Christian Balliu,
Traducteur interprète

Interview réalisée en janvier 2010

Christian Balliu, directeur de la catégorie Traduction-Interprétation de la Haute Ecole de Bruxelles (ISTI), nous éclaire sur la structure et l'organisation des études en traduction-interprétation.

Pouvez-vous nous décrire la structure générale des études en traduction-interprétation en Belgique francophone ?

Avant tout, il me paraît utile de rappeler que les études de traduction et d’interprétation, même si elles font partie depuis une quarantaine d’années de l’enseignement de niveau universitaire, sont organisées soit au sein de l’université, soit en codiplômation entre une université et une Haute Ecole, soit dans une Haute Ecole.
En Belgique francophone, le français constitue la langue de base de l’enseignement en traduction-interprétation. Les institutions proposent l’apprentissage de deux langues étrangères à choisir dans un éventail de possibilités (l’anglais, le néerlandais, l’allemand, l’espagnol et l’italien mais aussi d'autres comme le russe, l’arabe, le chinois, le turc et le
danois).
Depuis septembre 2004, la mise en place du processus de Bologne a fait passer la durée des études de 4 à 5 ans, ce qui, selon moi, est un pas important vers une reconnaissance plus grande de la profession. La nouvelle architecture de formation conduit en 3 ans à un diplôme de "bachelier en traduction et en interprétation" et, après deux années supplémentaires, à un diplôme de "master en traduction" ou de "master en interprétation", selon le choix de l’étudiant.
Cet étalement du 1er cycle sur 3 ans favorise la promotion de la réussite des étudiants grâce à une meilleure ventilation de la charge de travail.Cette extension des études à 5 ans comprend l’inclusion d’orientations, ce qui rassurera le monde socioprofessionnel en mettant sur le marché des diplômés directement opérationnels dans les spécialités recherchées. De même, elle prévoit un séjour à l’étranger d’un semestre à la fin du 1er cycle (les 30 crédits obtenus dans l’université étrangère sont comptabilisés) et un stage professionnel de 12 semaines en fin de formation (comptabilisé lui aussi).

Quelles sont les caractéristiques du 1er cycle, donc du bachelier ?

Il s’agit d’un cycle de transition prévoyant l’organisation obligatoire, pendant la totalité de l’avant-dernier semestre, d’une immersion linguistique et culturelle dans un pays étranger, et plus particulièrement dans une université.
Ce 1er cycle comprend un tronc commun de 3 ans visant à asseoir les bases de la formation et comprenant une étude approfondie du français, de deux langues étrangères et d’une culture générale orientée délibérément sur les études de traducteur. Ces années seront, pour l’étudiant, l’occasion d’acquérir des connaissances générales et spécialisées dans divers domaines. Ces domaines abordés sont notamment : le droit, l’économie, l’histoire, la géographie économique, les doctrines économiques et sociales, les problèmes scientifiques et techniques, la philosophie, l’histoire et les théories de la traduction. Ce programme généraliste comprend donc le perfectionnement des acquis linguistiques et initie timidement aux techniques de la traduction et de l’interprétation. Il fait donc des étudiants des "spécialistes de la communication" orale et écrite et assure, avant le passage au 2e cycle, le renforcement des acquis fondamentaux, pour que les bases culturelles et linguistiques soient au point avant la spécialisation en traduction ou en interprétation proprement dite.
Il est important de signaler qu’aucun cours de traduction n’est organisé durant la 1ère année. La 2e année est le lieu privilégié d’une traduction pédagogique visant à vérifier et à enrichir les acquis linguistiques de l’étudiant. Enfin, la 3e année prévoit une initiation à la traduction générale.

Quelles sont les caractéristiques du master en traduction ?

On y étudie la traduction générale (essentiellement en 1ère master) ainsi que la traduction spécialisée dans les divers domaines porteurs du marché. On y voit aussi l’étude détaillée des outils informatisés d’aide à la traduction. L’étude d’une 3e langue étrangère facultative (les langues enseignées dans le cursus ainsi que d’autres dont la liste varie selon les écoles) dotera l’étudiant qui le souhaite d’un atout supplémentaire sur le marché du travail. En outre,
les étudiants de dernière année en traduction doivent accomplir un stage professionnel d’une durée de 12 semaines dans l’orientation qu’ils auront choisie, ce qui débouche souvent sur un emploi.
De manière plus concrète, le 1er semestre de la 1ère année de master sera commun à la traduction et à l’interprétation et englobera donc tous les étudiants. Les étudiants effectueront des travaux écrits et oraux. Le 2e semestre sera essentiellement consacré à la pratique de la traduction générale et de la traduction argumentée, avec une première approche de la traduction spécialisée (économique, juridique, technique, scientifique, médicale,
commerciale, littéraire…).
Dans le 1er semestre de la 2e année de master, on entame la phase professionnalisante de la formation selon les orientations proposées. En guise d'information, à l’ISTI (Haute Ecole de Bruxelles) par exemple, l’étudiant choisit librement une de ces 4 orientations :

