Q.D., Ingénieur en biochimie

Interview réalisée en avril 2011

Ingénieur, une vocation chez vous ou bien les hasards de la vie ?

Pendant mes études secondaires, j’ai toujours été attiré par les sciences exactes. Mais, préférant les applications concrètes à la théorie ou l’enseignement, mon choix s’est dirigé vers les études d’ingénieur.

Quelles ont été vos motivations personnelles pour suivre ce parcours professionnel et estudiantin ?

Je voulais surtout garder un maximum de portes ouvertes. Les études d’ingénieur permettent de larges débouchés, dans l’industrie et les services bien sûr, mais également dans le secteur public, l’enseignement, la recherche.

Y a-t-il des prédispositions, des aptitudes particulières pour embrasser les études d’ingénieur ?

Je ne pense pas. Les études d’ingénieur sont des études difficiles et exigeantes, mais je pense qu’avec un minimum de méthode et de travail, tout le monde peut y arriver.

Les études secondaires préparent-elles suffisamment les étudiants aux études d’ingénieurs ?

La principale difficulté quand on sort du secondaire et qu’on entame des études supérieures, quelles qu’elles soient, c’est de gérer le changement de rythme et l’indépendance. La présence aux cours n’est pas contrôlée et il n’y a pas, ou très peu de contrôles pendant l’année. Les tentations de la vie estudiantine sont grandes et on peut donc facilement prendre du retard et se laisser submerger par le travail.

À chacun de trouver son équilibre, mais il est vrai qu’en fin de première année, le taux d’échec est fort élevé. Mais quand on analyse les chiffres et qu’on élimine les « touristes » qui n’ont pas présenté leurs examens, ce taux d’échec devient beaucoup plus raisonnable.

Les mathématiques jouent souvent le rôle d’épouvantail pour les aspirants ingénieurs. Cette crainte est-elle justifiée ?

Les mathématiques constituent plus de la moitié des cours de première année, il est donc évident que pour celui qui n’aime pas ça, cela peut faire peur.

Conseilleriez-vous une année « spéciale maths » avant d’entamer les études proprement dites ?

Je ne crois pas que ce soit nécessaire, le début des études consiste en une remise à niveau de tous les élèves. Le rythme y est très élevé – les élèves les moins préparés lors de leurs secondaires doivent donc redoubler de travail –, mais personne ne se retrouve avec des lacunes.

Y a-t-il un examen d’entrée, que ce soit en hautes écoles ou dans les universités ?

Il n’y a pas d’examen d’entrée pour les études en Haute École (ingénieurs industriels). Dans les universités, seuls les étudiants ingénieurs civils doivent se soumettre à un examen d’entrée, il n’y en a pas pour les bio-ingénieurs.

L’ingénieur doit-il vraiment être quelqu’un de polyvalent, d’un point de vue professionnel s’entend ?

On retrouve des ingénieurs dans une quantité de fonctions et de secteurs différents. Certaines fonctions requièrent une grande polyvalence tandis que d’autres, souvent plus techniques, réclament au contraire une très grande spécialisation.

Quelles sont, selon vous, les principales différences entre un ingénieur industriel et un ingénieur civil ?

Les études en elle-même sont assez différentes : les ingénieurs formés en universités ont une formation plus théorique, plus abstraite, alors que les ingénieurs formés en Haute École ont des études plus pratiques et plus concrètes, avec notamment beaucoup plus de stages et travaux pratiques.

Cependant, dans la vie professionnelle, c’est plutôt la personnalité et les aspirations de l’ingénieur qui vont définir sa carrière et non le diplôme. On peut cependant regretter que dans certains secteurs ou entreprises, et notamment dans le secteur public, il existe un esprit de corps entre ingénieurs civils qui se favorisent mutuellement lors des promotions au détriment des ingénieurs industriels.

Ces différences sont-elles devenues purement théoriques ou bien peut-on encore les constater de nos jours ?

On ne peut nier les différences vu que les études sont différentes. Mais tout le monde s’accorde à dire qu’elles sont complémentaires. Il existe de bien plus grandes différences avec les ingénieurs formés ailleurs dans l’Union Européenne. Et, comparativement, aucun des ingénieurs formés en Belgique n’a à rougir face à ses homologues.

Quelles sont les principales qualités dont devrait bénéficier un ingénieur ?

Il n’y a pas d’ingénieur type. Chaque ingénieur diplômé trouvera sa voie en fonction de sa personnalité et de ses aptitudes.

Pouvez-vous retracer brièvement votre parcours d’ingénieur, depuis votre sortie des études ?

