Jean-Michel Brabant,
Expert automobile au sein du cabinet d’expertise Brabant & fils

Comment en êtes-vous arrivé à exercer ce métier, peu connu du grand public ?

Comme vous l’avez compris par mon nom, je travaille dans une affaire familiale. C’est mon père qui a créé le cabinet. J’ai baigné depuis longtemps dans le milieu automobile et une fois mes études secondaires terminées, j’ai eu envie d’acquérir les bases indispensables au métier d’expert. J’ai fait des études de mécanique, j’ai pris des cours de jour à l’IRAM puis en cours du soir en même temps que mon service militaire. Pendant deux ans, j’ai fait un stage de carrosserie dans un garage avant d’intégrer le cabinet de mon père et de ses associés en tant que stagiaire. A partir de là, j’ai accompagné l’un ou l’autre dans ses expertises sur le terrain pendant plusieurs années, ce qui était indispensable avant de pouvoir prétendre maîtriser des dossiers en toute indépendance. Parallèlement, j’ai obtenu la certification officielle indispensable pour exercer cette profession. 

 En quoi consiste exactement votre activité?

Les experts automobiles sont chargés de passer au peigne fin les véhicules endommagés pour évaluer les réparations à effectuer, leur montant financier  et identifier les responsables des dommages. Ils travaillent le plus souvent pour le compte de sociétés d’assurance, mais aussi pour des particuliers quand il n’y a pas accord sur une première expertise ou encore mandatés par les tribunaux dans le cadre d’expertises judiciaires.

Ils peuvent même être amenés à faire des repositionnements de véhicules, des reconstitutions d’accidents s’il y a litige entre deux parties pour établir les véritables responsabilités.

Concrètement, comment se passe une de vos  journées?

Nous commençons par le travail administratif au bureau, la rédaction de rapports, le contact avec les clients puis nous partons sur la route pour effectuer les expertises programmées. Le matin, nous travaillons plutôt avec les garagistes et les carrossiers de la région bruxelloise, et l’après-midi, nous attaquons le reste de la Belgique.  Il faut savoir que les compagnies d’assurance se sont partagées le territoire. Ainsi  c’est avec Axa Assurances que nous travaillons sur les communes 1080 et 1070 de Bruxelles. De toutes façons, les expertises sont centralisées et les tournées d’inspection sont rationalisées pour perdre le moins de temps possible en déplacements. Nous passons environ deux jours par semaine dans le Brabant wallon et trois jours en Brabant flamand.

Quelles difficultés rencontrez-vous au quotidien?

Il faut faire preuve de bonnes connaissances techniques, pour bien évaluer les dégâts et donc les travaux à effectuer, sans se faire “avoir” par des garagistes ou des carrossiers indélicats. Vous vous en doutez,  c’est un milieu très spécial, où les vols et les fraudes ne sont pas rares. Nous devons être vigilants pour “éplucher” les devis d’une façon très soigneuse et en même temps faire preuve de psychologie et de diplomatie pour que les affaires se règlent au mieux et le plus rapidement possible. Ce qui n’est pas toujours évident car les intérêts en jeu sont forcément divergents entre particuliers, carrossiers et assurances. Une des premières conditions à remplir est la volonté d’intégrité, d’impartialité sans se laisser influencer par l’une ou l’autre partie. Même si des enjeux financiers très importants peuvent être en cause !

A ce sujet, nous devons être agréés par l’UPA pour pouvoir faire des expertises auprès des compagnies d’assurance mais nous attendons depuis des années que les Pouvoirs Publics nous accordent une reconnaissance spécifique pour que ce métier ne soit pas accessible à tout le monde. Des garanties éthiques doivent pouvoir être fournies.

Nous avons évalué au sein de l’UPEX les sommes énormes que nous brassons...Il faut être capable de résister aux pressions que nous sommes couramment amenés à subir.

Ainsi, les compagnies d’assurance “poussent” pour que les sinistres soient clôturés le plus efficacement et le plus vite possible, concurrence oblige…A nous de réaliser des prestations de qualité, même dans ces conditions difficiles !

 Quelles évolutions voyez-vous se dessiner dans votre secteur ? Y a-t-il des débouchés pour des jeunes ?

Nous avons assisté ces dernières années au regroupement des sociétés d’assurance, ce qui, de fait, a réduit le nombre de nos clients. Aujourd’hui, notre portefeuille de clientèle est très stable. Mais les procédures sont en train de changer. Les compagnies d’assurance travaillent avec des garages agréés. Ceux-ci disposent de systèmes informatisés de type Informex qui permettent de prendre des photos très précises des véhicules endommagés, de faire un premier diagnostic à distance et  d’accélérer les travaux d’expertise sur place.

Par ailleurs, nous constatons une diminution des accidents, environ 10-15% par an, ce qui réduit d’autant le nombre des sinistres. Et c’est tant mieux ! Les dossiers que nous avons à traiter changent de nature…

Enfin, dernier point à souligner,  on répare beaucoup moins qu’on ne remplace, les boites de vitesse par exemple ou une aile cabossée, car tout compte fait, cela coûte moins cher en main d’œuvre…Autant dire que certains métiers sont en train de disparaître….

Il n’en reste pas moins que ce métier présente des débouchés pour des jeunes s’ils ont à la fois un intérêt pour la mécanique,  une certaine rigueur juridique et un sens diplomatique.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.
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