Mr Benjamin, Educateur

Interview réalisée en janvier 2008

Educateur spécialisé au sein d’un service d’insertion sociale, d’éducation permanente et de promotion du logement. 

Pourriez-vous décrire l’asbl dans laquelle vous travaillez ? 

L’asbl est reconnue comme Association d’éducation permanente par la Communauté française, Association de Promotion du Logement (APL) et Service d’Insertion Sociale (SIS) par la Wallonie. Les SIS constituent une étape avant l’insertion professionnelle. Nous travaillons avec des personnes tellement déstructurées, qu’elles ont d’abord besoin de créer du lien social, un réseau de connaissances et de reprendre confiance en elles, de l’assurance. En tant qu’APL, un soutien individuel sur les questions de logement est assuré, notamment via des permanences dans le service ou par téléphone. 

Comment se compose l’équipe de professionnels de cette asbl ? 

Elle se constitue de deux sociologues, un éducateur A1, un éducateur A2, un animateur de rue (ancien sans-abris), un bachelier en sciences du travail, une animatrice et du personnel administratif. Nous nous réunissons deux fois par mois et lors de réunions avec les bénéficiaires. 

Avec quel public travaillez-vous ?

Nous travaillons avec des adultes précarisés, sans emploi, avec des fragilités qui peuvent concerner le logement, la famille, l’aspect économique, les relations. Ce sont souvent des personnes isolées ou des familles monoparentales. Elles ont un réseau de connaissances restreint. 

En quoi consiste votre emploi ? 

Je travaille avec ces personnes en individuel ou via la dimension collective. La dimension individuelle sera plus adaptée à certaines personnes alors que la dimension collective le sera davantage pour d’autres. Certaines personnes participent aux deux. En individuel, je mène des entretiens à partir de la personne, de son projet de vie. Nous commençons par faire le point pour voir où elle en est, quels sont ses besoins. Ensuite nous la soutenons au quotidien à différents niveaux : moralement, dans ses démarches administratives, etc. Je me rends au domicile de certaines personnes. Elles arrivent en étant dans un état de rupture important. Le but est donc de nouer progressivement une relation de confiance avec elles. Nous faisons un bout de chemin ensemble et au bout d’un temps, elles retrouvent un logement, elles reprennent contact avec leur famille. 

Si les demandes dépassent notre cadre professionnel, nous les orientons vers d’autres services : psychologue, psychiatre, médiation de dettes. Certains professionnels ont des a priori envers ces personnes, nous servons alors de relais pour casser ces préjugés. On prend contact avec les autres services, on accompagne physiquement la personne. 

Au niveau collectif, je soutiens, j’accompagne des initiatives de personnes vivant dans la précarité, sans abris ou non, mal logées. Nous utilisons la pédagogie du projet. Soit les projets viennent d’eux, soit nous les suscitons mais nous ne les réalisons pas à leur place. Nous leur donnons des outils, des moyens. Je fais réfléchir le groupe à partir de leurs idées sur la pertinence de l’action. Le but est d’arriver à une certaine autonomisation des personnes. Par exemple, un groupe rend visite à des personnes dans la précarité, hospitalisées. On les a accompagnés dans la recherche d’un financement, dans l’organisation, la gestion de la trésorerie. Leur projet va prochainement être reconnu et subsidié. Nous avons aussi une action citoyenne qui vise à créer des conditions pour que les personnes puissent faire valoir leurs droits comme n’importe quel autre citoyen. 

En ce qui concerne la question du logement, je co-anime “un toit des droits“. Il s’agit de rencontres collectives autour des problèmes de logement. Nous partons de situations individuelles. Nous essayons aussi de faire remonter ces problématiques au niveau politique. Le travail s’effectue également en réseau avec d’autres services sociaux ayant d’autres compétences.

Pourriez-vous donner des exemples d’accompagnement via des projets collectifs et en individuel ?

Pour les projets collectifs, nous les accompagnons par exemple pour la réalisation d’un journal sur différents thèmes les concernant, l’organisation d’une fête de quartier, des projets d’initiation à l’informatique pour éviter la fracture numérique, l’organisation de projets ponctuels : nouvel an, Saint-Nicolas des enfants, activités sportives, etc. Nous travaillons sur le long terme. 

