Comment devient-on échevin ?

On y arrive en suivant la procédure institutionnelle. Cela consiste d'abord à être candidat sur une liste et ensuite à être élu par le nombre de voix qui est conféré à la liste et au nombre d'élu. L'ensemble des élus se réunit en première séance du conseil communal pour l'installation de celui-ci. Chaque conseiller prête serment pour un mandat de 6 ans. A cette occasion, par présentation de chacune des listes des candidats échevins, il y a une élection au scrutin secret qui vous confère une majorité ou l'unanimité des voix du conseil et qui vous permet de pouvoir être élu. A ce moment vous prêtez à nouveau serment en tant qu'échevin et puis lors de la première séance du Collège des bourgmestre et des échevins, il y a la répartition des attribution.

Quelles sont les conditions d'éligibilité ?

Il est impératif d'habiter la commune, d'avoir 18 ans, d'être de nationalité belge et d'avoir un casier judiciaire vierge. Ce sont là les conditions les plus minimalistes et obligatoires pour être candidat et ainsi être élu.

Quelle formation doit être suivie pour devenir échevin ?

Il n'y a aucune formation requise de base mais le minimum c'est que vous fassiez preuve de bon sens. Je dirais d'abord qu'il doit y avoir un intérêt évident de la chose publique et communale et que malgré tout vous ayez un bagage minimum pour avoir la capacité de gérer un département. Il n'y a pas de formation proprement dite mais il y a en cours de mandat des possibilités d'assister à des réunions d'informations. Il y a aussi des séminaires organisés par la Province, la Région Wallonne ou le Fédéral. Si vous voulez vraiment vous perfectionner, vous avez encore des possibilités via des cours universitaires qui sont donnés en soirée et en week-end.

Quelle est la journée type d'un échevin ?

C'est avant tout une obligation d'assister au collège échevinal une fois par semaine. Il consiste à aborder l'ensemble des points. Par exemple, pour Soignies, on aborde en moyenne une centaine de points. Ce sont 100 questions auxquelles le Collège doit répondre. Soit par oui ou par non pour certaines ou d'une manière beaucoup plus élaborée pour d'autres. Les domaines sont aussi variés que les affaires économiques, le commerce, l'urbanisme, les travaux, l'enseignement, l'environnement. Il y a aussi des domaines moins évidents comme les taxes, les finances et le budget. En bref, on aborde tous les domaines de la vie courante et quotidienne qui touchent les gens. En fonction de ce que l'on vous attribue, votre planning est plus ou moins chargé ou pas. Celui qui a la tâche la plus importante est évidemment le bourgmestre qui traite des affaires générales qui sont directement liées à sa fonction. Il est le chef d'équipe, il doit avoir une connaissance globale de la situation. Ensuite vient le premier échevin qui a un rôle honorifique mais qui en fonction de ses attributions (au niveau de l'Etat Civil, population, fonction publique) est amené à venir tous les jours pour signer des actes officiels que lui seul peut faire. Ensuite vient l'échevin des travaux qui a une charge récurrente et quotidienne car c'est une intervention permanente sur la voirie et essentiellement sur les travaux qui sont réalisés. Le travail de l'échevin des travaux (dont je suis et que je cumule avec l'urbanisme) demande de venir tous les jours en fonction ,des rendez-vous que nous donnons avec des auteurs de projets, des architectes, des opérateurs immobiliers, en fonction des réunions de services pour étudier des dossiers et les présenter au collège et en fonction des visites sur les lieux pour se rendre compte de ce que pourrait représenter tel ou tel projet et de la manière dont nous pourrions les mettre en oeuvre. C'est presque un temps plein en ajoutant les réunions de soirée qui consistent à rencontrer des comités de quartiers, son bureau politique et à organiser des réunions d'information et des commissions de travail au niveau du conseil. Tandis que le Week-end, c'est une présence au niveau des associations qui organisent des kermesses, des ducasses, des fêtes. Donc je dirais que c'est un temps plein permanent.

Votre métier empiète-t-il sur votre vie de famille ?

Automatiquement ça joue sur la vie de famille. Je pense que lorsqu'on est jeune marié, père de famille, indépendant ou salarié, si vous voulez bien faire votre boulot, ça empiète sur ces domaines d'une manière très prépondérante

Quels sont les avantages du métier d'échevin ?

Je dirais tout d'abord que c'est passionnant car on est en contact direct avec la population. Nous voyons en terme de réalisation ce que nous décidons et cela nous donne une satisfaction de la décision mais surtout de la réalisation. Il y aussi le coté honorifique que l'on ne peut pas nier. Nous sommes honorés lorsque nous devenons échevin car nous sommes quelqu'hn qui prenons les décisions d'une ville. Et aujourd'hui, il ne faut pas le nier non plus, il y a une revalorisation du traitement.

Et en ce qui concernent les inconvénients ?

C'est le fait que ce soit permanent. Un échevin n'a jamais de temps libre, à part dormir quelques heures. Sinon du matin jusqu'au coucher du soleil, nous pouvons être en permanence interpellé y compris le week-end.

Quelles sont les personnes qui vous entourent dans votre travail ?

