Docteur Lechat, Médecin généraliste

Interview réalisée en août 2018

Quel est votre parcours scolaire et professionnel ?

Je suis actuellement assistant en médecine générale. J’ai fait mon bachelier à Namur et mon master à l’UCL. En fin de 6e année, on doit choisir une spécialisation pour le concours qui se déroule en 7e année. Les places sont limitées pour certains concours, cela peut parfois générer une certaine frustration.

Pourquoi avez-vous choisi la médecine générale ?

J’ai toujours voulu faire la médecine générale. Je n’ai jamais aimé le monde hospitalier et cette impression de hiérarchisation. Dans ma conception du métier, j’avais besoin du contact humain, de rassurer le patient, le conseiller, le voir dans son quotidien, ce que l’on ne retrouve pas dans le domaine hospitalier.

J’ai aussi choisi la médecine générale pour la diversité de la pratique. Par exemple, on reçoit un patient pour une otite, donc un cas ORL et puis 15 min après, une autre personne se présente pour un suivi de dépression, et puis encore 15 min plus tard, on doit réaliser une suture. C’est donc très diversifié et on apprend tous les jours.

Justement comme la médecine générale est très diversifiée, devez-vous suivre des formations régulièrement ?

Oui, bien sûr, nous nous formons régulièrement. Il y a plusieurs manières de se tenir au courant des changements. Il y a les colloques, les conférences, les séminaires, les formations e-learning, les Glems (Groupe Local d’Evaluation Médicale).

Lorsque nous suivons régulièrement des formations complémentaires, nous recevons une accréditation. Une accréditation est une forme de label de qualité que les médecins reçoivent après avoir suivi des formations. Elle donne droit également à une indemnité forfaitaire annuelle et à une augmentation des honoraires sans modification du ticket modérateur pour certaines prestations.

Quels sont les points négatifs par rapport à votre métier ?

Un point négatif, ce sont les journées bien chargées, mais cela commence à changer petit à petit. Les médecins se regroupent de plus en plus en cabinet médical, ce qui permet d’alléger les horaires de travail. 

En tant qu’assistant, le point négatif est le stress de l’incertitude. Durant les gardes, il arrive que nous ayons un patient dont la pathologie est méconnue. On n’a pas forcément envie de déranger son professeur référent ou le spécialiste au début de notre stage, donc oui cela peut-être stressant, mais on apprend à gérer cela au fur et à mesure des mois. Il y a aussi le comportement de certains patients durant l’assistanat qui n’est pas toujours facile à gérer, surtout quand ils sont habitués à leur médecin. 

Durant vos études, aviez-vous conscience de ces aspects négatifs ?

Durant ma formation universitaire, les professeurs nous ont bien prévenus des contraintes, que ce soit les horaires ou la charge de travail. Nous avons bien été assistés car il est vrai que beaucoup de médecins font des burn-out, donc c’est un point qui est souligné durant nos études. 

Je pense qu’il faut se fixer des limites dès le début. Il est vrai qu’en cas d’urgences, il est difficile de refuser car nous avons des responsabilités, mais il est important de se fixer un cadre et de ne pas y déroger pour notre bien-être aussi. 

Quels sont les aspects positifs ?

L’aspect le plus positif, c’est le contact avec les patients. C’est agréable d’aller chez une personne âgée et d’être accueilli avec un café. Ensuite, c’est la diversité de la profession, une journée n’est pas l’autre et nous voyons passer différents patients avec des pathologies très diverses. Il ne faut pas non plus le cacher, l’aspect financier est un côté positif. 

Justement en parlant de l’aspect financier, êtes-vous payé durant vos stages ?

Oui, en tant qu’assistant, nous avons un salaire. C’est vrai que c’est important de le faire remarquer. Il faut financer toutes ces années d’études qui ont un coût et pas des moindres. Généralement, nous avons nos amis qui sont déjà dans la vie active et nous, nous sommes encore dans une vie estudiantine avec un minerval et un kot à payer, ce qui n’est pas toujours évident. 

Quels sont vos horaires de travail ?