J’ai accompagné pendant 5 ans un homme qui au départ avait une histoire personnelle chargée : il avait perdu son travail, sa compagne, son logement et s’était donc retrouvé à la rue. Via l’accompagnement collectif et individuel, il a progressivement retrouvé du lien social, un logement, un moyen de subsistance et de manière générale une certaine utilité. En parallèle, il est suivi régulièrement par un psy pour comprendre son histoire de vie, mettre des mots sur son passé, renouer des contacts avec sa famille. Il prend maintenant davantage soins de sa santé physique et mentale. Il se fait aider pour ses problèmes d’assuétudes. Les accompagnements ne donnent pas que des réussites. L’animation et l’accompagnement des projets individuels et collectifs demandent beaucoup d’énergie. Les personnes ont tendance à avoir des rechutes concernant des problèmes sur lesquels nous n’avons pas toujours de prise.

Quel est votre parcours de formation, vous a-t-il bien préparé au cadre professionnel ? 

J’ai tout d’abord suivi le troisième degré de l’enseignement secondaire dans la section “agent d’éducation“ et j’ai ensuite continué par le bachelier d’éducateur spécialisé en accompagnement psycho-éducatif. Pour le travail en individuel, durant mon bachelier, j’ai notamment eu des cours sur l’entretien. L’éducateur est un spécialiste de la relation. Les cours, les stages m’ont permis d’acquérir des outils pour entrer en relation. J’ai aussi été amené à faire un travail sur moi-même durant ma formation. Avant d’aider les autres, il est essentiel de se connaître soi-même par rapport à sa propre éducation, sa famille. Le but est de se comprendre pour ne pas reproduire le vécu. Les personnes qui ont de gros problèmes personnels non résolus éprouvent des difficultés à aider autrui. Pour le travail collectif, ma formation m’a donné des moyens de gérer la dynamique de groupe, des outils d’animation collective, de réunions. Au travers de différents cours de sociologie, d’économie politique, d’organisation des institutions, j’ai aussi eu certaines bases pour devenir acteur de changement pour travailler sur les causes de l’exclusion sociale et non uniquement mettre des rustines sur ses conséquences. 

Continuez-vous à vous former ? 

Oui, dans des domaines différents : techniques d’animation, nouvelles approches du suivi, de l’accompagnement, etc. Les études constituent la base et ensuite étant donné qu’un éducateur peut travailler avec des publics très différents, il est important qu’il continue à se former. De plus, nous avons une supervision en équipe organisée par des extérieurs concernant le projet de l’association, le développement de stratégies. 

Quelles qualités sont essentielles pour exercer ce métier ?

Il faut bien se connaître, pouvoir prendre de la distance, avoir un certain recul sur soi-même et concernant les situations vécues. L’ouverture aux autres et l’écoute sont essentielles. Il ne faut pas être centré uniquement sur soi-même. Il faut être créatif et innovant pour développer des initiatives intéressantes. Il faut avoir des nerfs d’acier, faire preuve de patience. On est confronté à des personnes qui se trouvent dans des situations souvent difficiles. La générosité est aussi importante, le fait de donner de son temps, de ne pas avoir peur de faire des heures supplémentaires.

Quels conseils pourriez-vous donner à des personnes souhaitant se lancer dans une carrière d’éducateur ?

Concernant le choix de la formation, je conseillerais de bien se renseigner sur le contenu car les orientations peuvent être très différentes d’une école à l’autre. Certaines vont plus mettre l’accent sur l’animation, notamment sportive, d’autres, sur le fait de devenir des acteurs de changement au niveau de la société. D’autres encore mettent plutôt en avant le savoir-faire : mener un projet, dessin, etc., ou encore, le savoir-être : la relation, la compréhension de la personne, l’analyse des situations. Il est donc intéressant d’assister à certains cours, de discuter avec les élèves et les professeurs pour choisir sa formation. 

C’est un travail qu’il faut choisir par conviction personnelle, par goût. Les contrats de travail sont souvent incertains étant donné qu’ils sont liés à l’octroi ou non de subsides par les pouvoirs publics et le salaire est bas.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.