Sabine Henry,
Chargée de cours en sciences géographiques

Interview réalisée en janvier 2009

Docteur en Sciences géographiques, Sabine Henry est chargée de cours aux Facultés Universitaires Notre-Dame de la Paix (FUNDP) à Namur.
Ses recherches portent principalement sur l’analyse géographique des relations entre population et environnement. En particulier, elle s’intéresse aux mécanismes migratoires intervenant dans le système homme-nature. Elle évoque les études en sciences géographiques, les axes de formation, les pré-requis et les débouchés.

Pouvez-vous nous présenter brièvement les objectifs du programme du bachelier en Géographie ?

Cette formation a pour but d'assurer une formation solide dans les branches scientifiques de base et d'initier l'esprit de l'étudiant à une démarche scientifique propre à sa future profession

de géographe et à intégrer la dimension spatiale dans la compréhension des problématiques sociétales contemporaines.

Quels sont les grands axes de formation du bachelier universitaire en géographie ?

A Namur, la première année des bacheliers en géographie est commune avec les bacheliers en géologie. C'est une spécificité propre à notre université. En deuxième et troisième années, les étudiants continuent à partager une partie de leur cursus avec les géologues. 

En 1ère année, l’étudiant suit des cours de sciences exactes tels la physique, la chimie ou encore la biologie. D’autres cours sont quant à eux directement liés à leur discipline: cartographie, télédétection, géographie de l’habitat, minéralogie, pétrologie…

En 2e année, l’étudiant se familiarise, tant en auditoire qu’en salle de travaux pratiques, avec les techniques et outils informatiques et statistiques (incontournables dans un cursus scientifique). Leur maîtrise est nécessaire pour que l’étudiant géographe puisse utiliser les Systèmes d’Informations Géographiques (SIG), outil central aujourd’hui dans le métier, dont les bases sont enseignées lors de cette 2e année. A côté de cette formation "technique", l’étudiant suivra également des cours d’économie politique, d’écologie, de géographie économique ou encore de géomorphologie. 

En 3e année, le programme comprend des cours d’aménagement du territoire, de climatologie, de télédétection, de géopolitique (relations internationales), de modélisation spatiale.

Enfin, il est peut-être utile de préciser que le Département de géographie des FUNDP est fort d’une expérience de recherche dans les pays du Sud, et que cette expérience transparaît immanquablement dans les cours qui y sont dispensés.

Quels sont les pré-requis en sciences, maths et langues ?

Il n'est pas nécessaire d'avoir pris une option sciences fortes dans l'enseignement secondaire avant d'entrer dans des études en géographie mais inévitablement avoir un intérêt pour ces matières aide. Il est vrai qu'en 1ère année, les cours scientifiques prennent beaucoup d'importance mais c'est moins le cas ensuite. Concernant les mathématiques, un étudiant qui s’est débrouillé dans cette matière en secondaire ne devrait pas rencontrer de difficultés particulières au cours de ses années de bachelier. Quant aux langues, si le néerlandais est absent de la formation, ce qui est d'ailleurs dommage à mon avis, l'anglais est capital. En 2e année, on propose aux étudiants de donner certains cours dans cette langue de même que des conférences.

Quel est le taux de réussite en 1ère année aux FUNDP et quels sont les plus gros facteurs d'échec ?

Globalement, 40% des étudiants réussissent en 1ère année. Comme facteurs d'échec, je citerais principalement une méthode de travail inadaptée, de grosses lacunes en français (tant en terme de rédaction que de compréhension à la lecture) ou encore une erreur dans le choix des études.

On parle de géographie "humaine" et de géographie "physique". Quelles sont les différences entre elles ?

Il est vrai que nos ainés avaient l’habitude de distinguer d’une part la géographie physique et d’autre part la géographie humaine. Cette distinction apparaît dans nombre de manuels scolaires de nos parents. La géographie humaine était considérée comme la branche de la géographie qui abordait les aspects spatiaux des régions habitées par l’homme (économie, démographie, politique…). La géographie physique s’intéressait quant à elle aux aspects non-humains (hydrologie, géomorphologie, climatologie…).

