Mme Marie, Responsable contentieux

Responsable contentieux d'une banque.

Quelle est votre formation ?

J'ai 36 ans. J'ai suivi l'enseignement supérieur non universitaire HEC Liège. J'ai été diplômée en 1988.

Quel est votre parcours professionnel ?

Je suis entrée dans une banque en novembre 1988 en tant que stagiaire, soit un parcours d'une durée théorique de +/- 2 ans pour découvrir le monde de la banque : guichet - remplacement de directeur d'agence - stages de quelques jours à quelques mois en fonction de l'importance des services : marketing, portefeuille étranger, crédits documentaires, crédits, gestion de fortune.

En 90, après une orientation de la formation plus spécifiquement vers les placements, j'ai été désignée à la fonction de conseiller clientèle privée en agence.

A partir de mai 1992, j'ai évolué vers différentes fonctions au sein des crédits : analyste junior - senior - gestionnaire précontentieux de gros dossiers, animation de formations aux crédits.

Depuis mai 2000, prise en charge de 2 équipes dans le département de suivi du risque crédit : Contrôle et Assistance : vérification en agence de la manière dont les demandes de crédits sont introduites et de leur suivi, accompagné de recommandations ; Gestion Intensive : suivi de portefeuilles de clients crédits se trouvant face à des difficultés financières qui présentent un risque de perte pour la banque, établissement de stratégies pour consolider ou réduire ces risques, suivi de l'évolution. Sur les sites de Liège et Charleroi, soit 2 équipes sur chaque site = 11 personnes.

La cellule contentieux d'une banque a-t-elle toujours existé ou représente-t-elle le résultat de notre société de consommation ?

La récupération de créances a toujours été d'actualité. La nouvelle structure mise en place dans la banque depuis 2000 avait entre autres pour but de faire transiter les dossiers en difficultés par des entités de gestion de détection du risque et de suivi dans le but de limiter la casse lors de la phase finale ou d'éviter que la dernière extrémité n'arrive.

Avez vous suivi des formations complémentaires pour exercer votre profession ?

Outre les formations générales de connaissance du monde bancaire dans le cadre du stage à l'entrée, des formations spécifiques sont assurées en fonction des besoins : juridique, sûreté, management, etc.

Mais on peut avancer que c'est la diversité de l'expérience accumulée qui confère la meilleure formation. J'ai, par exemple, peu d'antécédents en formation juridique, mais j'accumule des connaissances au fur et à mesure des cas que je traite et qui me servent ensuite.

Cette confrontation des expériences et des formations sur le terrain manque cruellement aujourd'hui où la répartition du travail relève plutôt du taylorisme que du pluridisciplinaire. Dans ces conditions, il est difficile d'imaginer (tant du côté de l'employé que de l'employeur) des évolutions de carrière dans des branches diverses.

Concrètement, en quoi consiste votre métier, quelles sont vos missions ?

Mes missions consistent :

  • Pour Contrôle et Assistance :
    • déterminer quelles sont les informations prises en compte pour la sélection des agences à visiter ;
    • mettre en place la méthodologie de contrôle ;
    • viser et commenter les rapports, voire mettre en place un suivi adéquat.
  • Pour Gestion Intensive :
    • prendre les décisions sur les stratégies et les suivis proposés par les gestionnaires ;
    • vérifier que tous les dossiers soient revus régulièrement ;
    • veiller à l'équilibre des tâches de chacun ;
    • établir les statistiques de production et de gains pour la banque en termes de réduction de pertes potentielles.

Selon vous, quelles sont les qualités indispensables de votre métier ?

