Marianne Smiejkowski, Catherine Lefèvre et Damien Theys,
Hydrographes

Interview réalisée en novembre 2020

En quoi consiste votre métier et comment s’organise-t-il ? 

Bien que nous utilisions le terme « Hydrographe » pour désigner notre fonction au sein du SPW Mobilité et Infrastructures, l’appellation « Assistant·e hydrologue » semble plus indiquée pour décrire nos missions qui sont l’installation, l’entretien et le contrôle du bon fonctionnement des stations hydrométriques, l’entretien des accès aux stations de mesures, la réalisation de mesures de débits et des petits travaux de topographie ou encore le contrôle qualité des données hydrologiques (hauteurs et débits). 

Sur quels cours d’eau travaillez-vous ? 

Nous travaillons sur tous les cours d’eau de Wallonie, qu’il s’agisse de voies navigables ou non.

Nous sommes sur le terrain en moyenne 4 jours par semaine et parfois les week-ends ou la nuit en cas de situations particulières comme les crues, par exemple. Le cinquième jour est destiné au contrôle qualité et à l’encodage des mesures dans la base de données.

Quels outils utilisez-vous ?       

Du matériel spécifique pour les mesures de débit (moulinets à hélice, moulinets électromagnétiques, profileurs acoustiques basés sur l’effet Doppler, etc.) mais aussi du matériel de topographie pour la mise en place de points de référence, des sondes lumineuses pour la mesure ponctuelle du niveau de l’eau et la vérification du bon fonctionnement des limnigraphes[1].

En quoi est-ce important de collecter les mesures ?   

Les mesures sur le terrain sont essentielles pour évaluer, en temps réel, la situation hydrologique de la Wallonie. Elles constituent la base pour la prévision et la gestion des crues et des étiages, la régulation des ouvrages d’art hydrauliques, la gestion des ressources en eau, etc. Elles permettent également de répondre à des demandes extérieures notamment pour des études environnementales.

Y a-t-il des périodes où le travail est plus dense ? 

Les périodes de crues sont les plus intenses, les mesures sont alors multipliées, souvent en dehors des heures normales de travail et dans des conditions relativement difficiles.

Quel est l’horaire de travail d’un hydrographe ? 

Pour les hydrographes de notre service, l’horaire est fixe (38 heures par semaine), sauf en cas de conditions particulières (crues) ou de mesures spécifiques (la nuit si la mesure doit se faire en l’absence de navigation).

Quelles connaissances faut-il posséder absolument ? 

Les connaissances des hydrographes sont très diverses, mais elles touchent principalement au domaine scientifique. Il faut être ouvert aux changements puisque le matériel utilisé évolue régulièrement avec les progrès de la technologie. Il est aussi spécifique et parfois très pointu. Il faut aimer les chiffres, être à l’aise avec l’utilisation d’un ordinateur, avoir un esprit d’analyse et beaucoup de logique. Il faut encore faire preuve d’une grande rigueur pour effectuer le contrôle qualité des données. Il faut aussi être ouvert aux nouvelles technologies, être autonome et adepte de la débrouille puisque l’on est parfois livré à soi-même au milieu de nulle part et les pieds dans l’eau ! 

Y a-t-il un volet administratif à ce métier ? 

Oui, la validation des données et l’encodage des mesures effectuées par le technicien sur le terrain se déroulent principalement au bureau.

Qu’appréciez-vous dans votre métier ?

La diversité des tâches, le contact avec la nature, les rencontres avec les différents intervenants et les riverains des cours d’eau

Quelles difficultés (éventuelles) rencontrez-vous dans l’exercice de votre métier ? 

Les aléas climatiques : le travail doit se faire en été comme en hiver, même lorsque les températures sont très élevées ou très basses, sous une pluie battante, les pieds dans la vase, etc. 

De plus, les conditions d’accès sur les zones hydrographiques sont parfois difficiles (chemins non carrossables) et on ressent souvent de la fatigue car nous devons nous déplacer sur un territoire très étendu (l’hydrographe parcourt environ 35.000 km par an). Ce métier est vraiment difficile et exigeant. 

Voyez-vous un aspect du métier auquel on ne penserait pas immédiatement ? 

La communication avec le public : dès que les passants nous voient effectuer une mesure depuis un pont ou les pieds dans l’eau, ils nous demandent ce que l’on fait et pourquoi. Il convient dès lors de leur expliquer en termes simples et concis. 

Avez-vous une anecdote particulière sur l’une de vos « missions » ? 

Nos appareils de mesure sont souvent en pleine nature et des contacts avec la faune locale sont donc fréquents. Le plus étonnant fut la découverte d’un boa constrictor. Cet animal, forcément pas une espèce locale, s’était échappé de la maison de son propriétaire et n’avait malheureusement pas survécu au froid de l’hiver.

Cela nous arrive également de tomber à l’eau. Il est alors indispensable de penser à prendre des vêtements de rechange dans le coffre de la voiture.


[1] Appareils qui mesurent les variations du niveau d’eau avec un système de vases communicants et de flotteurs.  

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.
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