Mr Damien Wibin,
General Manager, Center Parcs Les Ardennes

Interview réalisée en octobre 2025

Pouvez-vous retracer brièvement votre parcours scolaire ?

J’ai suivi un parcours relativement classique jusqu’à mes 14 ans, moment où j’ai intégré l’école hôtelière de Spa, influencé par ma famille. Mon père, qui a exercé de nombreux métiers (taximan, ingénieur du son, poète) a fini par ouvrir un restaurant dans les Ardennes. Cela m’a plongé dans le monde de la restauration. J’ai étudié pendant cinq ans à Spa, tout en développant une passion pour le vin et l’œnologie. J’ai également suivi une formation de sommelier à Bruxelles. Je n’ai pas poursuivi d’études supérieures ni de spécialisation, car j’étais impatient de commencer à travailler.

Quelles ont été vos expériences professionnelles avant votre emploi actuel ?

Après mes études, j’ai travaillé dans des restaurants gastronomiques, d’abord à Saint-Hubert, puis à Bruxelles dans un trois étoiles Michelin en tant qu’assistant sommelier. Après le décès de mon père, je suis devenu premier sommelier dans un deux étoiles en Flandre, sans parler néerlandais au départ. Après dix ans, j’ai rejoint le groupe Radisson, où j’ai appris le management dans un cadre structuré. J’ai ensuite travaillé dans un hôtel à Liège Airport en tant que Food & Beverage Manager, puis tenté une expérience commerciale dans le vin, qui ne m’a pas convenu. J’ai ensuite dirigé un hôtel quatre étoiles à Durbuy pendant cinq ans, avant de rejoindre Center Parcs à Vielsalm comme directeur général.

Pourquoi avoir choisi ce métier ?

C’est venu naturellement, comme un aboutissement de mon parcours. J’avais envie de diriger de grandes équipes, de relever des défis à plus grande échelle. Être directeur général avait du sens pour moi.

En quoi consiste votre travail ? Comment s’organise-t-il ?

Chaque jour, je commence par consulter les rapports opérationnels, puis je fais le tour du parc pour prendre la température auprès des équipes. Les premières réunions commencent vers 9 heures. Je supervise les responsables de département : restauration, RH, sécurité, espaces verts, etc. Mon travail est très varié : je peux passer d’une réunion sur un banquet à une discussion sur l’entretien de la forêt. Cette diversité rend mes journées dynamiques.

Quelles sont les aspects positifs et négatifs de votre profession ?

Les aspects positifs sont nombreux : la richesse des échanges, la diversité des tâches, le contact humain. J’aime être sur le terrain. 

Les aspects plus difficiles concernent la gestion des ressources humaines, notamment le recrutement et l’adaptation aux nouvelles attentes des employés. Dans un grand groupe, il faut aussi accepter de ne pas tout décider.

Quelles sont les qualités requises pour exercer ce métier ?

Langues, langues, langues : apprenez les langues ! Cela aurait été plus simple pour moi si j’avais compris plus tôt leur importance. Elles ouvrent beaucoup de portes.

Il faut aussi être curieux, ne pas avoir peur d’essayer, être fier de bien faire les choses, savoir déléguer et faire confiance tout en motivant ses équipes. Il faut croire en soi, en ses compétences et ne pas se laisser freiner par un manque de diplômes.

Avec qui collaborez-vous ? Est-ce un travail d’équipe ?

Je travaille au quotidien avec une équipe importante, comptant 150 équivalents temps plein et pouvant atteindre jusqu’à 400 personnes. Ce n’est pas un one-man-show. La réussite repose sur l’équipe, sur la capacité à déléguer et à faire confiance. Je collabore aussi avec quelques partenaires extérieurs, mais la grande majorité des services sont gérés en interne : animations, entretien, nettoyage, catering, supermarché, etc.

Quelles sont vos conditions de travail ?

Je travaille sur le terrain, dans le parc, avec un bureau sur place. Le télétravail ne me convient pas : j’ai besoin du contact direct avec les équipes. Je suis souvent présent le week-end, mais avec l’expérience, j’ai pu aménager mon emploi du temps. Mon style est de rester accessible, de tutoyer les équipes et de ne pas mettre de barrières.

Comment se porte le secteur du tourisme en Belgique ?

Le secteur a beaucoup changé, surtout après la crise du Covid. Le marché du travail est devenu plus difficile : aujourd’hui, ce sont les entreprises qui doivent séduire les employés. Les attentes ont changé et il faut adapter nos structures à cette nouvelle réalité. Cela met une pression supplémentaire sur la gestion des ressources humaines.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans ce métier ?

Apprenez les langues, soyez curieux, n’ayez pas peur d’essayer et de tomber. Soyez fier de ce que vous faites, poussez les portes et montrez-vous. Il ne faut pas avoir fait de grandes études pour réussir. Il faut croire en sa bonne étoile et saisir les opportunités.

Avez-vous une anecdote à partager ?

Un jour, alors que j’étais directeur de la restauration au Radisson à Spa (tout près du circuit), on inaugurait un bar sur lequel toutes les grandes stars avaient le droit de signer le plafond. Je vois un petit bonhomme qui arrive, prend un tabouret et commence à signer. Je lui saute dessus en disant : « Non non non, c’est seulement pour les VIP ! ». Et là, on me dit : « T’es fou ? C’est Fernando Alonso, champion de Formule 1 ! ». Je ne l’avais pas reconnu !

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.