Je commence vers 8h-8h30 et je finis vers 19h, c’est relativement bien. Cela peut varier en hiver avec plus ou moins de patients. Je peux partir plus tôt ou à l’inverse partir plus tard. Parfois, je dois aussi prendre la garde d’un collègue qui est absent, donc cela dépend. Nous sommes également influencés par notre responsable de stage et sa manière de fonctionner.

Comment choisissez-vous votre maitre de stage ?

Nous avons une liste de tuteur de stage agréés, donc un médecin généraliste doit être agréé pour accueillir des étudiants. 

J’ai choisi suivant la région et j’ai reçu des fiches avec les objectifs de différents maitres de stage, et puis j’ai passé une interview. On choisit généralement par affinités. 

J’ai eu de la chance de pouvoir choisir, parfois il y a trop de demandes pour un docteur, donc il arrive que certains assistants n’aient pas le choix. Cela peut être frustrant pour eux.

Quelles sont les qualités d’un médecin généraliste ?

Avoir les compétences médicales même si cela semble évident. Il faut être à l’écoute, disponible pour ses patients. Il y en a qui viennent en consultation juste pour parler et être entendu. Il faut les écouter car c’est déjà un traitement pour eux. 

Par rapport à d’autres disciplines, le médecin généraliste a vraiment besoin de ce contact social. Il doit tisser une relation de confiance avec son patient, ce qui permet au médecin de mieux le connaitre et de soigner certains maux d’une certaine façon et pas de manière conventionnelle, mais de manière adaptée à chaque personne. 

Malgré votre choix pour la médecine générale, vous avez fait des stages dans d’autres spécialités ?

Oui, bien sûr. Nous passons dans les différents services, c’est une obligation. A travers nos stages, nous vivons des expériences qui nous permettent de bien choisir notre spécialité par affinités. Nous rencontrons des personnes qui nous donnent le déclic pour pratiquer notre spécialité. Les stages sont extrêmement importants. 

Pouvez-vous vous spécialiser après votre cursus en médecine générale ?

Oui, la médecine générale ne nous cantonne pas dans une seule pratique. On peut se spécialiser dans la médecine sportive, la nutrition et plein d’autres domaines. On peut également décider de devenir enseignant, chercheur, travailler dans le domaine scolaire, etc. La médecine générale est très variée et ouvre un champ de possibilités. 

Est-ce qu’il y a des assistants qui arrêtent après autant d’années d’études ?

Oui, malheureusement. Certains sont dégoûtés par l’attitude des patients et, même après 7 années d’études de médecine, ils décident d’arrêter et de se réorienter.

Parfois, on se rencontre entre assistants et on se demande, maintenant que nous avons un pied dans le métier, si on aurait poursuivi réellement ces études. Beaucoup d’entre nous répondent « non » de manière catégorique. 

Maintenant, je ne dis pas cela pour décourager, mais c’est beaucoup de sacrifices et il faut s’en rendre compte. Il faut réellement connaitre l’objectif que l’on veut atteindre après autant d’années d’études. Effectivement, certains n’avaient pas imaginé le métier tel qu’il est vraiment. 

Justement par rapport au métier, n’y-a-t-il pas un changement dans la perception du rôle de médecin ? Le patient respecte-t-il autant le médecin qu’avant ?

C’est vrai que le médecin est descendu de son piédestal. Le patient, qui lui aussi fait des recherches sur ses symptômes, ne va pas prendre pour argent comptant ce que lui dit son médecin. C’est bien aussi car nous avons une réelle discussion avec nos patients qui prennent en main leur santé. 

Il ne faut bien évidemment pas que le patient remette tout en question, mais nous sommes plus dans une relation d’échange. Ce qui permet aussi au médecin de se remettre en question et de ne pas rester sur ses acquis.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune ?

Cela doit être un choix réfléchi. Une fois qu’il se lance dans ses études, il ne faut pas qu’il se mette trop de pression. La quantité de matière s’apprend grâce à une méthodologie de travail et à une bonne gestion du temps. 

Il faut aussi se placer dans la réalité du métier et oublier l’image du médecin qui est véhiculées à travers les séries « Docteur House » ou « Urgences », ce n’est absolument pas représentatif. 

C’est un métier prenant, très diversifié au cours duquel on apprend toute sa vie.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.
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