Nils Duchêne,
Responsable de centrale hydroélectrique

Interview réalisée en janvier 2008

M. Nils DUCHÊNE est responsable de centrale hydroélectrique et bureau d’étude  - Mérytherm

En tant que responsable hydroélectrique, en quoi consiste votre activité au quotidien ?

Je suis propriétaire de l’usine qui est une centrale hydroélectrique couplée à un outil de production de traitement thermique des métaux, donc de fours électriques, de manutention de pièces dans des fours, etc. Quand je suis arrivé
dans l’usine, j’étais tout seul. J’ai dû apprendre tous les métiers de l’hydroélectricité et de la production. J’ai racheté l’usine depuis 7 ans et, petit à petit, des gens sont venus m’épauler ou me remplacer. Mon activité au quotidien, aujourd’hui, pour la partie hydroélectricité… dépend des jours évidemment. Je dois veiller au bon déroulement de la production et surveiller via Internet les installations 1 ou 2 fois par semaine. Je veille à ce que mes hommes prennent le temps d’aller vérifier sur le terrain. Je m’occupe de la facturation des productions et des certificats verts. Il y a des tâches administratives trimestrielles pour les certificats verts et mensuelles pour les énergies. Actuellement, je suis en train de négocier des contrats de vente. Je dois me rendre chez les fournisseurs qui ne sont pas toujours très intéressés par les petites productions : c’est pourquoi on a mis en place un groupe de vente collectif. 

On a 6 centrales qui, ensemble, permettent de vendre en gros et de négocier de meilleurs prix. Au niveau de la maintenance, j’assure les opérations dangereuses et les inspections biannuelles dans l’eau.. Je préfère prendre le risque moi-même et savoir qu’il est mesuré que de faire prendre le risque à des gens dont je suis responsable. Ce n’est pas hyper-dangereux, mais aller débiter un arbre accroché à une porte 30 centimètres sous l’eau, cela demande d’être équipé correctement et de savoir ce qui peut arriver avant de se lancer. J’ai également la chance d’avoir pu développer un bureau d’études en hydroélectricité mais ça, c’est un autre métier. C’est du travail d’ingénieur, du conseil, de l’accompagnement de projet pour les gens qui ont envie de faire tourner quelque chose dans leur jardin ou dans leur usine et qui ont de l’argent à investir dans ce secteur-là. On fait tout : du relevé de terrain, du calcul de projet, du financement, les cahiers de charge… tout ce qui concerne la conception de l’installation hydroélectrique.

Quelles sont, à votre avis, les qualités personnelles et les compétences attendues dans ce domaine professionnel ?

Cela dépend de la taille des projets. Je pense que plus les projets sont petits, plus il faut être « polyvalent ». Il faut des qualités d’intégrateur. Je ne suis ni électricien, ni mécanicien, ni gestionnaire, mais je dois faire un petit peu de tout. Plus les projets deviennent gros, plus on peut se spécialiser et avoir des compétences spécifiques à un métier. Moi, je suis plutôt défenseur des petits projets. Donc, les qualités, ce serait la modestie de ses compétences, aller chercher les compétenceslà où elles sont et avoir une vue la plus globale possible du projet.

Quel est l’horaire de travail ?

Cela dépend un peu des moments. Je suis papa de mon 3ème enfant depuis 1 mois ½ et je ne travaille pas beaucoup en journée pour le moment. J’arrive au bureau vers 9h30 après avoir conduit les enfants à l’école et je quitte vers 16-17h pour aller les rechercher. Mon temps de travail effectif au bureau n’est pas énorme. Je retravaille au moins deux soirées par semaine après l’heure des enfants vers 20h. Et en général, le samedi matin, je me lève tôt et je vais au bureau. Je suis tranquille et je peux faire les choses que je n’ai pas su faire ou que j’ai envie de faire. Grosso modo, j’ai un horaire assez léger pour le moment, mais c’est provisoire.

Quelles études/formations avez-vous faites pour accéder à cette profession ?

De formation, je suis ingénieur électromécanicien et j’avais choisi la tendance énergétique c’est-à-dire plutôt orientée production d’électricité à l’Ulg. Des formations particulières en énergies renouvelables, il y en a plein maintenant.
Je pense que c’est très bien, mais rien de tel que la pratique, les stages en entreprise, les travaux de fin d’étude en entreprise pour confronter les jeunes techniciens et les jeunes ingénieurs à la réalité. Cela fait 10 ans que je suis sorti de l’Ulg. J’ai vu défiler en moyenne un étudiant par an qui venait d’une école de commerce ou d’une école technique. Parfois, ces étudiants n’ont pas envie de se salir les mains et, ensuite ils n’ont aucune idée de comment gérer un projet. Il y a des formations qui sont en train d’être mises en place par le Forem à Verviers, le « Polygone de l’Eau », pour former des techniciens aux métiers de l’eau : épuration, gestion de l’eau potable, hydroélectricité…

Quel a été votre parcours professionnel ? Quelles fonctions avez-vous exercées jusqu’à aujourd’hui ?

Je suis tombé par hasard sur la cession d’une société qui produisait de l’électricité avec de l’eau dans le village de mes parents. J’ai changé de métier et je suis devenu « entrepreneur ». Je pouvais avoir mon rôle d’ingénieur de projet, mon rôle de gestionnaire et je pouvais aller m’amuser dans l’atelier. Maintenant que la société grandit et que les contraintes qui reposent sur moi sont de plus en plus importantes, cela devient un luxe d’aller passer une demi-journée dans l’atelier pour démonter un moteur. Grâce à l’usine, j’ai pu réaliser certains projets personnels comme la sensibilisation à l’environnement et aux énergies renouvelables. La centrale hydroélectrique de Méry est intéressante à faire visiter. Dès la première année, j’ai impliqué l’école du village dans la recherche de l’histoire de l’usine. On a fait des expos. On a participé aux journées de l’énergie et aux journées du patrimoine. L’aboutissement de toutes ces initiatives a été la création d’une asbl qui s’appelle Exposant D. Elle a pour objet de faire la promotion du développement durable dans notre région. Elle va permettre de pérenniser l’organisation d’unsalon du développement durable qu’on fait depuis 5 ans.

Quelles sont les perspectives d’avenir ?

Je ne sais pas, je pense qu’il y a des études qui ont été réalisées par EDORA, une étude socio-économique du secteur. Je dirais qu’il y a moyen de trouver un coefficient « production/emploi créé ». Il faut une certaine taille pour créer son emploi. Je dirais à peu près 2 Gigawatts/heure pour un emploi dans l’hydroélectricité. Pour donner un ordre de grandeur, on prévoit une production de 60 Gigawatts/heure sur un projet de 10 barrages qui seront installés en Haute-Meuse. Cela va générer des emplois mais difficile de dire combien. Il y a une série d’emplois de maintenance qui ne seront peut-être pas créés par le secteur mais qui seront consolidés. Une société de maintenance qui est active chez Cockerill ou dans des grosses usines peut diversifier ses activités en répondant aux demandes du secteur hydroélectrique.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans cette voie ?

Le conseil, c’est qu’il ne faut pas en faire une fixation. J’ai eu plusieurs ingénieurs qui sont venus en stage ou travailler et qui voulaient absolument faire des énergies renouvelables sans aucune concession. Moi, j’ai commencé dans les énergies renouvelables en faisant un mi-temps dans ce secteur et un autre mi-temps dans le traitement thermique pour que mon usine tourne. Il faut pouvoir, par exemple, travailler dans une société de maintenance et accepter d’aller faire de la maintenance de chaudière un jour et le lendemain celle d’une centrale hydroélectrique.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.