Aujourd’hui, il est évident que la sphère "physique" et la sphère "humaine" sont étroitement liées. Dire qu’une problématique est du ressort de la géographie physique ou de la géographie humaine n’a plus de sens. Une problématique est donc "géographique" avec tous ses aspects tant naturels qu’humains. Par exemple, la problématique du changement climatique doit être abordée dans son ensemble. De la même manière, l’érosion des sols ne peut être appréhendée qu’en intégrant les activités humaines dans l’analyse.

Pourriez-vous citer quelques exemples de domaines d'études de la géographie ?

L'aménagement du territoire, l’urbanisme et le développement territorial, l'impact du climat sur la santé, les mécanismes de désertification, la mobilité, la localisation des industries et des commerces, l’impact des migrations humaines sur l’utilisation du sol…

Quels sont les principaux débouchés après les études en géographie ?

Cela dépend beaucoup des centres d’intérêts du géographe. S’il porte un intérêt en aménagement du territoire, il pourra travailler par exemple en bureau d’étude ou dans une agence de développement local. Certains travaillent aussi dans l’administration publique (SPW/DGATLPE, SPW/DGRNE…). Des entreprises privées spécialisées en géomarketing, en environnement, dans l’immobilier ou encore le transport (la liste est loin d’être exhaustive) comptent souvent un géographe dans leur équipe. L'enseignement reste également une filière porteuse bien que celle-ci n'attire plus beaucoup d'étudiants. Malheureusement, car enseigner la géographie dans l’enseignement secondaire supérieur peut être un métier très épanouissant.

La géographie séduit-elle les jeunes ?

De plus en plus. D’une part, il y a un net regain d'intérêt pour la géographie notamment parce que les questions environnementales prennent beaucoup d'importance de nos jours dans la société. D’autre part, les technologies nouvelles comme le GPS ou des sites tels que Google Earth ont permis aux jeunes de se rendre compte de l’importance des dimensions spatiale et dynamique dans beaucoup de problématiques (ex. : incidences de pollution, problématique de périurbanisation…). En ce sens, ces technologies montrent qu’il est pertinent et intéressant aujourd’hui d’entreprendre des études en sciences géographiques.

Si un jeune aime par-dessus tout étudier la géographie dans l'enseignement secondaire, l'aimera-t-il tout autant dans le supérieur ?

Pas forcément. Même si de plus en plus d'enseignants abordent dans leurs cours les liens entre l'homme et l'environnement, ce qui ne se faisait pas systématiquement auparavant, les branches que l'on étudie à l'université sont beaucoup plus poussées et plus techniques. Pour prendre un simple exemple, on n'étudie pas les capitales des pays à l'unif ! Il est donc fort important de se renseigner au préalable sur le contenu des études.

Les orientations "générale" et "climatologie" attirent la majorité des étudiants mais une 3e orientation, en "géomatique et géométrologie", attire de plus en plus d’étudiants. Pouvez-vous nous en parler ?

La géomatique regroupe l’ensemble de techniques de traitement informatique des données géographiques. Ces techniques incluent l'acquisition, la gestion, le traitement et la diffusion de l'information spatiale sous forme numérique. La télédétection (analyse d’images satellitaires) et le développement de Systèmes d’Informations Géographiques sont deux composantes majeures de cette discipline.

La géométrologie quant à elle est la science du géomètre. L'option géomètre comporte des cours spécialisés de géomatique, de construction et d'expertise immobilière et donne accès à la profession de géomètre expert ainsi qu'aux professions relatives aux marchés fonciers et immobiliers, en particulier celle d'agent immobilier.

Tant en géomatique qu’en géométrologie, les travaux de terrain sont importants, puisqu’ils permettent l’élaboration d’outils d’analyse adaptés aux réalités locales. Ce sont également les travaux de terrain qui permettent de valider les méthodologies développées en laboratoire.

