Michel Toussaint,
Installateur de chaudières à bois et à pellets

Interview réalisée en janvier 2008

Michel TOUSSAINT est installateur de chaudières à bois et à pellets - société Eco-Chauffe

Depuis combien de temps exercez-vous la profession d’installateur de chaudières à bois et à pellets ?

Nous avons démarré cette activité il y a 2 ans, en gardant un pied dans ma société d’élagage, mon associé en gardant un pied dans sa société de rénovation. Nous espérons à partir de cette saison-ci pouvoir chacun nous libérer de nos activités antérieures pour nous consacrer uniquement aux poêles à pellets et développer les chaudières à pellets. Nous avons appelé notre société Eco-Chauffe. « Eco » comme écologique et économique. Et c’est vrai que, pour le moment, malgré les aides, pour être écologique, il faut avoir des sous. Une chaudière à pellets coûte plus cher qu’une chaudière traditionnelle au mazout. Sur le long terme, il y a une économie en combustible mais, il faut être en mesure de réaliser l’investissement de départ.

Quel a été votre parcours professionnel ? Quelles fonctions avez-vous exercées jusqu’à aujourd’hui ?

Il y a 30 ans que je travaille dans le domaine forestier, dans l’élagage. Un de mes amis fait de la rénovation de bâtiment et du placement de chauffage. Il m’a un jour demandé ce que je faisais des déchets de broyage de branches.
Pour éviter de rejeter ces déchets et de payer pour les évacuer dans des décharges, nous avons cherché des chaudières poly-combustibles. En cherchant ces chaudières, nous avons découvert le poêle à granulé de bois. J’étais arrivé à un âge où je me disais que grimper dans les arbres c’est bien, mais qu’il fallait prévoir une porte de sortie. J’étais assez séduit par l’idée des pellets. Nous avons alors cherché des fournisseurs à représenter en Belgique. Il y avait principalement les Italiens et les Allemands. Un peu comme pour les voitures, les allemands ont du matériel sophistiqué, de la haute technologie. Les italiens sont plus basiques, mais plus abordables au niveau du prix. Déjà dans mon métier d’élagueur, j’essayais d’être respectueux de l’environnement dans ma manière de travailler et de tailler les arbres. Il y a une manière assez drastique, néfaste pour l’arbre, et puis il y a une manière plus soft avec un regard à long terme. C’est avec cette idée-là que je souhaite travailler. En Belgique, c’est difficile car les gens n’ont pas le même esprit que dans les pays scandinaves et nordiques, par exemple. Là-bas, les gens sont beaucoup plus dans des coopératives, dans les regroupements que ce soit en achat, en production d’électricité ou en cogénération. En Allemagne, les toitures sont tapissées de panneaux photovoltaïques. Ici, c’est plus lent.

En quoi consiste votre activité au quotidien ?

Nous avons commencé à développer notre activité par le biais d’un petit magasin-dépôt à Rixensart. Nous travaillons beaucoup par le biais de foires telles que Valériane, Batireno, Energie & Habitat… Nous sommes également en train d’ouvrir un magasin à Jodoigne avec l’idée d’aborder les gens qui ont une installation au mazout et qui sont prêts à investir 2000 ou 3000 euros pour installer un poêle à granulés de bois et alléger leur note de mazout. 

Au quotidien, pour le moment, nous préparons les foires et le magasin. Nous allons aussi travailler avec Internet dont se chargera un nouvel associé. Nous développerons notre site actuel avec la vente de poêles d’occasion et du déstockage. Mon associé chauffagiste de métier s’occupe de tout le côté technique et du placement. Moi, je m’occupe surtout de ce qui est commercial. 

Mes activités au cours d’une journée vont souvent dans tous les sens : présenter un camion au contrôle technique, enregistrer un bail, arranger une vitrine publicitaire, me rendre à divers salons notamment en Allemagne pour obtenir des renseignements précieux quant aux nouvelles technologies (silos de stockage, nouvelles chaudières, systèmes d’alimentation…), aller chez la comptable, rencontrer nos fournisseurs, rencontrer des fabricants pour découvrir leurs produits… Je n’ai pas le temps de m’ennuyer.

Au départ, la seule crainte que nous ayons, c’était l’approvisionnement en granulés de bois et on s’est mis un point d’honneur à assurer l’approvisionnement de nos clients en pellets. Ca n’a pas été facile. Un jour, nous avons rencontré les gens d’une scierie du côté de Virton qui recyclaient leur sciure en pellets de gros calibre pour approvisionner les centrales électriques. Quand ils se sont rendus compte qu’il y avait une demande auprès des particuliers, ils ont calibré leurs granulés en 6mm pour les appareils de « Monsieur Tout-le-monde » et ensuite ils ont créé une unité d’ensachage en papier recyclé. Ces gens ont leur sciure, ils la sèchent via une grosse chaudière alimentée par du bois récupéré dans les parcs à conteneur des environs, ils ensachent les granulés dans des sacs en papier recyclé. Nous avons trouvé que ça tenait la route ! A présent, nous sommes devenus dépositaires de ce fournisseur de pellets. Nous avons même acheté un camion spécialement pour lalivraison de pellets, bien que cela ne fasse pas partie de notre projet initial.

