Ismet Gumusboga,
Conseiller en prévention

Interview réalisée en juin 2009

Au départ active dans l’exploitation de gisements de phosphate, la société athoise Floridienne Chimie œuvre aujourd’hui à la production de sels de métaux non ferreux et de stabilisants pour le PVC. Rencontre avec Ismet Gumusboga, qui y occupe le poste de conseiller en prévention.

Quelle est votre formation, votre parcours professionnel ?

Je suis ingénieur industriel en chimie et biochimie. J’ai obtenu mon diplôme en 1990 à l’Institut Supérieur Industriel de Liège. J’ai obtenu celui de conseiller en prévention en 2000.

Comment pourrait-on décrire votre profession ?

La fonction de conseiller en prévention consiste à mettre en place et coordonner la politique en matière de prévention des accidents de travail suivant les moyens mis à sa disposition par l’entreprise. Mon rôle est de connaître la réglementation en vigueur et de l’implanter dans l’usine en y sensibilisant l’ensemble des travailleurs. Si l’expérience s’acquiert sur le terrain, elle nécessite cependant une formation préalable. Cette formation peut être de niveau 2, c’est-à-dire ouverte à toute personne n’ayant pas suivi d’études universitaires, ou de niveau 1. Dans ce dernier cas, elle est dispensée par une faculté universitaire des sciences appliquées et dure un ou deux ans suivant la disponibilité des candidats. En ce qui me concerne, j’ai suivi la formation en étant déjà actif sur le marché du travail, à la demande de mon ancienne direction.

Qu’est-ce qui la caractérise ?

Je dirais qu’on est un peu partout dans l’entreprise. On ne fait pas partie intégrante de la production, on peut être consulté par tout travailleur. Cette fonction dépend souvent de la manière dont la Direction la perçoit. Elle est obligatoire, toute entreprise doit avoir un conseiller en prévention. Elle peut être motivante si on évolue sur un lieu de travail où l’employeur considère la sécurité comme un leitmotiv. En revanche, d’autres employeurs peuvent aussi vous faire sentir qu’ils ont engagé un conseiller en prévention uniquement parce que la loi les y obligeait.

Quelles qualités faut-il réunir pour exercer cette profession ?

Personnellement, je considère qu’il est nécessaire d’avoir un bon contact avec tous les travailleurs. Avant d’établir une procédure, par exemple, il faut tenir compte de leur avis. Cela évite de passer à côté de son sujet. Il faut aussi une certaine constance (ne pas dire le contraire de ce qu’on a dit la veille) et résister au stress. On doit parfois servir d’arbitre entre la direction et les travailleurs tout en respectant la législation. Concernant le savoir-faire, il faut connaître de manière générale le processus de fabrication des produits commercialisés par la société. Des connaissances informatiques sont utiles pour rédiger des rapports (Word, Excel), pour sensibiliser le personnel (montages en Powerpoint) ainsi que le néerlandais au cas où on exercerait cette profession en Flandre ou à Bruxelles.

Quels sont ses avantages et inconvénients ? Quelles difficultés rencontrez-vous ?

Ce poste est transversal, on a une vue globale de la société. Le travail est varié, les journées ne se ressemblent pas et les contacts avec les travailleurs sont fort agréables. Au même titre qu’un délégué syndical, la fonction de conseiller en prévention est protégée. On ne peut pas me licencier dans le cadre lié à ma fonction, sauf en cas de faute grave. De plus, le fait de travailler dans la chimie ouvre des perspectives vers de nombreux secteurs: l’automobile, l’électricité, les transports en commun, les intercommunales de ramassage d’immondices… Comme on peut le voir dans les journaux, il y a de nombreuses offres d’emploi pour ce poste.
Les inconvénients sont liés à l’image que certains travailleurs se font de mon métier. Comme son nom l’indique, je suis un conseiller, pas un gendarme ! Je n’ai pas de pouvoir de sanction. Parfois, on est aussi obligés d’abandonner l’analyse d’un dossier pour une urgence et il n’est pas facile ensuite de s’y replonger.
Quant aux problèmes rencontrés, ils résident dans mon rôle d’arbitre entre travailleurs et direction. Il est parfois difficile d’être écouté par la direction si celle-ci a peu de considération pour ma fonction qui, je le rappelle, est obligatoire dans l’entreprise.

Cette profession a-t-elle évolué ces dernières années ? De quelle manière ?

Elle évolue en même temps que les textes légaux tandis que ceux-ci évoluent parfois suite à un fait d’actualité. Par exemple, l’explosion d’une tuyauterie de gaz dans une cokerie de Seraing voici quelques années a conduit à une refonte de la loi sur les sociétés tierces qui travaillent pour l’employeur. Il faut être constamment à l’écoute, se renseigner via les sites internet du Moniteur belge, du Service Public Fédéral Emploi, Travail et Concertation sociale, de la fédération professionnelle Essenscia… Tous les trois mois, il y a également des réunions de concertation entre conseillers en prévention de sites SEVESO. Cela permet entre autres de se créer un réseau de connaissances.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune intéressé par ce métier ?

Il ne doit pas hésiter à s’orienter vers ce métier, surtout s’il cherche une assurance d’emploi. La fonction est intéressante, elle permet d’évoluer dans la hiérarchie de la société. Un conseiller en prévention peut notamment retourner en production, devenir responsable QSHE, faire de la consultance en matière de sécurité, donner des conférences ou des exposés ou encore former d’autres conseillers en prévention.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.
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