Mr Vincent Carette,
Professeur en Sciences de l'éducation

Interview réalisée en janvier 2009

Quels types de recherches sont menées par le service des sciences de l'éducation ?

L'apprentissage, les compétences, le rapport au savoir, la réflexivité, la didactique, les pratiques enseignantes à tous les niveaux de scolarité, les enjeux épistémologiques et liés aux valeurs en éducation, l'éducation comparée, la formation des enseignants. Outre ces recherches, les membres du service interviennent comme consultants ou formateurs auprès de nombreux organismes nationaux ou internationaux dans les domaines suivants : formation d'enseignants ou de cadres éducatifs, didactique, pratiques enseignantes, évaluation des apprentissages ou des systèmes éducatifs, etc.

Et vous, quels sont personnellement vos thèmes de prédilection ?

Comme tous les pédagogues, je suis un peu touche-à-tout. Mon domaine de prédilection reste néanmoins l'enseignement primaire. J'aime essayer de comprendre pourquoi certains élèves réussissent à mobiliser des acquis tandis que d'autres n'y parviennent pas et identifier les conditions d'apprentissage à remplir pour améliorer cette situation, pour permettre au plus grand nombre d'acquérir ces connaissances.

Quel a été votre parcours professionnel ?

J'ai été instituteur primaire pendant dix ans, d'où mon intérêt pour l'enseignement fondamental, puis je me suis lancé dans ce qui s'appelait à l'époque la "licence en Psychopédagogie" en horaire décalé à l'ULB (actuellement il s'agit du master en sciences de l'éducation). J'ai été diplômé en 1995 et je suis alors devenu professeur dans une Haute-École pendant cinq ans. Je formais de futurs instituteurs. Parallèlement, j'ai occupé un poste d'assistant à l'ULB et, en 1999, je suis devenu chercheur dans le service des sciences de l'éducation de l'ULB. En 2006, j'ai eu la chance qu'un poste de professeur se soit libéré. Dans un premier temps, je n'avais pas fait le master dans de but de devenir professeur d'Université. Je m'intéressais déjà fortement à la pédagogie et je n'avais pas trouvé dans les études d'instituteur primaire toutes les réponses aux nombreuses questions que je pouvais me poser sur ce vaste sujet, et notamment sur les politiques éducatives. C'est donc surtout une curiosité intellectuelle qui m'a amenée à m'inscrire dans ce master.

Pouvez-vous nous citer quelques-unes de vos participations à des recherches en éducation ?

J'ai participé à une recherche sur l'apprentissage des fractions à l'école primaire, avec toujours une même question en tête : "Pourquoi certains enfants éprouvent-ils des difficultés lors de cet apprentissage ?". Je me suis aussi intéressé à l'hétérogénéité des classes. Si les pédagogues s'accordent à reconnaître que les classes hétérogènes sont plus performantes, encore faut-il donner aux enseignants les outils pour gérer cette hétérogénéité : le chercheur s'y attelle.

J'ai aussi participé à une recherche autour de l'apprentissage des sciences face aux théories créationnistes dans l'enseignement secondaire. Ou encore à une étude centrée sur le développement de l'enfant à partir des jeux mathématiques à l'école maternelle. A travers toutes ces recherches soutenues pour la plupart par la Fédération Wallonie-Bruxelles, il y a une même motivation : construire des outils pour améliorer le système éducatif.

Qui sont les commanditaires des recherches ?

La Fédération Wallonie-Bruxelles mais aussi le Fonds National de Recherche Scientifique (FNRS) ou les Fonds européens.

Combien de temps dure en moyenne une recherche ?

C'est forcément variable mais minimum deux ans. Comme pour tous les chercheurs nous sommes assujettis aux bons vouloirs politiques ce qui fait que l'on ne reste pas forcément chercheur durant toute sa carrière. Parfois, les circonstances imposent de se réorienter. Néanmoins, l'expérience que l'on se forge en tant que chercheur permet, je pense, de ne pas rester trop longtemps sur le carreau.

Qu'est-ce qui vous plaît dans votre métier ?

La diversité des thèmes que l'on aborde en tant que chercheur et la relative liberté dans le choix de ces thèmes. L'école est au centre de beaucoup de préoccupations et les sujets d'études ne manquent pas. Quand j'étais instituteur, je me posais des questions auxquelles je n'avais pas le temps de répondre. J'avais beaucoup d'idées pédagogiques mais personne  ne m'écoutait. Aujourd'hui, j'ai le luxe d'être payé pour répondre à ces questions, pour tenter d'améliorer le système éducatif.

Quels sont les motivations des étudiants qui se lancent dans le master en Sciences de l'éducation ?

Le master a été considérablement revalorisé de telle sorte que tous les instituteurs qui l'acquièrent par la suite voient leurs revenus à la hausse. Ils sont ainsi payés comme universitaire. Cela a amené beaucoup de nouveaux "étudiants" qui, sans cela, ne seraient peut-être venu suivre le master. Ce master permet aussi de travailler en Haute-École pour former les futurs enseignants.

Quels seraient des métiers ou secteurs peut-être moins connus qui sont ouverts aux spécialistes de l'éducation ?

La coopération au développement. Des pays souhaitant développer des projets en éducation font de plus en plus souvent appel à des experts étrangers. Ainsi, par exemple, je me suis rendu en Algérie et au Maroc. Cela m'a permis d'être confronté à des systèmes éducatifs bien différents du nôtre. Cela a été particulièrement enrichissant.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.