Mme Jessica Wouters, Diététicienne

Interview réalisée en juin 2016

Quelle est votre formation ?

Je suis diplômée de la Haute-Ecole Léonard de Vinci. Après 3 années, j’obtiens mon diplôme de bachelier en diététique. Je me spécialise ensuite pendant un an en "Nutrition et Diététique Pédiatrique".

Quelques années plus tard, je réalise mon CAPAES (Certificat d’Aptitude Pédagogique Approprié à l’Enseignement Supérieur), me permettant d’enseigner en Haute-Ecole dans le département diététique de l'école Léonard de Vinci en tant que Maître de formation pratique.

Pouvez-vous retracer en quelques lignes votre parcours professionnel ?

J’ai démarré en tant que diététicienne clinique aux hôpitaux IRIS SUD (site Joseph Bracops). Pendant 5 ans, mes missions ont été l’évaluation nutritionnelle et la prise en charge de la dénutrition en milieu gériatrique. En parallèle, je développe mes consultations diététiques, dans un premier temps, en remplacement au CHU-Brugmann puis en cabinet privé, au centre pluridisciplinaire Dietconsult situé à Bruxelles. J’y reçois tant les adultes que les enfants et adolescents. Je suis rapidement engagée à Léonard de Vinci (Haute-Ecole) pour y dispenser les cours de technique culinaire et les travaux pratique de nutrition et diététique. Actuellement, mes activités professionnelles sont variées et se répartissent entre mes consultations diététiques à Dietconsult ainsi que la participation à de nombreux projets de consultances (conférences, animations pédagogiques, ateliers culinaires, interviews médias, etc.) et mes activités d’enseignement en école supérieure de diététique (cours, travaux pratiques, gestion des stages, encadrement des travaux de fin d’études).

Comment se passe une consultation diététique et quelles sont les problématiques que vous traitez principalement ?

La première consultation est une consultation de bilan. Durant cette dernière, nous faisons connaissance avec le patient (récolte de ses données générales, de son histoire pondérale, de sa demande, etc.). Une enquête alimentaire est réalisée afin de prendre connaissance des habitudes alimentaires du patient. Ensuite une stratégie de prise en charge adaptée et personnalisée à chaque patient est proposée (guidance, conseils, recettes, travail sur le comportement alimentaire). Les consultations suivantes sont des consultations de suivi, elles visent à valoriser les changements effectués par le patient et à travailler les éventuelles difficultés rencontrées. Le but est de coacher le patient et d’entretenir en permanence sa motivation.

Les problématiques rencontrées en consultation sont : le surpoids et l’obésité, les problèmes cardiovasculaires (tels l’hypercholestérolémie ou l’hypertriglycéridémie), les hypertensions artérielles, les problèmes digestifs (constipation, diarrhées, reflux gastrique), les intolérances (lactose, gluten, etc.), les problèmes de dénutrition et d’insuffisance pondérale, le diabète, les modes alimentaires particuliers tels le végétarisme, l’alimentation spécifique à la femme enceinte et allaitante.

Vous êtes spécialisée en diététique pédiatrique. En quoi cette approche est-elle différente du travail avec des adultes ?

Les besoins nutritionnels des enfants sont différents de ceux des adultes : l’enfant n’est pas un adulte en miniature. Il convient donc de lui offrir une démarche personnalisée à son âge et à sa compréhension. Les outils utilisés se veulent ludiques afin de placer l’enfant au centre de sa démarche diététique. Le vocabulaire sera également adapté.

Quels sont les autres professionnels avec lesquels vous collaborez ?

Au centre Dietconsult, nous bénéficions d’une approche pluridisciplinaire. Ceci représente un réel atout dans la prise en charge de nos patients. Je collabore avec le médecin généraliste ou spécialiste du patient afin de le tenir informé de la prise en charge diététique de son patient. Des échanges fréquents s’entretiennent avec les kinésithérapeutes et les psychologues. Il est important de ne pas prendre en compte uniquement l’assiette du patient mais également son état physique ainsi que son vécu émotionnel.