Les qualités indispensables sont :

  • la connaissance de la banque, de ses produits et de son fonctionnement tant en matière de crédits que de contraintes commerciales ;
  • la connaissance de la comptabilité des entreprises et de la réalité économique ;
  • la recherche de la synergie entre les contraintes de la banque et les contraintes économiques des clients ;
  • les connaissances juridiques ;
  • la vision large pour élaborer des solutions sur mesure ; 
  • l'efficacité d'organisation du travail, savoir détecter et gérer les priorités et les crises, adaptation au rythme de travail parfois sous pression ;
  • la mémoire des dossiers et des historiques ;
  • la disponibilité pour les collaborateurs (comme dans toute fonction de management).

Quels sont les avantages et inconvénients de votre profession ?

Avantage(s) : ma fonction actuelle témoigne d'une reconnaissance d'abord de mes qualités techniques. Cela étant, je dispose d'une relative autonomie sur le fonctionnement de mes équipes.

Inconvénient(s) : même s'il n'y pas d'interventionnisme de la part de ma hiérarchie, l'évolution des contraintes internes ne permet pas toujours la latitude voulue pour une meilleure efficacité. Un inconvénient majeur propre à l'ensemble de la banque, je pense, est la dissémination des responsabilités en entités distinctes, ce qui conduit à ce que chaque entité ne fasse que le strict nécessaire de sa fonction, sans vérification en amont et sans souci de l'aval. Ceci provoque des zones d'ombres ou des trous noirs que personne ne traite plus. Et quand on les découvre, nos "soins intensifs" s'avèrent bien souvent trop tardifs.

Le monde financier qui s'oriente sur le profit maximum à très court terme en oublie de soigner son fonds de commerce pour qu'il dure à long terme.

Le suivi administratif est relativement lourd et basé sur des outils informatiques très (trop) loin des réalités pratiques, voire incomplets, notamment en matière de reportings automatiques.

Votre vie professionnelle est-elle compatible avec une vie privée ?

Si j'ai connu une période à l'entrée dans les crédits où j'y mettais toute mon énergie au point d'y penser le soir avec des dossiers sur mon divan et en rêver la nuit, ce temps est révolu.

D'une part parce que je désire consacrer du temps à ma famille, mais également parce que la "déresponsabilisation" dont question plus haut ne vaut plus la peine que l'on se fasse du mauvais sang sur ce qui pourrait aller mieux et changer les mentalités à soi tout seul, alors qu'on évolue vers une mentalité de plus en plus "fonctionnaire".

Lorsque l'on sait sérier les priorités, travailler de manière efficace, motiver les collaborateurs et avoir confiance en leur travail, la répartition des tâches permet de remplir chaque journée sans débordements et donc se préserver (ainsi qu'à ses collaborateurs) une vie en dehors du travail.

Ce n'est pas qu'une question de pouvoir ou non, c'est aussi le vouloir ou non. Même si des exceptions sont parfois nécessaires en cas de crise, et ce dans les deux sens.

Pensez-vous évoluer vers d'autres sphères professionnelles ?

Je ne pense pas que la banque, au stade actuel, me donne encore des possibilités d'évolutions de carrière dans un avenir proche parce qu'on ne sait pas très bien où l'on va, et avec combien de personnes.

Plus près du soleil de Bruxelles, il ferait peut-être plus chaud, mais je ne recherche pas l'avancement à tout prix, et surtout pas au détriment de ma vie familiale.

Je me surprends parfois à me poser sérieusement la question de ma réorientation dans l'enseignement. Si ce n'était la difficulté de concordance avec les horaires scolaires, mon travail actuel me laisserait quand même pas mal de liberté, et une situation financière non négligeable.

Pensez-vous que ce métier soit ouvert sur l'avenir ?

Je ne pense pas qu'il y ait des ouvertures pour l'avenir dans les métiers bancaires en général, en termes de maintien de l'emploi, et encore moins en termes de croissance. Et pourtant, si l'on voulait bien s'axer sur la qualité plutôt que la rentabilité, la tendance à long terme serait assurée.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.
Ce site web utilise des cookies à des fins d'analyse ou d'expérience utilisateur. En savoir plus