Simon Cuvelier,
Concepteur de turbines

Interview réalisée en janvier 2008

M. Simon CUVELIER est concepteur de turbines chez JLA & Co.

Depuis combien de temps exercez-vous la profession de concepteur de turbines ?

Depuis 2 ans. Nous sommes concepteurs de turbines hydrauliques et d’équipements associés c’est-à-dire de tout ce qui tourne autour de la turbine et qui permet de générer de l’électricité ou plus généralement un mouvement de
rotation qui pourra être valorisé de différentes manières (entraînement d’un ancien moulin, d’une pompe, d’une presse..).

En quoi consiste votre activité au quotidien ?

En micro-hydro-électricité, nous avons principalement deux types de projets. Il y a les projets situés dans les pays industrialisés, principalement en Europe, et les projets situés dans les pays en voie de développement. Dans les pays industrialisés, on distingue deux catégories de projets : il y a d’une part les petites installations, acquises par des particuliers généralement propriétaires d’anciens moulins, et les installations de puissance plus importante,
les micro ou mini centrales hydroélectriques. Chez les particuliers, notre activité est dans un premier temps celle d’un bureau d’études. Je vais, par exemple, chez les propriétaires d’anciens petits moulins pour faire la promotion de l’hydro-électricité, faire un relevé topographique sur le site pour noter les caractéristiques qui me permettront de savoir quelle machine est appropriée, et finalement leur faire une proposition d’équipement.

La turbine travaille sur base d’un dénivelé entre deux plans d’eau. Plus le dénivelé est important, plus la puissance est importante. Après cette phase technico-commerciale, et si le projet est accepté, je dessine les plans d’implantation de nos équipements car il y a toute une partie d’ouvrage des bâtiments à créer. On doit intégrer la machinerie dans le bâtiment d’un ancien moulin en étant vigilant aux vibrations, au bruit… ou bien créer un petit bâtiment à côté. Il faut amener l’eau jusqu’à la machine de la manière la plus intelligente et la plus directe qui soit pour éviter les pertes, dimensionner la dalle de béton, la prise d’eau à la rivière… Il y a donc une étude de génie civil assez importante. Ensuite, je passe à la phase de fabrication des équipements. Nous avons un petit atelier de mécanique et nous intégrons toutes les étapes de fabrication des turbines hydrauliques depuis les matériaux bruts qui proviennent des fonderies jusqu’à la réalisation de pièces mécaniques précises au 10ème ou au 100ème de millimètre près. Ensuite, il y a une étape d’ensemblier où nous identifions les différents composants qui sont nécessaires pour compléter l’installation hydraulique. Il faut savoir qu’une installation hydro-électrique complète se compose de la turbine (nous la fabriquons) et d’un système de transmission connecté à une génératrice pour produire l’électricité.

Nous achetons ces différents composants auprès de nos fournisseurs. Nous assemblons les composants pour arriver chez le client avec un groupe hydro-électrique complet qui est raccordé à la conduite d’arrivée d’eau. Les propriétaires vont ainsi pouvoir produire leur propre énergie pour se chauffer, par exemple, ou pour la revendre au réseau. A côté de ces « petites » installations, il y a les micro ou mini centrales hydroélectriques, dont le but est la revente pure et simple de l’énergie au réseau national. Les demandes viennent alors de professionnels qui ont repéré un endroit intéressant et souhaitent y implanter une centrale hydro-électrique pour la revente au réseau électrique.
Dans les pays en voie de développement, l’approche du projet est totalement différente : on parle ici souvent d’électrification rurale décentralisée. Il s’agit d’offrir un accès à l’énergie à des petits villages, des petites communautés rurales qui n’avaient jusque là aucune source d’électricité, aucune source d’énergie pour entraîner leur moulin ou pour entraîner une pompe qui amène de l’eau dans le village. Au niveau des équipements, c’est assez proche de ce que
nous réalisons pour les pays industrialisés. La gestion du projet a, par contre, d’autres implications puisqu’il faut, par exemple, installer un réseau électrique dans le village ou gérer un poste de charge de batterie où les habitants peuvent amener leurs batteries pour les recharger et ensuite repartir chez eux avec leur alimentation en électricité. Il faut essayer d’impliquer les habitants, de les intégrer au projet, pour qu’ils prennent soin des équipements qui leurs sont fournis. Ces projets sont aussi un peu plus longs puisqu’il faut chercher des sources de financement via les ONG ou des organismes internationaux.

Quelles formations avez-vous faites pour accéder à cette profession ?

Je suis ingénieur civil électromécanicien de formation. Ces études m’ont permis d’appréhender les différents aspects du métier de manière assez rapide puisque j’avais reçu une base solide au niveau des études commerciales, j’avais eu beaucoup de théorie au niveau mécanique et cela m’a permis de passer rapidement à la pratique. J’ai pu assez vite utiliser les machines telles que les tours, les fraiseuses, les raboteuses… Mon associé, lui, est automaticien-électronicien de formation. Son père avait un atelier de mécanique dans lequel on travaille pour l’instant. Il a donc baigné dans la mécanique durant toute son enfance. Lui était beaucoup plus concret et moi je sortais d’une formation beaucoup plus théorique. L’association des deux est assez complémentaire et nous a permis de bien avancer. C’est le genre d’activité qui peut intéresser tout technicien mécanicien. Avec une formation de base en mécanique, en électricité ou en électronique, on peut déjà démarrer. On se forme beaucoup sur le terrain. Il faut, bien sûr, avoir la passion de l’hydraulique.

Quelles sont, à votre avis, les qualités personnelles et les compétences attendues dans ce domaine professionnel ?

Je pense qu’il faut être très flexible. En tant qu’indépendant, il faut beaucoup de disponibilités, de motivation et de courage. Ce sont des qualités indispensables. Au niveau du métier en lui-même, il faut avoir un intérêt pour les énergies renouvelables et plus particulièrement pour l’hydraulique, avoir une formation en électricité, en mécanique et un intérêt pour les travaux manuels. A partir de là, il y a moyen de faire beaucoup de choses.

Quel est l’horaire de travail ?

En général, mes journées commencent vers 9h et se terminent vers 19h-20h. Comme on est une toute petite entreprise de deux personnes, c’est beaucoup plus flexible au niveau des congés, par exemple. C’est un peu en fonction des projets. Il y a des périodes où le travail est moins abondant et d’autres où il faut travailler énormément.

Comment décririez-vous le cadre de travail ?

Il y a beaucoup plus de travail sur le terrain que de travail de bureau. Idéalement, nous devrions consacrer un peu plus de temps au travail de bureau pour répondre aux devis, réaliser les offres… car c’est une étape importante.
Pour l’instant, nous sommes beaucoup sur le terrain pour rencontrer les clients. Nous visitons d’anciens moulins. Nous découvrons des petits paradis cachés en Belgique !

Quelles sont les perspectives d’avenir ?

Au niveau hydro-électricité, nous ne sommes pas nombreux en Belgique. Il y a peut-être 2 ou 3 acteurs mais certains travaillent de manière beaucoup plus artisanale et moins commerciale. Il y a un sérieux potentiel en Belgique et nous sommes d’ailleurs à la recherche de personnes qui sont motivées et n’ont pas peur de mettre la main à la pâte. Ce n’est pas facile à trouver. Le secteur offre des possibilités de travail, c’est sûr ! La concurrence est faible car les grosses entreprises étrangères s’intéressent uniquement à des projets de taille plus importante. 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.
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