Fabienne Collin,
Sismologue à l’Observatoire Royal de Belgique

Interview réalisée en octobre 2020

Pouvez-vous résumer en quelques mots ou quelques phrases ce que représente la sismologie ?            

Étymologiquement parlant, la séismologie est l’étude des séismes, des tremblements de Terre. C’est toutefois un domaine très large qui a recourt à différentes spécialisations. On est amené à travailler avec des géophysiciens, des géologues voire même des historiens qui vont étudier les déplacements brusques du sol et leurs effets sur l’environnement du paléolithique à nos jours.   

Quel est votre parcours scolaire et professionnel ?           

J’ai toujours voulu être sismologue. J’ai donc étudié la physique avec une spécialisation en  géophysique puisqu’à l’époque, c’était la formation qui y menait. J’ai eu la chance d’être engagée à l’Observatoire Royal de Belgique pour lequel je travaille depuis plus de 30 ans (dont 27 ans en séismologie).

Pouvez-vous nous donner un peu plus d’informations sur l’Observatoire Royal de Belgique ? En quoi consiste-t-il ?         

L’Observatoire Royal de Belgique est un des 10 instituts parastataux belges. A l’origine, l’Observatoire avait pour vocation d’observer les étoiles et de maintenir une référence de temps. Aujourd’hui, on y retrouve 4 disciplines : L’astronomie, l’étude du soleil, la géodésie (GPS, rotation de la Terre, bureau de l’heure, planétologie) et la séismologie-gravimétrie.            

Sur quoi travaillez-vous actuellement ?          

Essentiellement, je travaille au relevé des temps d’arrivée des ondes téléséismiques (ondes dont l’origine sont les tremblements de Terre qui se produisent un peu partout sur le globe). J’apporte aussi mon aide dans différents projets gérés par mes collègues. 

Donc cela veut dire qu’il y a une activité sismique en Belgique, il y a des tremblements de terre ?       

Oui, bien sûr. Avec tous les collègues, on attend depuis trente ans la magnitude 6.0 (sur l’échelle de Richter) car il est évident que cela va arriver un jour. Jusqu’au tremblement de Terre de Liège en 1983, la surveillance sismique en Belgique ne préoccupait pas nos responsables politiques et nous n’avions que 3 stations sismiques en Belgique. Après cet événement qui a provoqué beaucoup de dégâts dans la ville (maison inhabitables, cheminées tombées, fissures impressionnantes dans les murs) et a compté une ou 2 victimes directes, nous avons obtenu un budget pour étendre notre réseau de stations. Il y a eu d’autres tremblements de Terre en Belgique (ou qui ont été fortement ressentis chez nous) : Roermond en 1992 a réveillé une grande partie de la population belge, Le Roeulx quelques années plus tard ainsi que Alsdorf.         

De manière générale, plus un tremblement de Terre est profond, plus il est ressenti loin. Un tremblement de Terre superficiel risque de provoquer localement plus de dégâts. En 1692, il y a eu un très grand tremblement de Terre dans la région de Verviers. A l’origine, on pensait qu’il avait eu lieu à Aix-la-Chapelle, mais les études des historiens ont démontré, grâce à la collecte et à l’analyse des textes de l’époque que l’épicentre se trouvait chez nous. Ce tremblement de Terre a été ressenti jusqu’à Londres. 

Est-ce qu’un étudiant peut espérer trouver du travail en Belgique ?     

Malheureusement, il n’y a pas beaucoup de débouchés pour les sismologues. Certaines firmes privées emploient des géophysiciens pour faire des études de sol (recherches pétrolières entre autres). Pour les carrières scientifiques, il faut voir dans les universités ou à l’Observatoire qui chaque année alloue quelques bourses pour des doctorants. Généralement, ceux qui se présentent chez nous viennent dans un premier temps faire leur travail de fin d’étude et s’ils sont toujours motivés, nous les encadrons autour d’un sujet de doctorat. Ensuite, si une place se libère ou si un projet se présente, ils peuvent postuler.

Quels sont les outils que vous utilisez pour votre travail ?          