J’ai eu la chance de réaliser mon stage de fin d’études dans un laboratoire de biologie moléculaire de l’ULB auprès de Philippe Gabant au moment où ce dernier a créé avec deux comparses la société Delphi Genetics. C’est donc tout naturellement qu’il m’a engagé pour réaliser une partie du travail en laboratoire. Avec la croissance des activités et de l’effectif, de nouveaux besoins sont apparus et outre mon travail dans le laboratoire, j’ai dû prendre en charge les fonctions de coordinateur qualité et de
conseiller en prévention.

Pouvez-vous nous décrire en quoi consiste spécifiquement votre travail actuel ?

La majeure partie du temps, mon travail consiste à réaliser en laboratoire des prestations de services en biologie moléculaire pour des clients du monde pharmaceutique ou académique. C’est un travail technique, réalisé en équipe. En outre, en tant que coordinateur qualité, je dois notamment m’assurer que notre façon de travailler répond bien aux exigences de la norme ISO9001. Concrètement, je dois veiller à la rédaction de nos procédures, réaliser des audits internes afin de m’assurer que ces procédures sont bien appliquées, réaliser des audits chez certains fournisseurs critiques, recevoir les clients et notre organisme de certification lorsque ceux-ci décident de nous auditer.

En tant que conseiller en prévention, je dois tout d’abord m’assurer que nous respectons l’ensemble des lois et règlements en vigueur. Mais je dois surtout m’assurer de la sécurité et du bien-être de nos employés.

Votre travail comporte-t-il une grosse partie administrative ?

Tout est relatif, je travaille dans un secteur où la traçabilité est essentielle. Il y a donc forcément une partie administrative qui en découle, mais nous essayons de la maintenir au minimum. L’innovation est très importante dans notre société et nous ne voudrions pas que celle-ci soit bridée par une gestion administrative trop encombrante.

Malgré mes fonctions en qualité et sécurité, réputées plus bureaucratiques, je passe quand même beaucoup plus de temps à manipuler à la paillasse qu’à compléter des formulaires ou des rapports.

La fonction d’ingénieur au sein d’une société est-elle évolutive, que ce soit vers un poste de direction ou autre, ou bien, au contraire, reste-t-on « ingénieur » toute sa carrière ?

On rencontre des ingénieurs dans beaucoup de fonctions différentes, la voie la plus évidente dans l’esprit du grand public est de devenir directeur technique dans une usine, mais dans les faits, autour de moi, je vois que la plupart des ingénieurs ont des fonctions fort différentes. Certains ont créé leur entreprise, d’autres travaillent dans les ressources humaines, la qualité, l’environnement, la sécurité, le technico-commercial, l’informatique ou la fonction publique (enseignement, police, pompiers, administration).

De même, en restant ingénieur, est-il possible de changer facilement de « spécialité » ?

Oui, c’est toujours possible. Mais ceux qui se seront spécialisés dans un domaine limité auront toutefois du mal à valoriser cette expérience s’ils changent de branche.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune désireux de se lancer dans les études d’ingénieur ?

Je dirais que c’est une bonne idée. C’est un diplôme qui ouvre de nombreuses portes. Mais ce n’est pas tout, pour réussir dans la vie professionnelle, il ne faut pas négliger d’autres compétences comme les langues ou les aspects relationnels. Ces compétences sont fort peu abordées pendant les cours et il faudra donc les acquérir par ailleurs.

La demande des employeurs pour des ingénieurs est-elle toujours aussi forte ?

La demande est forte, mais tout est relatif. Il ne faut pas croire que les employeurs se ruent sur les candidats à la sortie de l’école en leur offrant un pont d’or. Pour être engagé, il faudra montrer sa motivation et souvent, un minimum de flexibilité sera requis.

Y a-t-il des secteurs plus porteurs que d’autres ?

Je ne crois pas. Quelle que soit l’orientation choisie pendant les études. Il sera toujours possible pour un ingénieur de s’épanouir dans son travail.

Quelles sont les perspectives financières et d’évolution de carrière pour un jeune ingénieur ?

En sortant de l’école, les ingénieurs doivent souvent rester modestes dans leurs exigences salariales. Ensuite, en fonction de leur ambition, des expériences acquises, de leur réseau relationnel. La carrière d’un ingénieur peut évoluer rapidement vers des fonctions à responsabilité avec une rémunération correspondant à celles-ci.

Y a-t-il des barèmes en vigueur ?

Mis à part dans le secteur public et certaines grosses entreprises, il n’y a en général pas de barèmes pour les ingénieurs qui ont bien souvent des fonctions de cadre. La rémunération sera donc bien souvent une question de négociation. On peut toujours se faire une idée des rémunérations en vigueur en lisant les enquêtes salariales de sites spécialisés dans les ressources humaines comme Référence ou dans la presse générale. Le Vif/L’express par exemple, publie une enquête rémunération chaque année.
 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.
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