Philippe Despas, Chef mineur

Interview réalisée en avril 2011

Philippe Despas, chef mineur pendant 32 ans à la carrière de Fond des Vaulx . 

En quoi consiste votre activité au quotidien ?

Pour le forage, il y a 2 à 3 heures d’implantation. Cela consiste à tracer le forage, à préparer les endroits où il faut forer, à déterminer les inclinaisons, à remesurer la hauteur de front. Quand tout cela est fait, le forage peut commencer et cela dure environ une semaine. Ensuite, c’est la journée du minage. Pour le tir de mine, on met en œuvre en moyenne 3 tonnes d’explosifs. La première partie de la mise en place du tir se fait uniquement par les chefs mineurs, deux personnes habilitées à utiliser les explosifs et les détonateurs. Ensuite, d’autres ouvriers chargent vers des machines, des concasseurs, des trilleurs. Une carrière, c’est surtout des bulldozers qui chargent des camions et un service de surveillance.

Sur un tir, c’est le chef mineur qui est responsable de la sécurité tant au niveau des personnes que de l’usage des explosifs. On travaille toute la matinée à cinq puis l’après-midi avec l’autre chef mineur. On fait tout le travail d’amorçage, de finition, de raccordement des détonateurs… Au moindre problème c’est un raté de tir ou une coupure de tir. Lors du tir proprement dit, c’est le chef de chantier qui s’occupe de la sécurité sur le site. Comme je suis loin au-dessus de la carrière, c’est lui qui gère les allées et venues et met les sirènes en route. Quand il est certain qu’il n’y a, par exemple, aucun camion en passage, il me donne le feu vert. Tout passage dans la zone au moment du tir représente un danger de mort !

Il faut aussi veiller à mettre en route les sismographes. Il faut jongler entre la bonne explosion, la bonne fragmentation de la pierre, d’un côté, et les ondes de choc, de l’autre. Au départ, les données sont fournies par des ingénieurs. Par exemple, sur le sismographe il y a trois graphiques. Un pour les bâtiments industriels, ce sont les moins fragiles, un pour les habitations domestiques et un pour les monuments classés. S’il y a une église ou un monument plus fragile, on doit respecter des normes beaucoup plus basses. Il y a les ondes verticales, horizontales, transversales. Les ondes sonores sont les plus vicieuses car les gens ont l’impression que ça tire très fort quand ça fait beaucoup de bruit. En réalité c’est l’inverse, si on travaille bien, si on travaille dans le sol, il n’y a pas de bruit.

On travaille une semaine, il y a deux secondes d’explosion, et on voit le résultat. Il faut toujours travailler en prévision de ce qu’il y a derrière, s’il y a une commande de pierres plus grosses pour un soubassement de route, il faut bien jauger. Ne pas faire du concassé trop gros ou trop petit.

Quelles études avez-vous réalisées pour accéder à votre profession ?

Je n’ai pas eu de formation au départ, j’ai remplacé celui qui était là avant moi. J’ai travaillé avec lui sur les tirs et puis il est tombé malade et il a été pensionné. J’ai pris le relais. Une dizaine d’années après, on a eu une formation organisée au sein de l’entreprise. A présent, il y a trois jours de formation obligatoire à Namur, deux jours de cours théoriques et un jour de cours pratiques. Ensuite, il faut passer l’examen oral pour avoir l’agrégation pour être chef de mine. C’est une grande responsabilité même si on est suivi de loin par un ingénieur.

Chaque fois qu’on fait un tir de mines, le jour qui précède, on doit toujours signaler le tir et la quantité d’explosifs à l’administration des mines. Après le tir, il y a tout un rapport détaillé avec le plan de forage, les explosifs utilisés, le résultat des sismographes à envoyer à l’administration. C’est le chef de tir ou un responsable qui se charge du rapport, ça prend 2 ou 3 heures de travail. En carrière on a un dépôt d’explosifs, tout mouvement d’entrée et de sortie doit être transmis à l’administration. A tout moment, on peut avoir un contrôle de l’administration de Bruxelles qui gère les dépôts d’explosifs en Belgique. Ils viennent sans prévenir. 

Quel a été votre parcours professionnel ?

J’ai appris sur le tas, c’est la meilleure des écoles. J’ai passé 32 belles années. J’ai quitté mon poste il y a 4 ans. Il y a eu un changement de direction et cela ne me convenait plus. Maintenant, je suis brasseur.

Comment avez-vous choisi ce métier ? Quelles étaient vos motivations ?

Je faisais ça pour aider au départ, je suis resté un an sur une pelle hydraulique dans le carrier. Ensuite la place s’est libérée, je trouvais ça passionnant. Cela m’a toujours plu. Au début j’étais toujours tout seul en haut de la falaise avec ma foreuse. Il y a des jours où je ne voyais personne. C’est un travail assez autonome.

Quelles sont les qualités personnelles et les compétences nécessaires pour exercer votre profession ?

La sécurité c’est très important. Il faut être précis et consciencieux dans tout ce qu’on fait pour la sécurité et pour la qualité du tir. Il faut avoir de la patience, pouvoir travailler seul, savoir adapter son travail, être consciencieux, savoir gérer, faire les entretiens de machines, anticiper en fonction des périodes de travail…

Quel est l’horaire de travail ?

Au début, le patron m’a dit, tu fais tes horaires comme tu veux du moment que j’ai de la pierre quand il faut. C’est un travail régulier du lundi au vendredi en semaine. Au niveau de la production, ils travaillent en deux pauses, de 6h à 14h et de 14h à 22h. Le travail de mineur n’est pas en pleine production et donc c’est différent, tant qu’on suit la demande de pierre, il n’y a pas de problème. 

Que diriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans cette voie ?

C’est un métier, pas un boulot. Le travail de mineur demande de la réflexion, de la passion, d’être concerné dans le travail. 

Avez-vous une anecdote à raconter ?

Un jour, nous avons eu la visite d’un contrôleur de l’administration de Bruxelles, le patron me demande de montrer le dépôt d’explosif. Avant d’ouvrir le dépôt, je lui demande sa carte d’identité. Ce monsieur était le grand directeur de l’administration, mais moi je ne le savais pas, je ne le connaissais pas et je n’allais pas laisser entrer n’importe qui. Il aurait pu être malveillant… J’ai eu beaucoup d’échos après, c’était un très bon point. 

J’ai une autre anecdote quand les gsm sont arrivés. C’est indiqué dans le mode d’emploi « ne jamais utiliser en présence d’explosifs ». Il y a une telle puissance d’onde que cela pourrait déclencher un tir de mine avec un détonateur électronique. Quand des invités du patron venaient, il fallait toujours vérifier qu’ils aient éteint leur gsm parce qu’ils n’en avaient pas conscience.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.
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