Les grandes décisions sont prises de façon collégiale au sein du Collège, soit à l'unanimité lorsqu'on a une équipe bien soudée comme c'est le cas ici à Soignies, soit à la majorité et là ça devient plus délicat. Cependant, l'échevin peut prendre des décisions qui n'impliquent pas de grandes dépenses ou des bouleversements importants au sein d'une organisation de l'administration. Au niveau du travail proprement dit, les gens travaillent avec son ou leurs chefs d'équipes quand il y a plusieurs départements. L'échevin n'est donc jamais un homme seul car il travaille de façon constante avec son équipe qui est présente pour le conseiller dans la proposition de décision.

Il y a de moins en moins de jeunes qui s'intéressent à la politique. Pourquoi s'y intéressent-ils moins ?

C'est l'évolution de la société qui le veut. On est dans une société de consommation, un peu de plaisir où l'on a l'impression que tout vient tout seul. Le fait que le jeune a d'autres préoccupations peut être une explication. Ils ne sentent pas la nécessité de partager, de participer et de porter le poids de l'organisation de la société. Maintenant, il y a aussi l'aspect plus critique où l'on considère que le système n'est pas remis en cause, ne s'est pas rajeuni dans ses méthodes, ses procédures et ses décisions. C'est vrai que la classe politique a été trop fermée sur elle-même et s'est gérée entre-elle en reconduisant les mêmes personnes jusqu'à des âges qui n'étaient plus permis de pouvoir reconduire. Mais tout cela est en train de changer.

Selon vous que devraient faire les politiciens pour intéresser les jeunes à la politique ?

C'est vraiment un débat très important. Je pense tout de même qu'il y a pas mal de jeunes qui s'y intéressent et qui voudraient s'engager. Mais la majorité des jeunes portent un regard critique et distant vis-à-vis de la politique. Nous devons nous pencher sur la question au sens d'amélioration de la communication. On doit mieux communiquer et intensifier les rencontres, faire preuve de plus d'éthique. Maintenant, depuis quelques temps, par rapport aux grands scandales financiers, la classe politique a démontré qu'elle pouvait se sanctionner elle-même ainsi que ses pairs. Mais c'est un travail de longue haleine sur du long terme. Nous espérons que le chemin que l'on est en train de parcourir vis-à-vis de la population et des jeunes puissent être perçu et qu'il y ait une sensibilité qui puisse se réveiller au sein des jeunes et qu'ils fassent la démarche vers le monde politique.

Vous avez parlé de communication. Les jeunes ne sont pas assez informés ?

On est dans une ère d’information absolue pas seulement dans le monde politique, on ne sait plus distinguer qui communique. On n’a plus cette vision, cette sensibilité, ce discernement de ce qu’est la communication de façon générale. Nous-mêmes, on n’a peut-être tendance à ne pas assez communiquer ou à le faire à travers des créneaux qui ne touchent pas le jeune. On a énormément d’effort à faire puisque la communication est essentiellement concentrée lors des élections. Durant cette période, tout le monde communique et l’on est inondé d’information. De plus, ce n’est pas une période favorable car les gens ont une appréhension, il n’y a pas ce contact naturel. La meilleure communication pour un homme politique c’est la rencontre, le face-à-face. C’est important mais ça ne peut se réaliser tout le temps car on n’en a pas toujours l’opportunité. Si durant notre mandat, nous sommes sur le terrain pour des occasions diverses, c’est la meilleure communication.

A Soignies y-a-t-il un conseil communal pour les jeunes ?

Oui. Mais il s’adresse à la tranche d’âge primaire et je pense que l’on pourrait trouver un autre système qui concerne et consulte les adolescents. Je crois que s’il n’ y a pas de continuité dans l’information et dans la sensibilisation, très vite le jeune s’en détache et retrouve d’autres horizons qui ne sont pas ceux de la politique. Si l’on veut identifier un âge je dirais qu’il y a un vide entre l’âge de 12 ans et 18 ans, période durant laquelle le jeune n’a pas l’occasion de goûter à la vie politique.

Quels conseils pourriez-vous donner aux personnes qui voudraient se lancer ?

Il faut avant tout aimer la vie et aimer son quartier. Ensuite vient l’engagement. Il ne faut pas toujours voir la chose sur une notion à grande échelle car c’est ce qui peut faire dire à des personnes qu’elles en sont incapables, qu’elles n’ont pas la vision, la sensibilité à l’échelle d’une commune. Moi je pense que si quelqu’un à la sensibilité de vouloir s’impliquer dans la vie d’un quartier ou d’un village, c’est important. Evidemment ensuite il faut choisir une philosophie. Il y a une philosophie plus sociale, un peu de gauche, alors on s’oriente vers un parti qui a cette sensibilité. Maintenant si quelqu’un se sent plus attaché à une notion de liberté d’entreprise avec des idées plus ouvertes, il y a les partis de droites. A un moment donné quand on a envie de développer un projet, il faut le construire, le nourrir à partir d’une philosophie de gauche ou de droite. Du point de vue de la commune, il faut s’engager dans un de ces partis mais une fois face à des situations concrètes, c’est avant tout la vie des gens qui est à considérer et cela ne s’évalue pas par la gauche ou par la droite. Elle s’évalue par les décisions pratiques et concrètes de ce que l’on pourrait améliorer dans le quotidien. Si quelqu’un veut se mobiliser et est soucieux du quotidien de son quartier ou de son village, il peut s’engager.

 
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