Jean-François Pollet,
Responsable qualité

Dans les plus petites entreprises, une seule et même personne chapeaute les deux aspects de Contrôle et d'Assurance de Qualité. C'est la cas de Jean-François Pollet, chez Henogen.

En quoi consiste votre travail ?

Je dois assurer la qualité de toutes les activités de notre société, c'est-à-dire le développement et la production de nouvelles substances pharmaceutiques, l’organisation d'essais cliniques, ainsi que, du fait de la manipulation de matières biologiques "à risques" et/ou génétiquement modifiées, la biosécurisation de nos recherches en vue de protéger la personne humaine et l'environnement. 
Ces principes de qualité sont standardisés dans des normes internationales aujourd’hui largement reconnues : les normes GLP, GMP et GCP. 
Mon travail consiste à veiller à ce que ces normes soient appliquées dans notre travail au quotidien, et ce depuis la recherche en laboratoire jusqu’au stade des essais cliniques chez l’homme.

Comment présenteriez-vous Henogen en quelques mots ?

Henogen est une jeune spin off de bio-ingéniérie qui a vu le jour en 1999, grâce au savoir-faire d’un groupe de chercheurs de l’ULB.
Henogen fait des recherches sur de nouveaux produits issus de la biotechnologie, et qui sont susceptibles d’être utilisés dans le domaine de la prévention ou du traitement de maladies humaines. Avant d’être autorisées et commercialisées, ces nouvelles substances doivent passer le cap des essais cliniques sur l'homme (phases 1, 2 et 3). 
C’est dans cette perspective que nous produisons et testons des lots de ces nouvelles substances, et ce tout en respectant des normes de qualité, de biosécurité et des conditions de fabrication strictes. L'autorisation de mise sur le marché (agréation du médicament) ne sera délivrée que lorsque l’innocuité, l’efficacité et la qualité de ces produits auront été démontrées lors de ces essais cliniques. 
Notre société compte actuellement 37 personnes, dont 5 docteurs en sciences, 12 licenciés et ingénieurs et 17 techniciens, tous orientés dans le domaine de la biologie moléculaire et de la génétique.

Pourriez-vous nous en dire plus sur ces phases d’essais cliniques ?

Tous les futurs médicaments sont d'abord mis au point en laboratoire et testés sur des animaux ou des cultures cellulaires. Seuls ceux qui semblent montrer une certaine efficacité et une absence de toxicité passent en phase d’essais cliniques. 
La phase 1 est le premier essai sur l'homme qui permet de s’assurer que le médicament est bien toléré et dénué de toxicité. 
Ensuite, en phase 2, on s’attache à démontrer son efficacité et à trouver sa dose optimale, sur un petit groupe de patients volontaires. 
A la phase 3, on change d'échelle: les produits sont testés sur plusieurs centaines de patients pour évaluer les effets secondaires et déterminer les précautions d'emploi. 
A ce stade, le dossier d'autorisation de mise sur le marché peut être constitué. La période écoulée entre une phase 1 et une phase 3 est en général de 7 à 8 ans. 
Quant aux études de phase 4, elles concernent les essais d'un médicament après sa commercialisation. Elles permettent d'affiner la connaissance du médicament et d’assurer une pharmacovigilance. 
Chez Henogen, nous réalisons la production de lots de la substance à tester et nous organisons les essais jusqu’à la phase 2. Il peut s'agir soit d'un produit issu de notre propre recherche, soit d'une substance appartenant à une firme pharmaceutique, et pour lesquels le développement, la production et/ou l'essai clinique sont sous-traités chez Henogen.

Avez-vous un créneau de médicaments ?

Tout ce qui tourne autour de la biologie moléculaire et de la génétique. Cela peut être un vaccin, un traitement contre le cancer ou contre des maladies auto-immunes, ou encore un vecteur de thérapie génique pour une maladie héréditaire (la thérapie génique consiste à modifier les gènes d’une cellule malade en y apportant un gène “sain”, c’est une voie de recherche très prometteuse mais qui en est encore à ses débuts).

Comment se passe votre travail au quotidien?

Mon rôle est d'évaluer et de minimaliser les risques à toutes les étapes de la recherche, de la production et des essais cliniques. Il faut donc au préalable discuter avec les chercheurs qui développent le produit, du choix de l’organisme à utiliser pour produire la substance (cultures de cellules, bactéries, virus, etc.), du choix des matières premières et de l’adéquation des procédés technologiques qu’ils vont mettre en oeuvre. 
Chacun des éléments impliqués dans la production doit être parfaitement identifié et suivi depuis son origine, il doit satisfaire à des exigences de pureté et d’innocuité bien précises. Du fait de l’utilisation d’organismes génétiquement modifiés et/ou pathogènes, le système d'Assurance de la Qualité tient également compte des aspects de biosécurité relatifs à la protection des personnes et de l’environnement. 
Chaque nouveau projet nécessite donc une bonne connaissance de l’organisme en question et une évaluation préalable des risques encourus, une préparation des zones de confinement dans lesquelles seront manipulés ces organismes, une notification du projet aux autorités compétentes, l’élaboration d’un plan d’urgence en cas de problème, un contrôle de l’application des méthodes de protection et de la gestion des déchets, etc. 
En ce qui concerne la production des lots pour les essais cliniques, nous devons prendre des précautions en terme de sécurité, d'efficacité et de qualité aussi strictes que pour la production de médicaments commercialisés. 
Par exemple, l’agencement de nos zones de production permet de mener simultanément 6 productions différentes : nous devons donc maîtriser totalement les risques de contamination croisée ( gestion et contrôle permanent des flux de personnes, de matières premières, de produits intermédiaires et finis, d’échantillons, de déchets,...). Cela implique aussi une formation très approfondie du personnel. 
Nous devons vérifier que tout se fait selon des procédures préalablement établies, effectuer des prélèvements réguliers pour s’assurer que le niveau de qualité des produits est conforme aux exigences réglementaires, et aussi pouvoir le démontrer à n’importe quel moment aux autorités compétentes, comme l’Inspection de la Pharmacie en Belgique ou toute autre instance internationale. La production des lots de médicaments et l'organisation des essais cliniques nécessitent la préparation de dossiers de déclaration qui seront soumis aux autorités compétentes, avec lesquelles nous devons maintenir un contact permanent. Il est aussi de notre ressort de vérifier que tout se passe dans le plus grand respect des principes éthiques.