  • l'orientation multidisciplinaire, c'est-à-dire généraliste ;
  • l'orientation « traduction et industries de la langue » avec notamment le sous-titrage et la localisation ;
  • l'orientation « traduction ès relations internationales » : cours de traduction dans les domaines politique, diplomatique, juridique ;
  • l'orientation « traduction littéraire ».

Si l'orientation multidisciplinaire est organisée dans chaque institution, les autres orientations peuvent varier en fonction des établissements.

Quelles sont les caractéristiques du master en interprétation ?

Les cours d’interprétation commencent également à proprement parler au 2e semestre de la 1ère année de master, par des cours intensifs d’interprétation consécutive, de traduction à vue, d’expression orale et de techniques de prise de notes. L’étudiant aura choisi cette filière en connaissance de cause dans la mesure où il aura bénéficié d’un galop d’essai pendant le semestre commun. De toute manière, quel que soit le choix final de l’étudiant, il n’aura pas perdu de temps étant donné la polyvalence du 1er semestre de la 1ère master.
La dernière année se focalise essentiellement sur les techniques d’interprétation simultanée, tout en prévoyant une formation à d’autres techniques comme l’interprétation de liaison, le chuchotage ou la téléconférence. Les stages, durant la dernière année d’études, peuvent se faire dans des endroits prestigieux comme le Conseil de l’Europe ou l’ONU. Les cours de droit européen et de politique internationale viennent étoffer la formation de l’interprète.

Y a-t-il moyen de faire des études complémentaires ?

Oui bien sûr. Il existe certains accords avec des universités européennes. Ainsi, par exemple, on peut suivre un "master européen en traduction spécialisée (METS)", auquel l’ISTI participe activement.

Quels sont les débouchés ?

Citons notamment les grandes institutions européennes et internationales comme la Commission de l’Union européenne, le Parlement européen, le Conseil de l’Europe, la Cour de Justice à Luxembourg, l’ONU et l’OTAN, mais aussi les tribunaux, les ambassades, le monde de l’édition, les bureaux de traduction, la radio, la télévision, les institutions bancaires, la publicité, les relations publiques, l’enseignement…

Quelles connaissances de base en langues doit-on avoir pour pouvoir commencer ces études dans de bonnes dispositions ?

En fait, le niveau de connaissance attendu de l'étudiant varie selon les langues. Aucun acquis préalable n'est exigé pour l'italien, l'espagnol, le russe, l’arabe ou le chinois. En revanche, des éléments de base sont souhaitables pour l'allemand. Enfin, en anglais et en néerlandais, l'étudiant devrait idéalement avoir atteint un certain niveau de compréhension et d'expression.

Quelles sont les langues les plus étudiées ?

En Belgique, les plus courantes sont l’anglais, l’espagnol, l’allemand et le chinois là où il est proposé. Puis le néerlandais, l’italien et le russe.

Les jeunes s'orientent plutôt vers la traduction ou l'interprétation ?

A l'ISTI, 90% des étudiants choisissent la traduction et 10% l'interprétation. Ces chiffres diffèrent selon les écoles.

Quelles sont les plus grandes causes d'échec ?

Il y a en a plusieurs. Tout d'abord je citerais l'adaptation à l'enseignement supérieur. Notre enseignement est de niveau universitaire et bon nombre d'étudiants ont des difficultés à organiser la matière.
Une autre cause est la méconnaissance du français. Pour devenir traducteur ou interprète, il est nécessaire de maîtriser sa langue maternelle. Beaucoup échouent à cause de cela.

Ces études attirent-elles encore beaucoup les étudiants ?

La traduction et l’interprétation ont le vent en poupe. A l’ISTI, nous avons en 1ère année pas loin de 400 étudiants. L’entrée de nouveaux pays dans l’Union européenne ne fait qu’accroître les besoins en traducteurs et interprètes de haut niveau.

Comment choisir son école parmi toutes ? 

Question difficile. Je crois que le critère géographique joue beaucoup. Il peut y avoir quelques différences entre les institutions dans leur offre de formation de langues. Il faut donc consulter le programme de chaque institution. De manière générale, je pense que les cours sont communs à 80%. Il n’existe pas quatre manières différentes de former un traducteur ou un interprète !

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.