Jean-Michel Dechamps,
Eleveur de chevaux et propriétaire de Haras

Quel a été votre premier contact avec les chevaux ?

Mes parents élevaient déjà des chevaux, je suis donc dedans depuis toujours.

Quelle est votre formation de base ?

Je n'ai aucune formation relative aux chevaux, hormis d'avoir toujours été élevé parmi eux. J'ai terminé mes secondaires et puis j'ai une reconnaissance de capacité professionnelle en transport de marchandises. 

Quand votre envie de faire de l'élevage de chevaux sportifs est-elle née ?

Ma famille possédait des juments de concours qui arrivaient à l'âge de la retraite, et vu l'augmentation du prix des chevaux et pour pouvoir poursuivre notre activité, nous les avons reconverties pour l'élevage. Cette première jument avait gagné plusieurs concours et c'est cela qui nous a fait songer à la reproduction. Mais ensuite, si on souhaite en faire son métier, il faut tirer la qualité vers le haut. Nous avons donc commencé à investir dans d'autres juments de haut niveau, ou du moins, qui avaient produit de bons poulains. Aujourd'hui, je ne monte plus moi-même, mais je travaille avec un cavalier qui monte les chevaux lors des concours.

Quelles sont les qualités requises pour se lancer dans ce métier ?

Surtout être passionné, car c'est un métier rigoureux et qui exige beaucoup de disponibilité. Parfois, nous accueillons des stagiaires dont le but est surtout de ne plus aller à l'école et ils voient cette activité comme un loisir. Ce n'est qu'une fois sur place qu'ils se rendent compte que la réalité est toute autre. Il faut être rigoureux dans toute la gestion du haras et sévère avec soi-même. On ne peut par exemple pas se permettre de sentimentalisme et garder un cheval parce qu'on s'y est attaché. Si on vous fait une belle offre, il faut l'accepter, sans aucune autre considération !

Et puis, il faut aussi de la persévérance. Lorsqu'une jument doit pouliner, cela nous arrive de passer des nuits blanches. Quand on choisit d'en faire sa profession, cela n'a rien à voir avec un hobby d'amateur. Enfin, je dirais qu'il faut être curieux, s'intéresser aux lignées de chevaux et s'informer pour rester au courant des meilleures bêtes qui sont sur le marché. Car n'oublions pas que le choix d'une bête est crucial, puisque nourrir un mauvais ou un bon cheval, vous coûte la même chose.

Est-ce que vous recommanderiez une formation plus qu'une autre afin d'accéder à ce métier ?

Je ne crois pas qu'il existe de formation permettant de choisir un bon cheval, c'est avant tout une question de feeling. La formation existe en théorie, mais selon moi, elle reste théorique. Il faut faire ce métier par passion. Si un jour, vous élevez un crack, c'est fantastique, mais c'est vraiment la loterie. Par contre, je recommanderais peut-être à un jeune de faire un stage auprès des vétérinaires qui inséminent les chevaux, c'est une bonne expérience.

Quelle race de chevaux avez-vous choisi ?

Des chevaux d'obstacle, qui proviennent généralement d'Allemagne, d'Irlande ou de France. J'en possède une trentaine. L'élevage en Belgique est très diversifié. Nous ne recevons aucune aide de l'état et j'estime que c'est mieux ainsi, car cela nous donne une liberté totale dans le choix de nos chevaux. En France, par exemple, jusqu’à il y a peu, les éleveurs devaient acheter des chevaux français pour continuer à recevoir leurs subsides.

Pouvez-vous nous décrire votre rythme de travail ?

Cela dépend de la saison. En hiver, il faut nourrir les chevaux, les manipuler et les sortir dans les compétitions afin de les montrer et être en contact avec nos collègues. Un cheval peut se présenter à une compétition après quatre ans. Le cycle de compétitions des jeunes chevaux débute vers la fin avril, jusqu'en septembre. 

C'est donc une période durant laquelle je voyage beaucoup afin de faire du commerce, surtout que l'été, les juments sont généralement en prairie, excepté celles qui poulinent ou qui doivent être saillies. Mais, c'est impossible de ne vivre que des concours, il faut absolument vendre les chevaux qu'on élève et cela se fait sur plusieurs marchés européens. Je fais également de plus en plus de transport de chevaux.

Est-ce difficile de gérer un élevage ?

Oui et c'est assez ingrat, car durant certaines périodes tout tourne bien alors qu'à d'autres moments, ça peut vraiment être la poisse. Il m'est par exemple arrivé de perdre trois chevaux en une semaine !

Commercialement, cela n'est pas toujours facile non plus. C'est d'une part assez difficile d'effectuer l'achat et la vente en même temps, mais il faut aussi faire face à la spéculation. Parfois, vous vendez votre cheval 7000-8000 euros et un an après, un de vos collègues le revend 30 000 euros, ce qui n'est pas toujours facile à accepter. La difficulté consiste à choisir le moment adéquat pour vendre votre cheval: si vous attendez un an de plus, vous prenez le risque qu'il meure d'une colique, mais parfois, il s'agit d'un bon animal et là, vous râlez de l'avoir vendu si vite. Il faut donc toujours rester à l'affût du marché. L'idéal étant de pouvoir choisir son client, car si la personne qui achète votre cheval va plutôt le choyer que l'entraîner, c'est moins intéressant pour vous que quelqu'un qui va en faire un champion, ce qui entraîne d'office de la pub pour votre haras.

Est-ce que vous privilégiez l'insémination ou la monte naturelle ?

Je pratique les deux. Certaines juments qui ne sont pas faciles à fertiliser, y arrivent mieux avec une monte naturelle, apparemment pour des questions hormonales. Mais il faut savoir qu'aujourd'hui, pour la plupart des étalons de haut niveau, on doit généralement travailler avec des semences congelées. C'est devenu un marché assez lucratif et qui aide notamment à nous maintenir dans notre activité, même si pour moi, c'est assez infime, puisque cela ne représente que 10% de mon chiffre d'affaires.

Est-ce que vous pensez qu'il s'agit d'un métier d'avenir ?

En tant que métier, non, car il est trop aléatoire et cela prend trop longtemps pour en retirer des revenus. C'est plutôt une activité accessoire, qui peut par exemple s'ajouter à celle du commerce pur de chevaux, qui lui, peut vous faire vivre au quotidien.

Quels sont les points positifs de votre métier ?

C'est la part de rêve qui est agréable, donc si on n'est pas passionné, on sera vite dégoûté. Mais quand on obtient de bons résultats d'un cheval qu'on a fait naître et que l'on a conçu - puisque c'est nous qui choisissons son croisement - c'est valorisant. Et évidemment, quand un cheval gagne une coupe, c'est fantastique!                    

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.
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