Interview anonyme, Criminologue

Interview réalisée en janvier 2009

Quelle est votre définition de la criminologie ? 

C’est l’étude du crime. Par définition, c’est une matière qui ne peut être considérée isolément mais qui s’inscrit dans un tout. La criminologie seule n’a pas beaucoup de sens, ce qui est intéressant c’est le regard qu’elle porte et les clés qu’elle offre pour comprendre notre société. C’est pourquoi, le criminologue travaille en équipe. 

Quel a été votre parcours ? 

J’ai fait un bachelier en psychologie et j’ai opté ensuite pour le master en criminologie. Par après, j’ai travaillé dans un centre de crise et d’urgence pour toxicomanes. Nous nous attachions à toutes les addictions mais l’essentiel de nos visiteurs étaient des alcooliques. Une des pires assuétudes… Les alcooliques peuvent se montrer très violents et sont très difficilement gérables. 

Est-il nécessaire d’être bachelier en droit pour entamer le master en criminologie ? 

Pas du tout ! C’est la voie classique mais il y a beaucoup d’autres passerelles. Si l’on veut travailler dans le secteur, je déconseille d’ailleurs d’accumuler les diplômes car il n’est pas facile de trouver du travail en tant que criminologue et encore moins si on est surqualifié. 

Pourquoi avoir choisi la criminologie ? 

Parce que je voulais travailler en prison ! Je sais que, pour beaucoup de gens, c’est une motivation étrange mais c’est vrai. Pas par fascination du milieu carcéral et de la délinquance, mais pour l’étude de ce microcosme par définition très fermé. 

Mais vous ne travaillez pas en milieu carcéral ? 

Je suis assistant de justice. Je m’occupe des peines alternatives à la détention préventive, c’est à dire l’enfermement des justiciables qui attendent leur procès. Il faut savoir que, parmi eux, certains ne seront pas renvoyés devant la justice et, parmi ceux qui le seront, d’aucuns doivent parfois attendre deux ans avant leur procès. Ce sont des mesures de 3 mois prolongeables. 

Et ça fonctionne ? 

Assez bien. Dans 99% des cas, le bénéficiaire de ses mesures ne retourne pas en prison. Et parmi ceux qui ne respectent pas leurs conditions de liberté provisoire, il s’agit généralement de petits accrocs. Il s’agit plutôt de non-présentation au contrôle, ce genre de choses. Notre travail est d’aider ces gens à respecter au mieux leurs conditions de non détention préventive. En général, ça se passe plutôt bien. 

Avez-vous des contacts fréquents avec les magistrats ? 

Non, nous nous échangeons des rapports mais on ne se voit jamais. Contrairement à ce que les gens croient, la libération conditionnelle devient quelque chose de très difficile à obtenir par un prévenu, surtout pour les délinquants sexuels. Il ne suffit pas de la demander pour l’obtenir. Loin de là… 

Quelles sont les possibilités d’évolution de carrière ? 

Elles ne sont pas excessivement nombreuses. Il faut d’abord être nommé et, pour cela, réussir l’examen du SELOR. Hélas, même une fois réussi, cela signifie que vous devrez pratiquement à coup sûr aller travailler à Bruxelles. Personnellement, je rêve toujours de travailler en milieu carcéral et, grâce à mon diplôme, un jour devenir directeur d’un établissement pénitentiaire. 

Selon vous, quelles sont les qualités essentielles d’un criminologue ? 

Il doit avoir de bonnes connaissances juridiques, un côté humain et une grande ouverture d’esprit. Le travail nous amène à côtoyer quotidiennement des gens qui ont parfois commis des choses atroces et, malgré tout, nous ne devons jamais perdre de vue qu’ils restent des êtres humains, quelle que soit la gravité de leurs actes.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.