Docteur Olivier Cornu,
Chirurgien orthopédiste aux Cliniques universitaires Saint-Luc UCL Bruxelles

Interview réalisée en octobre 2018

Quel est votre parcours scolaire et professionnel ?

J’ai fait mes premières années de médecine en me partageant entre les facultés Notre-Dame de la Paix et l’Université Catholique de Louvain. Dès la fin de mon baccalauréat, je me suis intéressé à la recherche. Je suis passé au statut d’étudiant chercheur. Une fois que l’on est sélectionné, on a une formation de 6 ans et des stages. Pour ma part, j’organisais mon temps de travail entre la clinique Saint-Pierre d’Ottignies et l’université. J’ai fait un parcours qui est resté très solide à la fois sur le plan orthopédique et sur le plan académique. Cependant, il a été interrompu temporairement pour me consacrer à la recherche.

En commençant mes années de médecine, rien ne me prédestinait à l’orthopédie, j’aurais pu faire de la pédiatrie comme toutes autres spécialités. Il y a des jeunes qui savent exactement ce qu’ils veulent faire et d’autres qui découvrent leur spécialité à travers des stages ou une rencontre.

Quelle est votre charge de travail ?

La charge de travail est toujours importante. Nous commençons à 7h30 avec une réunion matinale où tous les chirurgiens se réunissent. Ils constatent les cas qui se sont présentés aux urgences et les patients qui doivent être opérés. C’est un moment important d’échanges. Ensuite, une partie des chirurgiens se rend au bloc opératoire et d’autres partent en consultation. Quand nous sommes en consultation, nous savons que nous terminons vers 16h30-17h car nous sommes dépendants de l’imagerie médicale. Certains chirurgiens ont également une charge académique en plus. 

J’occupe la fonction de chef de service, il faut donc assurer l’aspect administratif. Il faut coordonner les présences, les absences, les congés, les récupérations de garde, le paiement des gardes, tous les aléas de la vie quotidienne. Il faut savoir arbitrer en cas de problèmes. 

Devez-vous suivre régulièrement des recyclages ?

J’assure la formation des assistants, quelque part je suis challengé par des esprits jeunes qui viennent toujours avec des idées nouvelles ou avec des questions. Je suis obligé de me remettre en question afin de répondre au mieux à leur demande. Le fait de maintenir une recherche nous permet d’envisager de nouveaux concepts, entre autres. Le Ministère de la Santé favorise la formation continue car les médecins qui y participent ont droit à une accréditation, c’est-à-dire un remboursement préférentiel de leur consultation. Dans la mesure où l’on est conventionné cela fait une différence. Si je continuais à faire ce que l’on m’a appris quand j’étais étudiant, je serais totalement dépassé.  

Avez-vous constaté une évolution de votre métier ?

Le métier a évolué comme notre société. Tout va de plus en plus vite. Quand j’ai commencé ma formation, les patients opérés devaient rester à l’hôpital durant plusieurs semaines, actuellement ce n’est plus le cas. Ils veulent récupérer rapidement et retrouver au plus vite leur mobilité. Il y a donc une attente du patient et nos techniques à la fois chirurgicales et anesthésiques ont réellement évolué positivement. La manière de soigner les gens a complètement changé. Les techniques sont moins traumatiques. Par exemple, la pose d’une prothèse de hanche, quand j’ai commencé, c’était une opération lourde et on en pratiquait très peu. Aujourd’hui, on en fait 25.000 par an en Belgique. Nous avons de plus en plus standardisé les gestes, c’est comme si on jouait une partition, donc cela permet aussi de réduire le temps opératoire. Aujourd’hui, nous avons des prothèses pour quasiment toutes les articulations. 

C’est une médecine qui tend à se personnaliser grâce à la technologie. On peut donc améliorer la précision, notamment avec les systèmes de navigation qui permettent de poser un implant de manière précise et optimale pour le patient. Il y a également l’imprimante 3D grâce à laquelle on pourrait concevoir des implants personnalisés, malheureusement ce n’est pas pour Monsieur Tout-le-monde. 

Nous avons un slogan en orthopédie : « La vie est mouvement, si vous ne bougez pas vous mourrez ». Si nous laissons un patient dans son lit, nous le tuons à petit feu et de manière très sournoise. Le but est de l’aider à retrouver sa motricité le plus rapidement possible et c’est donc réalisable aujourd’hui grâce à la technologie.

Quels sont les aspects négatifs du métier ? 

C’est difficile de répondre à cette question car c’est un métier que l’on réalise avec passion. Ce qui est certain, c’est que nous avons une charge administrative qui est plus lourde qu’auparavant. 

Quand on est jeune stagiaire, on vit aussi dans le mirage que la fonction au-dessus sera meilleure. Même si elle offre des avantages, il faut avoir conscience que les responsabilités sont également plus importantes. Nos journées sont déjà bien remplies et la charge administrative prend beaucoup de notre temps. J’aimerais parfois me cloner pour avoir plus de temps dans mon métier, dans l’enseignement, dans la recherche et aussi pour ma famille. 

Avez-vous vu une évolution des mentalités de vos patients ?

On a connu la période où la parole du médecin était comme parole d’évangile et on ne contestait pas. Aujourd’hui, les gens sont acteurs de leur santé et cherchent l’information. Le médecin a pour rôle de guider le patient et d’apporter des réponses à son questionnement.

Quels sont les professionnels de la santé avec lesquels vous travaillez le plus souvent ?

Tout d’abord les infirmières, les anesthésistes et les radiologues. Nous avons vraiment besoin d’eux. Nous collaborons étroitement avec les anesthésistes pour que les patients puissent récupérer au plus vite. Nous avons aussi besoin des infirmières pour les soins du patient. Il faut une grande connivence entre nous. 

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui désire se lancer dans le métier ?

De pratiquer leur métier avec passion. Chaque jour, se poser une question et rechercher la réponse. Améliorer ses connaissances en permanence.

Vous avez une anecdote ?

Oui bien sûr. Avant, lorsque j’avais des patients aux pathologies difficiles, j’organisais mon agenda pour programmer des plages horaires plus longues afin de prendre le temps d’expliquer leur pathologie et le déroulement de l’intervention. Un jour, je suis sollicité par une équipe de dons d’organes qui désirait interviewer mes patients aux pathologies lourdes. Lors des interviews, la plupart des patients n’étaient pas capables d’expliquer leur intervention et la seule chose qu’ils avaient retenu, c’était que l’opération s’était bien déroulée. Je me suis rendu compte que cela n’avait servi à rien, mais que l’essentiel était le résultat.

 
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