Quelles études avez-vous faites ?

J’ai effectué à l’UCL une licence en biologie et un D.E.A. en génétique, ensuite je suis passé à l’ULB pour réaliser une thèse de doctorat en biologie moléculaire. J’ai par la suite mené pendant plusieurs années des travaux de recherche et développement dans le Service de Génétique Appliquée de l'ULB. Ce laboratoire ayant de nombreuses collaborations avec l’industrie pharmaceutique, nous avons très tôt instauré un concept de qualité pour toutes nos activités de recherches appliquées. Lorsque, de ce laboratoire, est née la spin off Henogen, j’ai pris en charge ce concept de qualité et nous l’avons développé afin qu’il garantisse les exigences réglementaires.

Rêviez-vous de faire ce métier, lorsque vous étiez enfant ?

Non, non pas du tout! Enfin, de la biologie, oui. J’ai eu la chance de vivre plusieurs années en Afrique, dans une région où la nature était luxuriante et préservée. Cela m'a toujours émerveillé. C’est donc là qu’est né mon intérêt pour les sciences de la vie. Après une première orientation vers l'étude des écosystèmes, je me suis intéressé à l'infiniment plus petit en me lançant dans la biologie moléculaire et l'ingénierie génétique. Finalement cela concernait davantage les éprouvettes que la faune ou la flore! Je ne savais évidemment pas que j’allais évoluer vers le poste que j'occupe actuellement. C’est une évolution très enrichissante: j’ai d'abord participé activement à des travaux de recherche fondamentale et appliquée, c'est-à-dire la base de toute découverte d’une substance thérapeutique, et maintenant je peux suivre l'évolution de ces découvertes jusqu’à l'aboutissement espéré, qui est la mise sur le marché d'un médicament novateur.

Quelles sont les qualités nécessaires pour exercer votre métier ?

Le management de Qualité nécessite beaucoup de rigueur et d'organisation! La masse de données à gérer est impressionnante, et les implications sont parfois lourdes de conséquences: un lot de médicaments pour lequel on n'arrive pas à une garantie totale de qualité doit être retiré de la circulation. Il faut à tout moment pouvoir prouver son intégrité et son indépendance: des critères autres que la qualité, la sécurité et l’efficacité ne peuvent en aucun cas influencer la décision d'utiliser ou non un médicament chez l’homme. C'est donc une fonction qui nécessite une responsabilité importante, et même si le risque zéro n'existe pas, la maîtrise de ce risque doit être rigoureuse et sans faille.

Comment voyez-vous l’avenir ?

Les biotechnologies ont le vent en poupe. Ces nouvelles technologies font actuellement leurs preuves. Les grandes réussites commerciales sont encore rares, mais il est évident que c’est l’avenir de la médecine.

Et pour vous personnellement, quel est votre prochain défi ?

C’est de démontrer l’efficacité de nos travaux, de montrer que cette société a un sens et qu’elle aboutira à des succès thérapeutiques. Nous avons plusieurs campagnes de production en cours et des essais cliniques dans différents domaines: un projet de vaccin contre la varicelle et le zona, un vaccin contre la mononucléose, une thérapie génique contre une maladie héréditaire, un projet de reconstruction osseuse,... Ces différents projets porteront bientôt leurs fruits. Démarrer sa carrière dans une société qui se crée est une opportunité très intéressante et je crois que je resterai le plus longtemps possible dans ce cadre d’activités.

Quels sont les avantages et les inconvénients ?

Des inconvénients, je n’en ai pas encore trouvé beaucoup. C’est vrai que cela nous demande énormément de temps et d'énergie avant d'arriver à une réussite, mais nous sommes patients et extrêmement motivés par cette aventure! Etant peu nombreux au départ, nous devons "mettre la main à la pâte" à différents niveaux de la société, ce qui très enrichissant! Côté avantages, c’est aussi passionnant d’être dans un domaine de pointe qui aura de nombreuses incidences sur notre avenir. Nous ouvrons de nouvelles portes avec de nombreux espoirs derrière celles-ci. Nous nous trouvons face à de nouveaux concepts qui n'étaient pas envisageables il y a quelques années. Ces découvertes nécessitent également une remise en question des législations actuelles, de la conception de l'éthique et de la déontologie. De nombreux débats de société sont en cours à ce sujet.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui veut se diriger dans une carrière scientifique ?

Il faut avant tout de la passion, de la persévérance et un esprit très ouvert pour pouvoir s'adapter très rapidement à l'évolution de la science, parce qu'elle est en perpétuel mouvement.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.