Ces deux orientations sont très prisées par les étudiants car les données spatiales sont de plus en plus traitées numériquement. Les jeunes diplômés peuvent donc travailler auprès des producteurs de données spatiales tant dans le secteur public (IGN, Cadastre, MET, Région wallonne…) que dans le secteur privé (données requises pour la navigation par satellite, par exemple). Les gestionnaires de réseaux de distribution (énergie, eau, communications) et de réseaux de transports publics et privés, tout comme les agences d'urbanisme, d'aménagement du territoire et d'études environnementales sont aussi constamment à la recherche de jeunes spécialisés dans ces deux orientations.

Quelle direction choisissent le plus souvent les étudiants qui viennent de terminer leur bachelier ?

La grande majorité des étudiants poursuivent vers le master en géographie, dans l'orientation générale. Les autres préfèrent continuer leurs études dans une autre branche, et notamment le master en "Sciences de la population et du développement" et plus spécifiquement la finalité "démographie" qui recueille de plus en plus de succès. Quelques rares étudiants choisissent d'aller suivre leur master à l'Université du Luxembourg qui propose une finalité spécifique en "Aménagement du Territoire européen". Les représentants de cette université viennent chaque année à Namur présenter leur programme à nos étudiants.

Les étudiants en géographie ont-ils des stages à effectuer ?

Non mais ils participent régulièrement à des journées de terrain, notamment à l'étranger.

Auriez-vous quelques conseils à donner aux jeunes intéressés par des études en géographie ?

Comme je l'ai déjà signalé, il est important de bien s'informer sur les cours et les orientations, et cela lors de salons ou de journées portes ouvertes.

Il faut aussi qu'ils se tiennent au courant de l'actualité ! C'est primordial. Par exemple, mes questions d'examens sont souvent en lien direct avec l'actualité. Voici quelques questions que je pourrais poser : "Que peut apporter la télédétection (l’analyse d’images satellitaires) dans l’étude d’impacts de l’éruption volcanique en Islande ?" Il faut donc savoir ce qui s'est passé là-bas pour pouvoir répondre à la question. De même, je pourrais demander aux étudiants de déterminer les impacts environnementaux de la Coupe du Monde de football en Afrique du Sud.

Pouvez-vous nous citer, en guise de conclusion, quelques exemples de mémoires d'étudiants ?

Voici quelques intitulés de mémoires rédigés par les étudiants de l'UCL de la promotion 2010 :

  • Recherche participative sur l'évolution des pratiques agricoles dans le bassin du Paute en Equateur
  • Etude des changements climatiques en Chine au cours du dernier millénaire
  • Etude des changements de la couverture forestière et des impacts sur les glissements de terrains dans la zone montagneuse du Nord Vietnam
  • Ecologie factorielle urbaine de l'aire urbaine bruxelloise : une vision durable de l'espace
  • Régionalisation des prévisions climatiques décennales sur la Belgique
  • Quels sont les facteurs explicatifs de l'évolution des chemins de fer belges
  • La réussite de la migration internationale : le cas de la communauté équatorienne en Espagne et en Belgique
  • Régionalisation des prévisions saisonnières sur l'Europe du Nord
  • Géomorphologie, topographie et formation de la chaîne bétique dans le Sud de l'Espagne
  • La localisation des activités économiques dans l'espace périurbain de Bruxelles
  • La comparaison des différents aéroports Lowcosts
  • L'étude de la répartition de moustiques (Aedes albopictus - vecteur de maladie en Belgique)
  • Impact d'El Nino sur les précipitations dans le bassin du Catamayo
  • Impact des changements climatiques sur la prolifération de la tique en Suède
  • Changements de la couverture forestière et impacts sur les risques d'inondations dans la région montagneuse de Nord Vietnam
  • La mobilité des étudiants hennuyers en collaboration avec l'UCL
  • Comparaison de la périurbanisation en Région wallonne, étude de cas sur les communes de Rixensart et de Gembloux. Observations des aspects démographiques, de l'habitat, de la mobilité, de la polycentralité et de l'équipement
  • Réalisation d'une carte et d'une base de données SIG reprenant les zones à hauts potentiels de changement d'affectation des terres, afin de contribuer à l'évaluation des services écosystémiques en Brabant Wallon
  • La réussite des migrations internationales : le point de vue des ménages restés au pays (left-behind).
 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.
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