Éleveuse et membre de l'Union des Agricultrices Wallonnes.

Comment êtes-vous devenue éleveuse ?

Je suis fille d'agriculteurs et mon mari l'est également. Nous avons repris la ferme paternelle, du côté de mon mari, en 1969. Celle-ci comptait alors 22 vaches et progressivement nous sommes arrivés à un troupeau de plus de 50 bêtes.

Quelle est votre formation de base ?

J'ai commencé à travailler à la ferme par la force des choses, lorsque j'avais 15 ans. Ma mère est tombée malade et j'ai dû aider mon père pendant deux ans. J'aurais voulu faire des études, mais lorsque ma mère s'est rétablie, je n'ai plus eu envie de les entreprendre. J'ai alors cherché et trouvé du travail dans le domaine de la couture, car je ne voulais pas vraiment suivre le même chemin de vie que mes parents. Puis, j'ai rencontré mon mari, qui était lui aussi agriculteur, mais il travaillait de manière plus avant-gardiste et il ne voulait pas non plus gérer la ferme comme ses parents.

Comment se passe une journée de travail ?

Lorsque mes enfants étaient petits, je devais me lever à 5h30 pour effectuer la traite manuelle des vaches, le nettoyage et les soins aux veaux. Tout devait être terminé avant 8h pour que je puisse conduire les enfants à l'école. 

Auparavant, la vie à la ferme suivait un rythme très régulier, ponctué par la traite des vaches, qui se déroulait à 6h du matin et à 6h du soir, car ce sont de fortes productrices qui ne supportent pas trop les écarts horaires.

Aujourd'hui, nous avons une salle de traite, chaque bête a son box, et il ne faut plus qu'une seule personne pour traire 70 vaches. Cela prend 1h30, alors qu'auparavant il fallait plus de 2h par personne ! La technique évolue constamment. Au début, cela fonctionnait avec un pot trayeur qu'il fallait vider dans des seaux et ensuite dans le pipeline. Maintenant, tout est automatisé dans la salle de traite : la vache vient dans le box et la traite se fait automatiquement. Mais cela exige quand même un minimum de surveillance ! Nous possédons encore la vieille étable et cela vaut la visite pour voir la différence. Même le confort des vaches s'est amélioré.

Existe-t-il des quotas pour les fermes laitières ?

Oui, nous sommes tenus à des quotas de production. Pour 130 animaux (veaux, génisses, vaches), il y a un quota maximum de 520000 litres/ha, pour un couple de fermiers. Cela dépend donc du nombre d'exploitants. 

Quelles sont les difficultés rencontrées lorsqu'on débute dans ce métier ?

Il faut posséder les fonds d'investissements. Mais il y a aussi beaucoup de normes, de la paperasserie et des contrôles sanitaires à respecter. Il faut donc être multifonctionnel. Aujourd'hui, un jeune qui veut se lancer dans le métier a besoin d'une formation. Le travail intellectuel est devenu aussi important que les tâches manuelles. Il faut posséder des notions de gestion et être attentif aux exigences de sécurité alimentaire et sanitaire. Mais aussi se tenir au courant de la politique agricole commune pour obtenir les aides, ce qui implique de savoir remplir des documents administratifs et un suivi quotidien pour ne pas manquer ces fonds.

Il y a 30 ans, c'était plus dur physiquement, mais aujourd'hui c'est plus stressant. Il s'agit d'un investissement important, qui dépend parfois de décisions à court terme. On ne sait pas toujours où l'on va, l'avenir n'est pas évident à planifier, nous devons donc accepter l'incertitude. Je dirais presque en boutade qu'avant, quand un enfant ne travaillait pas à l'école, on l'employait à la ferme, alors que maintenant, c'est presque le plus intelligent qui y sera le plus performant !

Comment voyez-vous l'avenir de ce métier ?

Il faut l'avoir dans les tripes pour pouvoir l'exercer. Les techniques se sont améliorées, mais il faut d'abord acquérir une bonne formation, ensuite être sûr d'avoir la santé, pour se lancer dans ce métier. 

Pensez-vous qu'une personne qui ne provienne pas d'une famille d'agriculteurs a des chances d'y arriver ?

Selon moi, non. Ou alors ses parents doivent l'aider par un apport de fonds. Cette personne peut à ce moment-là débuter en association, si elle possède au préalable un diplôme, soit en agronomie ou en gestion. De notre côté, nous avons commencé petit, grâce au patrimoine familial et nous nous sommes progressivement agrandis. Maintenant un jeune qui commence a besoin de grosses structures et de capitaux. Ce n'est plus la même chose. Je vois l'exemple de notre fils qui travaille avec nous : il a reçu une part de notre entreprise, mais il a quand même dû emprunter et ma belle-fille doit travailler au-dehors pour qu'ils y arrivent. Aujourd'hui, il faut donc travailler dans de grosses unités ou à temps partiel pour pouvoir en vivre. Et surtout, s'assurer d'une bonne gestion pour atteindre un bilan positif en fin d'année.

Le métier vous laisse t-il du temps libre ?

Avant, nous n'aurions jamais pu envisager de pouvoir partir en vacances ! Mais cette année, nous sommes partis quelques jours, car il existe aujourd'hui un service de remplacement, ce qui nous facilite un peu la vie.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.
Ce site web utilise des cookies à des fins d'analyse ou d'expérience utilisateur. En savoir plus