend le temps de souffler. Par exemple, quand on travaille dans la vigne, on s'arrête 2 à 3 minutes après avoir labouré une ligne en fonction du temps nécessaire pour récupérer. 

Vient ensuite une vraie pause à midi. On s’arrête 45 minutes à midi et puis on est reparti pour à peu près 3h-3h30. Au total, cela fait 6 à 7h de travail avec le cheval sur une journée.

Si le travail est plus difficile, il peut m’arriver de couper un petit peu plus tôt. On va dire que je commence à 8h30, je m'arrête à 11h, ça fait 2h30 de travail. Je fais une demi-heure de pause puis je retravaille 2h et je refais une pause de 30-45 minutes puis je retravaille 2h. C'est mieux pour le cheval. Comme ça, il a un temps plus important de récupération.

Si on compte tout le temps de travail, je commence 1 ou 2h avant pour nourrir mon cheval et il faut aussi compter l'éventuel temps de trajet (aller-retour) ainsi que le temps de le remettre en prairie.

Comme c’est un hobby, si le travail est proche de chez moi, j'ai plutôt tendance à travailler par demi-journée. En débardage, par exemple, j'ai tendance à travailler en grosses demi-journées en faisant une pause. Cela dépend de la taille des bois, si le terrain est plat, en pente ou en descente, car cela change fortement l'effort pour le cheval.

Qu'est-ce qui vous a amené à exercer ce métier ?

À 6 ans, mes filles ont voulu aller au manège dans le village. Je les aidais à mettre la selle, car c'est assez lourd pour des enfants de cet âge. Il y a un éleveur de chevaux de trait dans le village et je prenais goût à interagir avec les chevaux. Je suis allé lui dire que j'étais disponible s'il avait besoin d'aide avec ses chevaux. Comme l'éleveur avait besoin de quelqu'un, je l'ai donc aidé. Il fait des concours de « modèle et allure ». Un jour, je lui ai fait part de mon envie d'apprendre à débarder et il m'a renseigné quelqu'un. J'ai fait 2-3 jours chez lui puis je suis revenu avec un cheval. Il y a de cela 9 ans.

J'ai lu à plusieurs reprises que le métier s'exerçait au minimum à deux : le meneur et le groom.

Est-ce systématiquement le cas ?

En attelage, on est sur quelque chose de mobile que le cheval sait déplacer très facilement.

Le groom est l’accompagnant du meneur, il est là pour assurer la sécurité. Il permet aussi lors de balade d’aller ouvrir les barrières, de tenir les chevaux pendant que les personnes prennent place dans la calèche, etc.

Qu'est-ce qui vous plait le plus dans le métier ?

Il y a 2 choses principales. D'une part, le contact avec le cheval qui est un véritable partenaire. C'est vraiment une symbiose. Il est plus qu'un collègue de travail. Je me priverais pour mon cheval.

Et d'autre part, le fait d'être dans la nature, au calme. On vit vraiment au rythme du cheval avec des pauses dont nous n'avons pas forcément besoin et que nous faisons pour lui. Là par exemple, je viens de manger avec ma jument, elle avait à manger et à boire même avant que je ne commence mon repas.

Pour vous, quelles sont les qualités incontournables pour exercer ?

Le calme, la persévérance, la patience, etc. L’aspect magique d’entrer en connexion avec le cheval, de le comprendre et de se faire comprendre. Il est aussi important de se rendre compte quand la charge est trop lourde pour le cheval ou quand il est nécessaire de faire une pause, par exemple.

On ne s'en rend pas forcément compte au début. On dit d'ailleurs toujours « un vieux cheval pour un jeune meneur et un jeune cheval pour un vieux meneur » parce que le cheval nous apprend aussi à travailler avec lui. Un jeune cheval va faire tout ce qu'on lui demande et on peut aller trop loin. À un moment donné, il pourrait en avoir assez et si cela explose, cela risque de provoquer un accident.

Est-ce que la profession a évolué ?

Dans la manière de mener, non ou très peu.

Par contre, une utilisation plus polyvalente du cheval est de plus en plus présente. Certains débardeurs ne juraient que par le débardage : « Un cheval, c'est dans le bois et ça débarde. Ce n'est pas du labour ou encore du travail dans les vignes ». Ils sont malheureusement obligés d’ouvrir un peu les domaines de travail, la demande en débardage est continuellement en diminution.

Au niveau des outils, ceux que j'utilise dans la vigne ont 50-60 ans. C'était à la pointe du développement à ce moment-là et ensuite, le tracteur est arrivé et on n'a plus rien développé pour le cheval. Maintenant, on voit des outils modernes, basés sur des anciens, où on a allégé la structure, amélioré l’ergonomie parce qu’aujourd'hui les matériaux et les connaissances ont évolué. Mais ce sont des changements mineurs par rapport aux anciens outils, le concept reste le même.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.