Clément Triboulet, Clown

Interview réalisée en juin 2008

Pourriez-vous vous présenter en quelques lignes ?

Je suis un clown belge de renommée internationale, diplômé de la Jango Edwards Clowning Masterclass. Je fus l’assistant attitré de Carlo Colombaioni, le clown de Fellini, élu « Plus Grand Clown du Monde » par ses pairs et assistant du célèbre clown américain Jango Edwards. Parmi mes nombreuses autres activités, je suis également chargé de cours au Centre d’Arts scéniques ESCENICA et à l’ESAD (Ecole supérieure d’Art Dramatique) de Séville, Grenade et Malaga – Espagne. Enfin, c’est également moi qui ai été choisi par Studio 100 pour donner vie au personnagedu lutin Plop dans sa récente version française (avril 2007).

D’après vous, quelles sont les qualités requises pour être clown ?

Ces qualités sont au nombre de trois : Innocence - Coeur - Sagesse. L’innocence car cette « innocence » nous l’avons tous en nous à la naissance, c’est fourni dans le kit de base ! Puis, peu à peu, en grandissant, nous l’oublions, nous la perdons. Les grands clowns sont ceux qui ont réussi à retrouver leur innocence d’enfant. Observez les enfants quand ils jouent : ce sont les meilleurs clowns du monde ! Le coeur car la mission d’un clown est avant tout d’offrir le rire au public. Trop d’acteurs jouent pour eux-mêmes, pour être regardés et admirés. Le clown se doit à travers le rire d’offrir de l’amour aux gens. Le clown ne peut pas être égoïste mais plutôt altruiste. Et enfin, la sagesse puisque la sagesse des grands clowns s’acquiert avecl’expérience.

Pensez-vous que le métier de clown s’apprend ou s’agit-il d’un « don » qu’il faut posséder au départ ?

Il n’y a, à ce jour et à ma connaissance, pas d’école qui enseigne véritablement le clown. Pour les nombreuses écoles de cirque, le clown appartient au passé, ils travaillent le jeu clownesque, communément appelé « nouveau clown » qui est souvent très, trop, éloigné de l’Art du Clown. Le métier de clown s’apprend, comme les Arts Martiaux, de Maître à élève. Les plus grands clowns du monde donnent régulièrement des stages un peu partout en Europe. Aucun don particulier n’est nécessaire au départ et je le prouve dans chacun de mes ateliers où même ceux qui me disent « je ne saurai jamais faire rire les autres » y arrivent dès ...le deuxième jour. C’est un chouette talent que de révéler celui des autres. Aucun « don » de départ n’est nécessaire ; il suffit d’avoir un coeur et un corps, le corps étant notre instrument de musique. Le métier de clown ne s’apprend pas, il consiste à oublier tout ce qu’on a appris ! Nombre de mes élèves en Espagne ont monté leur propre compagnie et spectacle et tournent avec succès dans le pays entier, d’autre travaillent en télévision : un dans la version espagnole de « Caméra Café » et un autre dans la versionespagnole de « Ugly Betty ».

En quoi consiste exactement le métier de clown ?

Simplement offrir le rire aux gens et à travers le rire, de l’amour. Au-delà, le clown qui est un miroir de la société humaine peut faire rire, bien sûr, mais aussi émouvoir, faire réfléchir en observant et en grossissant certains traits de notre nature et société humaine.

Quels sont les endroits principaux où le clown peut se produire ?

Partout où il y a du public potentiel : chez les gens pour des anniversaires, dans les écoles, dans la rue, dans les lieux publics, les maisons de quartier et bien sûr dans les cirques, les théâtres, les festivals de théâtre de rue et aussi, voire surtout, partout où le rire peut mettre un peu de baume sur la souffrance des enfants : les hôpitaux, les centres d’accueil, les pays où les enfants souffrent comme le font merveilleusementles Clowns Sans Frontières.

Est-il possible de vivre de ce métier ? Quelle est la situation en Belgique ?

Oui bien sûr. Nous sommes nombreux à en vivre en Belgique. Même si les « circuits traditionnels » en Communauté Française ne sont guère friands de spectacles de clown (j’en veux pour exemple un des meilleurs clowns francophones qui, lors de sa dernière tournée, a joué plus de 20 fois dans des salles de spectacle en Flandres pour une seule date en Wallonie...), il reste de nombreux autres circuits pour aller à la rencontre de notre public et leur apporter le rire (voir question précédente).

Qu’est ce que vous aimez dans votre travail ?

Tout : la création de spectacles, l’écriture de spectacles de commande pour des publics et des lieux à chaque fois différents, les rencontres et puis surtout la lumière dans les yeux des enfants, des adultes, les grands éclats de rire ; les remerciements des enfants eux-mêmes (sous forme de bisous, de dessins ou de biscuits), des parents, des grands parents, des professeurs, des éducateurs qui nous confirment combien nous faisons un métier utile, même si à mon sens il n’est pas reconnu à sa juste valeur. 

Et puis la cerise sur le gâteau quand des enfants viennent nous avouer qu’ils ont tellement ri qu’ils ont - je cite - « fait pipi dans leur culotte » !

Concrètement, comment préparez-vous vos spectacles ? Quelles sont les différentes étapes ?

L’observation. Ce n’est pas le clown qui est drôle, c’est le monde, les gens. Le clown n’en est que le miroir. Le choix d’un thème et ensuite du génie ! Et le génie, comme le disait Victor Hugo, c’est 18 heures de travail par jour !

Avez-vous rencontré des difficultés particulières durant votre carrière ?

Oui, liées au manque de reconnaissance du clown. Deux exemples : La Directrice de l’école de ma fille qui dans la case « métier du père » a refusé d’indiquer « clown » et a remplacé par comédien ! Pire, le 15 mai 2008, le plus Grand clown du monde, Carlo Colombaioni (titre reçu par ses pairs) est décédé et pas une ligne dans nos journaux....Pourtant ce Grand Homme a fait plus de bien pour l’humanité que la plupart de ceux qui en font la une au quotidien. Il a fait rire la terre entière, de l’Amérique à l’Asie, du Pôle Nord à l’Afrique du Sud et nombreux sont les Belges qui gardent de lui un souvenir impérissable. Ensuite la difficulté de « vendre » mes spectacles dans les centres culturels qui me demandaient plutôt de travailler sur des thèmes de société, les mêmes difficultés pour être programmé dans les festivals de rue en Belgique qui cherchent plus du « nouveau clown », mais j’avoue ne pas avoir eu le temps d’insister beaucoup car j’ai très vite choisi d’aller directement vers le public et depuis, mon agenda est rempli un an à l’avance. Et je ne parle pas de la télévision où on ne voit plus jamais de clowns...même si certains politiciens parfois...mais ceci est un autre sujet…

Quels sont les conseils que vous donneriez à un futur clown ?

Apprendre le métier avec un Maître, ensuite se mettre au travail : imaginer, créer, essayer. Faire visionner son spectacle par un professionnel afin de « resserrer » les boulons et se lancer, d’abord dans des fêtes familiales, locales ou régionales, des écoles, des fancy fairs, des petits évènements, dans la rue, sur des places publiques, puis tenter sa chance sur de plus grandes scènes : festivals de rue, ils sont nombreux, théâtres, centres culturels, etc. Sur un plan pratique soit créer sa compagnie (asbl),soit passer par un secrétariat social pour ses prestations.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.
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