Bernard Conter, Politologue

Interview réalisée en janvier 2009

Bernard Conter, politologue, est attaché scientifique à l’Institut Wallon de l’Evaluation, de la Prospective et de la Statistique (IWEPS). Ses recherches sont essentiellement consacrées aux effets et aux transformations des politiques de l’emploi et de la formation.

Pouvez-vous nous présenter brièvement l'IWEPS ?

L’Institut Wallon de l’Evaluation, de la Prospective et de la Statistique (IWEPS), situé à Namur, est un organisme scientifique d’intérêt public créé en 2003. Cette institution publique wallonne d’aide à la décision met à la disposition des décideurs wallons, des partenaires de la Région wallonne et des citoyens, des informations prenant diverses formes. Etablies à partir de méthodes scientifiques, ces informations vont de la présentation de statistiques et d’indicateurs à la réalisation d’études et d’analyses approfondies dans les champs couverts par les sciences économiques, sociales, politiques et de l’environnement. L’IWEPS exerce également une fonction de conseil auprès du Gouvernement wallon en réalisant des études prospectives et des exercices d’évaluation des politiques publiques.

Peut-on réellement parler de métier de "politologue" ?

Il faut distinguer deux choses. "Politologue" renvoit d’abord aux diplômés de sciences politiques. On nomme aussi politologue quelqu’un qui a pour métier d’étudier, de chercher à comprendre et d’expliquer "la chose publique" c’est-à-dire ce qu’est l’Etat (au sens large), ce que fait l’Etat et comment il fonctionne. Notez bien que le fait politique peut aussi être étudié par des juristes, des économistes, des philosophes, des sociologues, et d’autres personnes!

En quoi le rôle du politologue est-il important dans notre société ?

Sans doute son rôle est-il important dans la mesure où il s'attache à montrer les enjeux de la décision politique, à expliquer les mécanismes par lesquels elle s'opère et à analyser le rôle
des acteurs, qu'ils soient politiques, économiques ou sociaux, qui y prennent part.

Où retrouve-t-on les politologues ?

Si vous faites référence au "métier de politologue", alors on les retrouvera essentiellement dans les unités de recherche des universités ou des organisations comme le CRISP (Centre de Recherche et d'Information Socio-Politiques). Plus largement, les diplômés en sciences politiques peuvent faire carrière dans des milieux très divers : monde politique, fonction publique, diplomatie, médias, secteur associatif, organisations syndicales ou secteur privé.

Quels types de sujets le politologue traite-t-il ?

Les sujets étudiés peuvent être très divers et englober l'ensemble de la vie politique, sociale et économique : les partis politiques, les politiques menées par les différents niveaux de pouvoir, les institutions, les organisations représentatives d'intérêts sociaux, les groupes de pression, les groupes d'entreprises… Les personnes qui veulent avoir un aperçu de la diversité des objets d’études en sciences politiques peuvent consulter les actes des colloques des associations de sciences politiques ou les revues scientifiques de la discipline.

Pouvez-vous nous citer un exemple de sujet que vous avez traité ?

Je traite plus spécifiquement des politiques de l'emploi et de la formation, et notamment de l’influence des orientations européennes en la matière sur les politiques régionales. Les discours européens changent-ils la perception des acteurs ? Sont-ils utilisés par les partis et les organisations sociales dans leurs argumentaires ? Conduisent-ils à des changements effectifs des politiques publiques ?

Peut-on dire que chaque politologue a sa spécialité ?

Oui, comme dans toute discipline scientifique sans doute. Certains traitent plus facilement des structures et institutions politiques (gouvernement, parlement, élections), d'autres du débat politique (les alliances, les coalitions, les cartels, les argumentations…) ou d'autres encore des différentes politiques sectorielles (emploi, politique agricole, aménagement du territoire, politique intérieure, relations internationales…). Mais il n'y a pas de cloison car les trois dimensions sont inévitablement liées.

En français, nous n’avons que le mot "politique" pour désigner tous ces aspects. En anglais, on utilise "polity", "politics", "policies" pour évoquer les institutions politiques, la compétition politique ou l’action concrète de l’Etat.

Votre travail à l’IWEPS est-il varié ?

La recherche est une activité passionnante ! A l’IWEPS, nous avons par ailleurs la chance de travailler en étroite collaboration tant avec les administrations et le monde politique qu’avec le monde académique. De plus, l’équipe est vraiment pluridisciplinaire : j’ai des collègues économistes, sociologues, historiens, démographes, etc. Nous pouvons donc d’une part participer aux échanges scientifiques sur nos travaux (soumettre nos travaux au regard critique de nos pairs dans des colloques ou via des publications) et échanger de façon directe avec les concepteurs et les acteurs chargés de la mise en oeuvre des politiques.

Combien de temps peut vous demander une recherche ?

Bonne question ! En général, on concédera que la durée d’une recherche est liée à son financement. Le travail de recherche consiste à élaborer des hypothèses et à les valider ou les rejeter après confrontation à un travail d’analyse ou d’enquête. A l’IWEPS, nous avons parfois la chance de ne pas être coincés par des échéances rapprochées (surtout quand nous sommes à l’initiative de la recherche !). Mais de toute façon, on peut considérer qu’un travail de recherche n’est jamais terminé. Une bonne recherche s’achève par des questions !

Quels sont les inconvénients du métier de politologue ?

C’est sans doute un métier où l’on se sent particulièrement concerné par ses objets de recherche. Il faut bien évidemment veiller à ne jamais avoir un discours partisan et garder à l'esprit qu'un scientifique n'est pas là pour donner son avis mais pour donner des éléments d'analyse. Ceci n’empêche pas d’exprimer des opinions personnelles ou de participer à une manifestation par exemple. Mais je pense que dans ces cas, il faut préciser la nature personnelle de sa démarche. Un autre inconvénient du métier de chercheur en général peut être lié à l’usage ou au non usage des résultats par un commanditaire.
 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.