Quelles sont les conditions d’accès à ce métier ?

Au niveau technique, il faut savoir qu’on travaille dans le domaine du chauffage. Pour le placement de poêle à pellets, il n’y a aucun diplôme requis. N’importe qui peut placer un poêle à pellets du moment qu’il est enregistré comme vendeur et placeur indépendant. Dès qu’on arrive aux chaudières ou aux poêles-chaudières, il est nécessaire d’avoir un diplôme de chauffagiste. Quand on remplace une chaudière au mazout par une chaudière à pellets,c’est de la technique de chauffage.

Quelles études/formations avez-vous faites pour accéder à cette profession ?

J’ai une formation sur le tas, mais mon but n’est pas de devenir chauffagiste. Je vais garder dans la société un rôle plus commercial et sensibiliser les gens à la note écologique.

Quelles sont, à votre avis, les qualités personnelles et les compétences attendues dans ce domaine professionnel ?

Pour ma fonction dans la société, mes compétences sont l’enthousiasme, l’ordre et la rigueur. Je suis indépendant depuis 1977. J’ai donné cours à l’INFAC (actuellement EFPME) à Bruxelles pendant 3-4 ans pour les formations d’arboriste. Ce que je disais à mes élèves : de la rigueur, de la politesse et de la ponctualité. Dès qu’on fait du commerce, quel que soit le domaine, c’est le plus important. Installer des chaudières à pellets relève de la haute technologie. Le matériel pour le chauffage au mazout et au gaz est éprouvé depuis longtemps. Pour les pellets, il y a encore des réglages à faire. Il nous est arrivé au début de retourner chez des clients pour modifier les réglages. Tout est encore à mettre au point. Il faut, par exemple, que la cheminée corresponde à l’aspiration. Il faut donc aussi de l’inventivité. Je me souviens d’une panne où la chaudière ne reprenait pas. Les pellets étaient stockés depuis 1 an ½ dans le silo. L’air ambiant était humide et nous avons compris pourquoi la chaudière ne reprenait pas. Ce sont tous ces petits détails que nous découvrons au fur et à mesure par l’expérience. Et autant de challenges !

Quelles sont les perspectives d’avenir ?

Je crois qu’on ne chauffera pas toute la planète avec des granulés de bois. Cela ne sera pas possible. Mais je suis assez confiant surtout avec les gens avec qui on travaille du côté de Virton. J’ai encore quelques questions au niveau de l’approvisionnement mais ce n’est pas ça qui me fera baisser les bras. L’industrie bouge un petit peu, les panneaux à particules ont tendance à disparaître et celafait un potentiel de déchets de bois à utiliser autrement.

Qu’auriez-vous envie de dire à un jeune qui souhaite se lancer dans cette voie ? Quels conseils lui donneriez-vous ?

Je lui dirais d’aller voir des asbl telles que les Compagnons d’Eole et d’essayer d’analyser les possibilités en matière d’énergies renouvelables. L’éolien est en pleine croissance pour le moment. Il faut des techniciens pour les entretenir, des monteurs… Au niveau des granulés de bois, il y a la fabrication à l’usine, mais aussi le placement des chaudières, où là, il faut être chauffagiste. Il y a le photovoltaïque où il y a deux accès à la profession : il faut être électricien et couvreur. Dans une société, si un des associés a l’accès, toute la société en bénéficie. J’ai aussi envie de dire à un jeune qu’il faut y croire, pas juste se lancer pour gagner des sous. L’argent ne doit pas être la première idée. Il faut avoir envie d’apporter sa pierre à l’édifice, que ce soit dans les granulés, le photovoltaïque,les pompes à chaleur… 

Aux moins jeunes, je dirais qu’il faut avoir une petite dose d’humilité pour accepter les erreurs du passé. Pour ma part, je suis un élagueur de la première génération. On mettait des griffes aux pieds, on coupait à bout de bras et on transformait les arbres en porte-manteaux. On abîmait tout le patrimoine arboré. On s’est rendu compte plus tard qu’il y avait d’autres techniques qui ne modifiaient plus la structure de l’arbre et qui lui occasionnaient un stress beaucoup moins important. Dans les pellets, c’est la même chose. Un chauffagiste qui place des chaudières à mazout ou à gaz depuis des années, doit avoir l’humilité suffisante pour reconnaître qu’il est temps de passer à autre chose, bien que le pellet présente de petits inconvénients et exige plus d’attention au niveau du chargement du combustible, du nettoyage et de l’évacuation descendres.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.