Docteur Guérisse, Médecin urgentiste

Interview réalisée en janvier 2019

Pourquoi avez-vous choisi le métier d’urgentiste ?

J’ai choisi le métier d’urgentiste car mon grand-père et mon papa sont médecins urgentistes. Depuis tout petit, je baignais dans ce domaine et cela m’a permis d’avoir une vision de la médecine d’urgence. Il m’arrivait de passer des après-midis et des nuits avec mon papa à l’hôpital, je n’ai donc pas dû réfléchir pour choisir ma spécialité. 

Imaginiez-vous que vos études fussent aussi contraignantes ?

Non, je ne m’imaginais pas que les études étaient aussi difficiles. Quand j’ai commencé en 1re candidature, on nous a dit : « Regardez devant, derrière, à gauche, à droite. Sur les 5, il n’y en a qu’un qui passera en 2e année ». C’est vrai que nous étions moins nombreux en 2e. C’était vraiment une année difficile avec peu de cours orientés médecine. C’était très ardu, je pense que je ne le referais pas. 

A mon époque, il n’y avait pas de formation en médecine d’urgence. La spécialisation a débuté en 2004. Pour devenir urgentiste, on se dirigeait vers l’anesthésie ou la médecine interne. Pour ma part, j’ai choisi la médecine interne qui, à mon sens, se rapprochait le plus de la médecine d’urgence. J’ai complété mon cursus avec une formation en médecine d’urgence. 

Je pense que les jeunes qui décident d’entreprendre des études en médecine doivent venir sur le terrain pour comprendre comment se déroule le métier. La réalité est tout autre que dans les séries télévisées. On voit qu’ils traitent 4 cas aigus en même temps alors que l’on traite 2 cas aigus sur la journée, noyés par 138 autres, soit des urgences différées. Nous sommes dans ce que j’appelle la médecine « fast-food » où les gens veulent tout, tout de suite. Pour différentes raisons, ils ne passent plus par la première ligne qui est la médecine générale et ils veulent des réponses à leurs maux dans les plus brefs délais. Les gens pensent qu’en passant par les urgences, ils auront un rendez-vous plus rapidement chez un spécialiste, ce qui n’est pas vrai, sauf si c’est une urgence. 

Par exemple, sur Tivoli, nous avons développé un système de tri qui fait que, dans les 20 minutes après l’inscription, le patient est vu par un infirmier qui le catégorise suivant l’urgence. 

Quel est votre parcours professionnel ?

J’ai suivi 7 années à l’ULB sur le campus Erasme, puis j’ai fait ma spécialisation en médecine interne un peu partout, car on est un peu dispatché, tant sur Bruxelles que sur Tivoli. Je suis parti une année en France et mon année supplémentaire en médecine d’urgence à Tivoli, après quoi, j’ai été engagé 2005. En 2012, le chef de service m’a proposé de le remplacer et, depuis 2012, je suis chef de service. Ce poste a un côté très administratif. J’essaie de scinder mon temps entre 50% clinique et 50% de gestion. Ce qui n’est pas toujours simple.

Quels sont vos horaires de travail ?

Je travaille 4 journées durant la semaine de 9h à 17h et une journée de 9h à 21h. En plus de cela, il faut ajouter les nuits et les week-ends de renfort. Nous avons des semaines de plus ou moins 50h. 

Avez-vous constaté des améliorations grâce aux nouvelles technologies ?

Oui, depuis quelques années, l’échographie est apparue dans le service. Avant, seul le service de radiologie utilisait l’échographie. C’est un examen facile à réaliser qui permet d’exclure bon nombre de pathologies. C’est une véritable évolution. D’ailleurs, trois de nos médecins suivent pour l’instant une formation sur l’importance de l’imagerie aux urgences. 

Votre métier est-il en pénurie ?

Oui, c’est un métier en pénurie. D’ailleurs, c’est une spécialité en carence, il est donc possible de se rediriger vers la médecine d’urgence durant son parcours. 

Quels sont les aspects positifs de votre métier ?

C’est un métier très diversifié. Chaque jour est différent. Nous pouvons traiter un mal de gorge, puis passer à un cas grave en moins de 5 minutes. Il faut être au taquet. Le contact social est aussi très important, malgré l’urgence et la rapidité avec lesquelles nous devons traiter les patients. Il faut donc avoir de nombreuses qualités pour s’en sortir dans ce métier.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.
Ce site web utilise des cookies à des fins d'analyse ou d'expérience utilisateur. En savoir plus