Luc Evrard, Technicien en usinage

Interview réalisée en septembre 2006

Âgé de 34 ans, Luc Evrard travaille depuis presque dix ans chez Decto. Située à Fleurus, cette société comporte un centre d'usinage qui réalise principalement des grosses pièces pour des bras d'excavatrices.

Peut-on en savoir plus sur votre formation, votre parcours ?

En mars '97, je suis entré comme meuleur chez Decto Fleurus. J'ai fait du pliage pendant neuf ans et je travaille en tant qu'usineur depuis un an. Au début, j'ai remplacé pendant six mois une autre personne. Je n'ai pas de formation en pliage mais plutôt en électricité. J'ai appris sur le tas. Idem pour l'usinage. Pourtant, c'est mieux pour un usineur d'avoir les bases, savoir ce qu'est un foret et savoir lire un plan. A la base, on ne demande pas nécessairement des gens qualifiés. Mais les nouveaux ont une formation en usinage, ce qui n'est pas le cas en pliage.

Quel regard portez-vous sur votre métier d'usineur ? Qu'est-ce qui le caractérise ?

Il est nécessaire d'être attentif à toutes les pièces qu'on réalise et de tout contrôler. Il ne suffit pas de sortir le programme ! Il faut sortir la première pièce et vérifier tous les trous. En fonction de cela, on rectifie, on décale. C'est un boulot qui demande beaucoup de responsabilités.

Est-ce qu'il s'agit d'un travail à pauses ?

Oui, il y a trois pauses. On travaille avec des usineurs 24h/24. Mais ce n'est pas propre à Decto ; c'est général à toutes les sociétés. Il y a aussi des pauses spéciales le week-end. Dans ce cas, on fait 12h d'affilée comme chez Caterpillar.

Quelles sont vos tâches principales ?

Actuellement, c'est de sortir les pièces. On a un planning à respecter, on doit sortir les quantités demandées. Ensuite, on doit ébavurer les pièces, c'est-à-dire enlever les bavures. On travaille avec une meule. On ne nous demande pas de sortir autant de pièces à l'heure mais il faut être dans les temps. Si on n'a pas fini, on transmet à l'équipe suivante.

Quelles sont les qualités demandées aux personnes qui exercent ce métier ?

Il faut être assez méticuleux. A côté de la quantité, la qualité aussi est importante ! Il ne faut pas se contenter des premières pièces produites et ensuite ne pas vérifier le reste. On effectue un travail de contrôle qualité sur chaque pièce. On est garant de celle-ci car on signe une fiche de suivi, également appelée fiche d'identité ou fiche de production. Cela permet d'assurer une traçabilité de la pièce qui, ensuite, va au contrôle qualité avant de partir chez le client.

Le métier a-t-il changé ? De quelle manière ?

Oui. A présent, on fait tout en numérique. Pour l'instant, je n'ai travaillé que sur un seul centre d'usinage mais le principe est le même partout : il faut savoir lire un plan. C'est plus rapide qu'avant. C'est une tête de robot qui travaille. Pendant ce temps, on décharge ce qu'elle a produit et on recharge dans la foulée. Avec les anciennes machines, il fallait chaque fois changer les réglages manuellement, ici le robot adapte les outils lui-même. Si la tête de robot met un quart d'heure à produire une pièce, on a un quart d'heure pour la roder, l'ébavurer et en remettre une. Au final, on va beaucoup plus vite.

Est-ce que vous avez l'impression qu'il s'agit d'un métier en perpétuelle évolution, qu'il faut sans cesse se former ?

Oui, chez Decto, on a trois centres d'usinage mais ils évoluent selon les années. On doit sortir un nombre de pièces croissant et perdre de moins en moins de temps. L'objectif est là. Pour le reste, c'est toujours le même principe. Je m'adapte vite.

Les nouveaux, eux, sont formés à l'école. J'ai fait une formation d'un mois avec un usineur mais, dès qu'on connaît la commande numérique, cela va tout seul. C'est de toute façon le robot qui fait tout. Il ne faut pas être ingénieur pour faire fonctionner cette machine. Connaître la commande numérique est la première des choses ensuite aller chercher le programme dans la machine, aller dans les décalages pour faire le bon réglage et changer les plaquettes à temps pour éviter qu'elle ne cassent.

Quelles sont les contraintes du métier d'usineur ? Comporte-t-il des risques pour la santé ?

La principale contrainte réside dans le fait que c'est un travail à pauses. Mais il y a aussi des contraintes d'ordre physique. Par exemple, sur la machine que j'utilise, il faut monter à l'intérieur et se mettre accroupi pour faire les montages. Parfois, cela prend jusqu'à 20 minutes et cela engendre des problèmes de dos. Il y a aussi le risque de ramasser des limailles de fer dans les doigts. Il faut donc porter des lunettes de sécurité (afin d'éviter d'avoir des copeaux dans le visage) ainsi que des gants.

Ce métier est-il fort recherché sur le marché de l'emploi ? Constate-t-on une pénurie ?

Oui, j'ai déjà vu dans les journaux qu'on recherche beaucoup d'usineurs mais je ne sais s'il y a une pénurie. Est-ce que cela n'intéresse plus les jeunes ? Il y a sûrement un manque quelque part. Les plieurs, non plus, on n'en trouve pas, c'est pourquoi chez Decto on les forme nous-mêmes.

Quel type d'études faut-il suivre pour exercer ce métier ?

Des formations de technicien en usinage existent dans l'enseignement secondaire supérieur de qualification.

Qu'est-ce que vous auriez envie de dire à un jeune qui veut se lancer dans cette profession ?

Il ne faut pas en avoir peur, c'est un métier assez passionnant, assez varié, on ne fait jamais deux fois la même chose. Si cela payait mieux, je pense que cela intéresserait beaucoup plus de jeunes. C'est un travail à responsabilités mais le salaire ne suit pas. Or, c'est un métier comme un autre. On travaille couvert, on est à l'abri, été comme hiver.

Le métier d'usineur a-t-il selon vous un avenir ?

Certainement ! Il en faudra toujours.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.
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