Docteur Eric Gilbart,
Anesthésiste à l'hôpital Vésale de Montigny-le-Tilleul

Interview réalisée en août 2018

Qu’est-ce qui vous a amené à choisir ce métier ?

Personnellement, je voulais faire la médecine, mais je n’avais aucune idée du choix de ma spécialisation. C’est par la suite, durant mes stages en anesthésie, que j’ai choisi mon domaine. Ce sont généralement les stages qui déterminent la spécialisation pour laquelle on s’oriente.

Quel est votre parcours professionnel ?

Après avoir réussi la médecine, j’ai continué mes études pour devenir anesthésiste. C’était peut-être moins compliqué à l’époque. C’était quand même en 1982, et à ce moment-là, les études en anesthésie duraient 4 ans. On est donc engagé par un hôpital en tant que stagiaire. Dans mon cursus, j’ai été pris à l’hôpital Erasme et puis j’ai réalisé différents stages.

Au bout du parcours, j’ai reçu un numéro d’ordre donné par l’INAMI. 

Quelles sont les tâches quotidiennes d’un anesthésiste ?

Cela paraît paradoxal, mais nous ne rencontrons pas que des personnes endormies, nous rencontrons également les patients en consultation. Nous discutons de la pathologie, de l’opération et des différents médicaments qu’ils prennent. Ils nous parlent de leurs antécédents médicaux. On rédige ainsi un dossier qui va contenir de nombreuses informations : leur poids, leur taille, leur accoutumance, leur allergie, etc. Si besoin en est, nous demandons également des examens complémentaires, comme une radio des poumons. Cela se fait de moins en moins, car les réponses du patient servent de base à notre travail ainsi que notre bonne capacité d’observation. Le fait de faire une radio du thorax se perd de plus en plus car cela ne change en rien le fait d’opérer. Cela coûte de l’argent inutilement pour au final obtenir le même résultat. Le dossier médical est également un outil qui nous facilite la tâche pour la récolte des données. 

Nous avons des journées de consultation et des journées au bloc opératoire. Cela n’empêche pas que si un patient demande un tel anesthésiste, nous essayons de répondre à sa demande. 

Au bloc opératoire, le programme s’organise au jour le jour. Nous avons le dossier du patient et nous suivons le protocole établi. L’anesthésie ne commence que quand le chirurgien est prêt à opérer, cela ne sert à rien de faire l’anesthésie prévue à une telle heure, alors que le chirurgien est bloqué dans les embouteillages. Une fois que le chirurgien est prêt, on commence par mettre la perfusion et, ensuite, on branche les appareils de surveillance (saturomètre, électrocardiogramme et tensiomètre). Il faut bien avouer que le tensiomètre a bien changé depuis que j’ai commencé, aujourd’hui tout est automatisé alors qu’à l’époque c’était loin d’être le cas. Tous les monitorings sont des ordinateurs qui prennent tous les paramètres. Avant, il y avait une grille sous format papier reprenant toutes les substances que l’on donnait au patient, aujourd’hui ce n’est plus le cas, chaque fiche d’anesthésie est informatisée et infalsifiable. 

Une fois que la perfusion est mise, que les appareils de surveillance sont branchés, nous pouvons commencer l’induction des produits anesthésiants. Il y a différents produits pour endormir, pour ne pas avoir mal, pour paralyser les muscles et ainsi permettre l’intervention. On commence toujours par celui qui endort et ensuite le relaxant, dans le cas contraire le patient risquerait de s’étouffer. 

Si l’intervention est longue, on doit mettre un tube qui va jusqu’à la trachée pour brancher le respirateur et aider le patient à respirer. Lorsque l’opération se termine, on commence par réduire les produits anesthésiants et si celle-ci doit perdurer, on utilise des gaz distribués dans les poumons par le respirateur ou en continuant à injecter des drogues. L’association des substances permet de garder le patient endormi pendant plusieurs heures. 

Quels sont vos horaires de travail ?

Nous commençons généralement le matin au bloc opératoire sans certitude sur la fin de notre service, surtout quand on nous ajoute des interventions non programmées. Il y a aussi les gardes qui sont consacrées soit au suivi des patients dont l’opération dure plus longtemps que prévu, soit au service des urgences. 

Y-a-t-il une évolution dans la pratique de votre métier ?

Oui, bien sûr, les substances anesthésiques se sont améliorées ainsi que la manière d’opérer. Les opérations sont de plus en plus précises et nous sommes tenus de suivre régulièrement des formations continues, des séminaires, des congrès, etc. Au niveau des médicaments, tout ce que j’ai appris lors de ma formation est obsolète. Aujourd’hui, on a une gamme plus large de médicaments. Ils peuvent avoir une interaction avec les anesthésies, comme par exemple les anticoagulants. De ce fait, nous devons parfois attendre que l’effet du médicament se dissipe de l’organisme avant toute opération.

Diriez-vous que le métier d’anesthésiste est un métier en pénurie ?

En effet, le métier risque de bientôt le devenir, notamment à cause des quotas et des examens d’entrée en médecine. 

Quels sont les aspects positifs de votre métier ?

Comme on l’a dit tout à l’heure, on brasse une panoplie de pathologies et donc, c’est un métier très varié. On doit tout le temps remettre tout en question, ce n’est pas un travail routinier. Aucune intervention ne se ressemble. De plus, nous avons dans cet hôpital un important service de chirurgie maxillo-facial qui permet de suivre de nombreux cas particuliers.

Quels sont les aspects négatifs ?

Les gardes sont contraignantes, tout comme le fait d’habiter loin de l’hôpital, car nous sommes susceptibles d’être appelés pour une urgence. Les difficultés que nous pouvons ressentir sont plus de l’ordre physique ou de la fatigue car nous devons rester opérationnels durant de nombreuses heures.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.
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