Plus largement, des collaborations ponctuelles se font avec des sophrologues, des "Life coach", des logopèdes, des conseillers en image, etc.

Vous avez également travaillé en milieu hospitalier. La pratique du métier diffère-t-elle du travail en consultations privées ?

Le travail en hospitalier est différent de celui en consultations privées. En hospitalier, nous prenons en charge des patients malades. Vu les durées d’hospitalisation de plus en plus courtes, les prises en charge se veulent plus rapides et de ce fait moins personnalisées qu’en consultation. Une systématique de prise en charge est requise. Les interactions entre professionnels sont par contre bien présentes avec médecins, infirmiers, ergothérapeutes, logopèdes, psychologues, personnel de cuisine, assistants sociaux…

En plus des consultations individuelles, vous exercez aussi d’autres activités (consultance en nutrition, conférences, animations, enseignement, etc.). Pouvez-vous dire quelques mots sur ces autres aspects du métier de diététicien ?

Ces activités sont particulièrement enrichissantes et complètent parfaitement les consultations. Elles permettent de côtoyer d’autres publics (entreprises, écoles) et de ce fait d’adapter encore la transmission des messages diététiques. Elles varient mon quotidien de diététicienne puisque je passe par exemple de l’animation d’une conférence pour des éducateurs d’enfants malentendants à la révision de menus pour des centres scolaires ou encore à l’organisation d’animation scolaire dans des écoles sur le thème des 5 sens ou à des ateliers culinaires. Un réel plaisir !

Tous ces échanges sont très enrichissants et m’aident à contextualiser l’enseignement dispensé aux futurs diététiciens.

Selon vous, quelles sont les qualités requises pour exercer le métier ?

Avoir la passion en soi pour la diététique, garantir une rigueur scientifique dans son travail et ses connaissances, aimer cuisiner et manger, être communicatif et aimer entrer en relation avec autrui, être proactif, curieux, créatif, débrouillard.

Quelles sont les principales difficultés rencontrées au quotidien ?

Me concernant il s’agit de gérer mon temps entre toutes mes activités. Je me dois donc d’être très organisée afin de tenir mon rythme. En plus de se former continuellement en nutrition et diététique, il convient aussi d’apprendre par soi-même, notamment sur des aspects plus pratiques de la profession tels la gestion d’une comptabilité d’indépendante par exemple.

En Belgique, on utilise indistinctement les termes de diététicien et de nutritionniste. Dans la pratique, peut-on différencier ces métiers ?

Le terme "diététicien" est un terme protégé et fixé par l’Arrêté Royal du 19 février 1997. Depuis 2011, un agrément octroyé par le SPF Santé Publique est obligatoire pour exercer le métier de diététicien. Celui-ci prouve que le diététicien répond aux exigences requises pour l’exercice de sa profession. Il est donc le seul spécialiste de l’alimentation reconnu.

Le terme "nutritionniste" n’est pas protégé et ne répond à aucune exigence légale. Il convient donc d’être prudent car de plus en plus de personnes se disent "nutritionnistes" sans avoir aucune formation de nutrition et diététique. Les conseils fournis par des "nutritionnistes" n’offrent aucune garantie professionnelle et scientifique.

Quels conseils donneriez-vous à une personne qui a envie de se lancer dans le milieu ?

En tant qu’enseignante, je tente déjà de transmettre toute ma passion pour la profession aux futurs diététiciens de demain. Je leur conseillerais de s’investir au maximum et de prendre plaisir dans leur fonction de diététicien. Aussi d’être à l’écoute des autres et de laisser libre cours à leur imagination et à leur créativité car il est plus qu’important, en tant que diététicien, d’être messager d’une alimentation équilibrée grâce à la transmission d’idées originales et pratiques répondant au plaisir des patients.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.