Michel Koscielniak,
Cuniculiculteur et éleveur de chiens

Interview réalisée en avril 2011

En quoi consiste votre activité au quotidien ?

Il faut nourrir, cela prend beaucoup de temps. Il y a aussi beaucoup de nettoyage. Il y a les saillies et la vérification des nids. Et selon les périodes et le type d’exploitation, il y a l’abattage ou la tonte. Les activités sont nombreuses : nourrissage, nettoyage, saillie, vérification des nids, abattage…

J’ai eu un premier élevage où il y avait un millier de lapins. Il n’y avait pas de fenêtres, c’était une lumière artificielle. Je passais 12 heures par jour dans un bâtiment qui faisait 4 mètres sur 30 environ. L’élevage suivant c’était un grand bâtiment de 2500 mètres carrés où il y avait 10000 lapins. Là, il n’y avait plus de nettoyage, c’était un système de vannes hydrauliques qui se mettaient en route toutes les 4 heures pour évacuer les excréments vers une station d’épuration.

Il y a deux systèmes de saillies : les saillies naturelles où on met la femelle avec le mâle et l’insémination où on fait la récolte du sperme. Pour l’insémination artificielle, on met le mâle en présence d’une lapine et on a un petit récolteur en plastique. Ensuite on dilue le sperme récolté et on insémine 10 lapines. Dès qu’il y a des petits, il faut vérifier les nids tous les 4 jours. Vérifier qu’il n’y ait pas de morts et s’il y en a les retirer. Sinon, il y a un risque d’infection et que tout le nid y reste. Comme il y a beaucoup de lapins, cela prend beaucoup de temps.

Selon les périodes, si l’élevage se fait pour la viande, il y a l’abattage. Si l’élevage est pour le poil, il y a la tonte. L’abattage se fait sur place et va assez vite. La tonte ou l’épilation pour faire du poil angora prend plus de temps. 

Pour moi l’élevage de lapin ne supporte pas des énormes productions. Il faut plutôt des petites unités. C’est un animal assez fragile au niveau digestif. Il attrape vite des maladies.

C’est un secteur d’activité où on ne peut pas faire de la production automatique comme pour des volailles, par exemple, où les machines ont en partie remplacé les humains et où un seul humain peut s’occuper de plusieurs milliers de volailles sans que cela ne pose problème. Pour les lapins, ce n’est pas possible. Par exemple, pour les saillies, on ne peut pas laisser la femelle avec le mâle, il faut la changer de cage. Il faut palper pour savoir si la saillie a fonctionné. Cela demande un doigté assez important et aucune machine ne peut le remplacer.

Quelles études avez-vous réalisées pour accéder à votre profession ?

J’ai étudié les biotechniques en humanités puisque je voulais trouver un travail en rapport avec les animaux. C’était à Leuze, j’habitais Uccle, je faisais une heure et demie de train à l’aller et au retour. Cela ne m’a pas appris grand chose par rapport à la pratique proprement dite. Toute ma jeunesse, j’étais en contact avec des petits animaux, des cobayes, des lapins, des poules, des pigeons, des chèvres… j’adorais ça. Et je pense que quand on aime tellement, tout est facile. 

Quel a été votre parcours professionnel ?

Je voulais être psychologue animalier. J’ai eu un enfant et j’ai arrêté mes études. Je suis allé travailler dans une usine de phares, j’ai fait la plonge, j’ai vendu des tickets de train et puis j’ai vu une petite annonce « cherche quelqu’un pour s’occuper de lapins à mi-temps ». Pour moi c’était le bonheur absolu de pouvoir à nouveau travailler avec des animaux, même si c’était dans un registre assez fermé. C’est un métier qui demande d’être assez bricoleur. Moi, j’ai deux mains gauches mais le patron m’a quand même pris car il a vu que j’adorais ça et que j’avais d’autres atouts. Par exemple, pour la palpation souvent les gens mettent un mois pour y arriver. Moi, j’ai pris une lapine en main et j’ai pu le faire tout de suite, dire comment était la matrice et combien il y avait de petits. 

En parallèle, j’ai commencé à développer un élevage de chiens et c’est ce que je fais à présent : de l’élevage de bouvier des Flandres, de l’éducation canine et de la thérapie assistée par l’animal.

Comment avez-vous choisi ce métier ? Quelles étaient vos motivations ?

Pour moi, le contact avec l’animal est ce qui prévalait par rapport à n’importe quoi. Le lapin est un animal que j’aime vraiment bien malgré qu’il ne soit pas très malin. Il ne gueule pas, il est doux, c’est le doudou par excellence. A présent, je voudrais refaire une petite ferme avec quelques lapins, cobayes, chèvres, poules, pigeons, oies, canards… une mini ferme pédagogique.

Quelles sont les qualités personnelles et les compétences nécessaires pour exercer cette profession ?

Savoir bricoler, avoir le feeling animal, savoir être seul car même si on travaille en équipe on est quand même très isolé.

Quel est l’horaire de travail ?

Je travaillais au moins 10 heures par jour, 6 jours par semaine. J’étais employé, quelqu’un qui fait ça à son compte pourrait faire beaucoup plus. C’est toujours le grand dilemme : jusqu’à quel point passe-t-on du temps au boulot et quand revient-on à la famille ?

Grande ou petite exploitation, l’horaire est similaire, puisque la lumière est artificielle. Pour pouvoir produire toute l’année, on supprime artificiellement le cycle des saisons.

Quels sont les avantages et les inconvénients de ce métier ?

La plupart des éleveurs bossent pour eux, c’est un avantage mais cela demande une implication particulière. L’inconvénient, c’est l’inconvénient intrinsèque à tous les métiers avec les animaux : si personne ne peut nous remplacer, on ne peut pas prendre de vacances ! 

Que diriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans cette voie ?

C’est devenu tellement rare, il y a de moins en moins d’éleveurs. Je pense que c’est dur mais qu’il le fasse s’il en a envie. Ce sera peut-être vraiment son métier ou seulement un passage.

Avez-vous une anecdote à raconter ?

Je me souviens d’un jour où deux petites filles sont venues passer la journée au clapier. Quand on passait des lapins d’une cage à une autre, je les prenais par la peau du dos et je les mettais dans une charrette de supermarché. Je prenais parfois deux lapins dans la main gauche et deux dans la main droite. Au matin, elles étaient là « ho les pauvres lapins, tu es trop dur » et le soir c’est elles qui calaient les lapins dans les cages et c’est moi qui leur disait d’y aller doucement.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.
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