Docteur Jean-François Daisne,
Médecin spécialiste en radiothérapie-oncologie à l'hôpital Sainte-Elisabeth Namur

Interview réalisée en août 2018

Quel est votre parcours scolaire et professionnel ?

En rhéto, je me destinais à des études d’ingénieur et, après quelques recherches, j’ai trouvé que c’était un domaine trop rigide. Je me suis donc tourné vers la médecine. Après 5 années d’étude, je trouvais que la médecine n’était pas exactement ce que j’attendais. J’aimais les sciences et la médecine, j’avais donc besoin d’un domaine entre les deux. Je me suis donc orienté vers la radiothérapie qui comprend les sciences, la médecine et l’informatique. Cela correspondait exactement à mes attentes. De plus, l’aspect relationnel est très important. Nous traitons des patients en grande souffrance avec des pathologies très lourdes et c’est vraiment un critère important pour moi. Après mon doctorat, j’ai posé ma candidature à Sainte Elisabeth à Namur et j’y suis toujours. 

Quelles sont les évolutions de votre métier ?

Tout a évolué au niveau de la technologie. L’objectif est d’améliorer l’index thérapeutique qui est la balance entre le bénéfice (les soins du patient) et les effets secondaires. On soigne de mieux en mieux car il y a plus de bénéfices que d’effets secondaires. Bien sûr, il y a toujours des effets secondaires, mais relativement moins qu’avant et ils durent moins longtemps. 

Au niveau technologique, le traitement des données est plus rapide et nous avons une meilleure qualité de l’image. Certaines parties du traitement sont un peu répétitives, donc c’est une tâche que l’on préfère donner à un tiers. L’intelligence artificielle va nous permettre d’être secondés.

Nous participons également à des recyclages obligatoires vu l’évolution de la technologie. Il est très important de se tenir à jour pour ne pas être dépassés. La vérité d’aujourd’hui sera obsolète dans 3 à 5 ans. 

Quelle est votre charge de travail hebdomadaire ?

Je travaille en moyenne entre 60 à 80 heures par semaine. 

En aviez-vous conscience quand vous avez choisi la médecine ?

Non, je ne voyais pas cet aspect du travail. Il valait mieux que je n’en sois pas conscient (rires). En réalité, c’est un choix de vie, d’autres collègues font 40h par semaine. Je preste beaucoup d’heures car j’ai d’autres activités. Je suis notamment président de l’Association Belge de Radiothérapie Oncologie et consultant aux cliniques universitaires de Saint-Luc à Bruxelles. C’est un choix de vie, je preste les heures que j’ai choisi de faire. 

Avez-vous constaté un changement dans le rapport entre le patient et le médecin ?

Il y a une évolution heureuse de la société. À l’heure actuelle, la population est mieux éduquée, mieux informée. Les patients sont plus au courant de leur maladie et se préoccupent davantage de leur santé. Maintenant, il est vrai qu’ils sont parfois mal informés. Notamment quand ils se renseignent sur Internet ou autre.

Aujourd’hui, c’est un véritable dialogue entre le patient et le médecin. Le patient vient avec toutes ses questions et nous répondons au mieux. Il faut parfois détricoter la fausse information, mais cela permet de conscientiser le patient sur la maladie et le traitement. 

Il faut dire aussi que la médecine a bien changé. Nous avons de nouvelles technologies et de nouvelles approches de la maladie et du patient. Nous analysons chaque situation en concertation avec différents spécialistes pour prendre une décision sur le traitement. Lors de ces concertations, le patient n’est pas présent car le dialogue n’est pas très compréhensible pour des non-professionnels de la santé. Par la suite, le médecin discutera avec lui et exposera le traitement le plus approprié. Il va de soi que la décision revient au malade, lui seul décide de ce que nous faisons. 

En oncologie, c’est une prise en charge globale de la personne et de son entourage. Ce sont généralement des personnes que l’histoire marque parfois au fer rouge. Nous les suivons jusqu’au bout, quelle que soit la finalité. 

Quels sont les aspects positifs et négatifs de votre métier ?

L’aspect positif, c’est vraiment l’aide que nous apportons au patient. Le traitement est redoutablement efficace et, donc, cela fait vraiment plaisir quand tout se passe bien.

A contrario, ce qui est toujours pénible, c’est l’échec thérapeutique. C’est toujours désolant, pourtant nous mettons tout en place pour que la finalité soit positive, mais ce n’est pas toujours le cas et c’est toujours difficile, on ne s’y habitue pas. 

Quels sont les autres professionnels de la santé avec qui vous travaillez le plus souvent ?

Je travaille avec des chirurgiens, des oncologues médicaux, des spécialistes d’organes (comme l’ORL, le stomatologue, le gastro-entérologue, etc.), les radiologues, les généralistes (qui sont des partenaires de premier plan). En effet, les médecins généralistes sont les médecins que les patients consultent en premier. C’est généralement lui qui demande au patient de consulter un radiothérapeute ou de réaliser des examens complémentaires. Il est très rare, en tant que radiothérapeute, de diagnostiquer en première ligne un cancer.

Quels conseils pouvez-vous donner à un jeune qui veut se lancer dans le métier ?

Je lui conseillerai de ne pas laisser la technique annihiler la relation qu’il peut avoir avec son patient. Il faut vraiment éviter que la technologie prenne le pas sur la médecine et que celle-ci soit reléguée au second plan. Aimer le travail rigoureux et la technologie, autrement il ne faut pas faire cette spécialité. Il ne faut pas avoir peur de se remettre en question et d’être ouvert aux nouvelles découvertes.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.
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