Alain Berliner, Producteur de cinéma

Alain Berliner est membre du collectif 2001, en 1995 il s'était déjà impliqué dans le collectif 95. Il témoigne à travers son parcours des difficultés pour les cinéastes, les producteurs et toute la profession de l'audiovisuel de mener une carrière en Belgique. Entretien avec l'auteur, entre autres de Ma vie en rose, le Mur et de Passion of Mind. En 1995 il y a eu le Collectif 95, aujourd'hui le Collectif 2001 est né.

Quel est le lien entre ces deux mouvements ?

Le collectif 95 était né d'un mouvement de frustration et d'exaspération de la profession il y a 6 ans. Il s'agissait de tirer la sonnette d'alarme par rapport aux moyens de l'audiovisuel en général. Six ans plus tard nous en sommes toujours à gérer une misère toujours plus grande. Et cela malgré le fait que parmi notre production audiovisuelle plus importante tant en cinéma, qu'en téléfilms ou court-métrages, chaque année au moins un film belge connaît un succès qui révèle la richesse de notre cinématographie. 
Le Collectif 2001 souhaite une refonte du système et demande qu'un pont financier soit mis en place pour la commission de sélection jusqu'en 2004, au moment où le refinancement de la communauté prendra ses effets. De manière à ce que la commission ne se trouve plus devant le dilemme de devoir aider des auteurs confirmés au détriment d'autres projets (comme cela a été le cas lors de la dernière réunion du deuxième collège où 24 millions étaient disponibles pour les 12 projets de long métrage inscrits, dont celui des frères Dardenne qui demandaient - à juste titre- 20 millions. 

Comment ces manques de moyens se traduit-il dans la situation des cinéastes et des producteurs en Belgique?          

Aujourd'hui lorsqu'on parle de film majoritaire belge c'est une illusion, un tour de passe-passe. La Communauté française est dans l'incapacité de financer des projets à hauteur de 50%, on appelle donc majoritaire un film dont le réalisateur est belge par exemple. Ces films "majoritaires" sont aidés à 20 ou 30% par la Communauté française et on va jusqu'à imputer la participation de Canal + France et de Eurimages à la part belge. L'insuffisance des possibilités de financement se fait sentir à plusieurs niveaux. En tant qu'auteur, nous sommes obligés de renoncer à certains droits. Il y a aussi les difficultés qui commencent à naître avec certains partenaires français qui se retrouvent à investir majoritairement dans un film qui sera étiqueté majoritairement belge.          

Aujourd'hui si elle veut survivre, une société de production doit produire au moins 1 majoritaire et deux minoritaires sur l'année. Sans compter, que sans même parler de survie, il est triste de constater qu'avec la réputation du cinéma belge, aucune maison de production n'est aujourd'hui capable de passer à la vitesse supérieure, de quitter un mode de fabrication artisanal. En augmentant, cela représente une augmentation des retours, tant pour l'auteur, le producteur que la Communauté dans son ensemble. Si l'on prend en compte les recettes directes et indirectes que génère le tournage d'un film en Belgique on peut chiffrer à 80 millions le retour financier d'un investissement de 20 millions. 

Quelles sont les propositions du Collectif 2001?           

Nous réclamons plusieurs mesures dont la mise en place -enfin!- d'un système de Tax Shelter qui a prouvé dans de nombreux petits pays qu'il représentait une aide très efficace; nous réclamons que la RTBF qui puise la majeure partie du budget réinvestisse dans la culture à une hauteur qui soit plus proche de ce qu'on est en droit d'attendre d'elle; nous réclamons à Bruxelles la mise en place d'un Bruxelles Images, et d'autres mesures comme la taxe sur la billetterie, etc. Et puis bien sûr, ce pont financier, le troisième collège qui permettra de "calmer la douleur" avant qu'un réel remède ne soit trouvé. 

Comment vivez-vous ce manque de moyens dans la poursuite de votre carrière?      

Je suis très partagé. Mes deux derniers films se sont faits sans argent belge. Avec les Américains, je n'ai même rien demandé ça devait aller très vite, trop vite par rapport à la vitesse à laquelle les projets sont traités en Belgique. Aujourd'hui je suis dans une période d'écriture et de recherche de financement de deux projets, l'un en anglais est un projet de science-fiction où j'aimerai que l'Europe - et surtout la Belgique- soient investies. Le deuxième projet pourrait être 100% français mais là aussi ce n'est pas la solution que je souhaiterai idéalement. 

Quelques jours plus tard... Au moment où nous bouclons ce numéro, une délégation du Collectif 2001 a été reçue par le Ministre Miller d'abord, les Ministres Demotte et Hasquin ensuite, et sera reçue prochainement par le ministre des finances Didier Reynders. 

Quel est votre sentiment par rapport à ces rencontres?            

Nous avons eu le sentiment d'avoir été entendus, il y a une prise de conscience des difficultés du secteur et une volonté de faire aboutir nos revendications. Nous avons cependant pris conscience que la Communauté française a peu de pouvoirs et de marge de manoeuvre pour l"instant. Si les accords de la Saint-Polycarpe sont signés, il y aura alors des moyens disponibles. Les Ministres Demotte et Hasquin ont obtenu que 25% du refinancement -au lieu de 10 initialement- puissent être réservés au secteur culturel. J'ai eu le sentiment également que les professionnels de l'audiovisuel apparaissaient comme un secteur organisé et pris au sérieux.

Les politiques sont conscients que le secteur culturel dépasse le strict cadre de son secteur, qu'il rejoint celui de l'économie et que pour des investissements somme toute dérisoires, il génère des ressources non négligeables.        

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.