On travaille beaucoup sur ordinateur pour le traitement de données, la réalisation de cartes. Il y a également le sismomètre, le capteur de mouvement qui est relié au sismographe, l’instrument de mesure. Lors de certaines missions sur le terrain, nous sommes amenés à manipuler des instruments de géophysiques ou de géologie (théodolite etc.). Pour installer une station, il m’est arrivé de manier la pelle et la bêche !       

L’anglais est-il nécessaire, voire indispensable, alors pour l’exercice du métier ? 

C’est définitivement un plus et tout sera plus facile pour celui qui parle et comprend bien l’anglais. Ce n’est personnellement pas mon point fort, et cela a engendré beaucoup de difficultés pour moi. Toutes les réunions internationales, les conférences et le articles à publier se font en Anglais.

Vous avez mentionné vos collègues (historiens, géologues, etc.), est-ce que vous développez d’autres contacts en dehors du monde académique, les médias par exemple ?    

Oui, bien sûr, lorsqu’il y a de gros événements dans le monde relatifs aux tremblements de terre ou à une activité sismique importante, nous sommes réquisitionnés par les médias pour fournir des commentaires et analyses. Nous nous tenons aussi à la disposition du public pour répondre à leurs questions.

Quelle part prennent les tâches administratives dans votre travail ?    

Il n’y en a pas vraiment sauf pour tout ce qui concerne les commandes ou réparations de matériel, par exemple. On va vouloir utiliser un outil bien particulier produit par tel fournisseur et il faut introduire une demande.  C’est pareil également pour les réparations, si on doit l’envoyer à l’étranger, il y a tous les soucis de douane alors que c’est ridicule, ce n’est pas de la marchandise, on ne cherche pas à faire du profit, c’est juste pour la science mais c’est une réalité de terrain.      

Quels sont les aspects positifs de votre métier ?    

C’est difficile à dire car cela dépend de chacun. Ceux qui travaillent dedans sont de véritables passionnés, adorant tout ce qui tourne autour de la géologie, la sismologie, la vulcanologie, etc.      

Quels sont les aspects négatifs ?          

Les horaires sont flexibles, si un tremblement de terre se produit à 2h du matin, il faut pouvoir travailler dessus directement, même si on a une vie de famille. On est amené à se déplacer fréquemment, que ce soit pour une conférence à l’étranger, aller travailler sur le terrain : on peut être absent pour une ou deux semaines d’un coup et la vie de famille s’en ressent. J’étais en déplacement avec un collègue pour quelques jours, ce n’était pas spécialement les conditions de travail qui étaient difficiles (elles peuvent l’être cela dit), mais c’était pour une conférence et il me l’a dit que c’était compliqué pour lui d’être loin de ses proches.

Quelles sont les qualités à avoir ?        

Il faut avoir une vraie curiosité scientifique. Cela demande également de la motivation et de la rigueur. Comme dit précédemment, c’est un métier prenant qui, parfois, empiète sur la vie privée. On y consacre énormément de temps.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans ce métier ou ce domaine ?    

Il faut de la passion. Quelle que soit l’orientation qu’on veut prendre, il faut avant tout se renseigner : une fiche technique, une interview peut donner des indications ou dire non ça ne me correspond pas. Il est nécessaire d’aller plus loin encore. Ce n’est pas évident, je ne veux pas décourager, la réalité, est souvent différente du rêve qu’on avait. C’est vrai pour moi, je rêvais d’être sismologue, je voulais sauver le monde, je me rends compte que ce n’est pas cela.    

Il faut s’y donner à fond. Ce n’est pas un métier qu’on fait à moitié. J’ai eu du mal à trouver l’équilibre entre la vie de famille et mon métier. A une période, j'ai privilégié la vie de famille, je me suis mise un peu plus en retrait, je faisais moins de recherches fondamentales, je me suis consacrée à un travail un peu plus routinier (mais tout aussi important et qui doit être fait!). Pourtant, ce n'est pas ce que je voulais faire à la base. On doit vraiment savoir se donner les moyens de vivre sa passion. Mener de front un métier comme celui-ci et vouloir une vie de famille complète, c'est difficile puisque les déplacements peuvent être fréquents. On y arrive, mais avec un conjoint qui est très tolérant et disponible. 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.
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