Axel Demonty, Architecte paysagiste

Interview réalisée en janvier 2005

Auteur de projet plutôt que concepteur de jardin, Axel Demonty est architecte paysagiste à l'IBGE (Institut Bruxellois pour la Gestion de l'Environnement). Il fait partie du département "Aménagement parcs et jardins" de la division "Espaces verts". Avec ses collègues, il est responsable de la gestion des espaces verts situés sur le territoire de la région de Bruxelles-Capitale, du moins ceux qui sont publics car si Bruxelles totalise plus de 8.000 hectares verts, c'est-à-dire la moitié de sa surface, plus de 50% sont privés. En tout cas, Bruxelles est la plus verte des capitales de l'Europe occidentale.

Par quelles formations êtes-vous passé pour devenir architecte-paysagiste ?

J'ai d'abord fait un graduat à l'Institut supérieur industriel de Huy-Gembloux-Verviers, orientation architecture des jardins et du paysage, puis 2 années supplémentaires pour obtenir une licence. J'ai 28 ans et je travaille à l'IBGE depuis cinq ans, c'est mon premier job. Pour l'instant, je suis en train de terminer un post-graduat à l'ISURU à Bruxelles. (Institut supérieur régional d'urbanisme)

Sur quel projet travaillez-vous actuellement ?

Je travaille au "bureau des paysages" où se trouvent à la fois ceux qui gèrent et qui entretiennent les espaces verts et ceux qui conçoivent de nouveaux projets d'aménagement ou de réaménagement. C'est plutôt mon cas. J'ai la chance de travailler actuellement sur les "jardins du fleuriste" à Laeken, un projet d'envergure, intéressant parce qu'il est tout à fait original.

Il s'agit plus d'une création que de la gestion d'un espace vert déjà existant ?

Oui. Il s'agit de créer le centre bruxellois pour les arts et techniques du jardin, destiné au grand public. En dehors de sa fonction classique de poumon d'oxygène pour le quartier, il comporte un aspect pédagogique. D'ailleurs, une ASBL doit être créée pour organiser des formations et dispenser de l'information sur la philosophie du jardin et sur les espèces sélectionnées. Nous voulons réhabiliter des espèces indigènes, des plantes rustiques faciles à acclimater, mélangées à des sujets exotiques qui viennent de loin, car après tout, les plantes ont toujours voyagé !

Quelles sont les différentes étapes de votre projet ?

Dans un premier temps, il a fallu faire une étude préalable. Ce jardin avait d'abord été aménagé par le roi Léopold II.
Il a donc un intérêt historique que nous devions respecter. Nous avons également étudié la nature du sol, qui détermine en partie les végétaux choisis. Autres critères à prendre en compte : la qualité spatiale du lieu et le profil socio-économique des habitants du quartier. Sur ce point, c'est une véritable réflexion urbanistique que nous avons menée car nous voulions que le projet soit structurant pour la commune.

Comment concevez-vous votre fonction ?

Le paysagiste, dans un établissement public, est un généraliste. Il joue le rôle de chef d'orchestre au sein d'une équipe pluridisciplinaire. En dehors de la partie strictement horticole, il doit prendre en charge d'autres aspects du projet, au moment de sa conception : les problèmes légaux par rapport aux propriétaires riverains du chantier par exemple, ou encore les contraintes techniques de réalisation. Celles-ci peuvent concerner tout aussi bien la mise au point de l'installation électrique que le tracé du réseau d'égouttage... Le paysagiste doit pouvoir dialoguer avec tous les corps de métier et coordonner l'ensemble du chantier.

Vous semblez très passionné par votre sujet ?

C'est vrai que, déjà à neuf ans, on m'appelait "le petit jardinier" dans ma famille... 
Je n'ai pas hésité sur le choix de mes études après mes humanités, c'était une évidence pour moi. Diplôme en poche, j'ai envoyé ma candidature spontanée à l'IBGE et j'ai été sélectionné en montrant les travaux que j'avais réalisés pendant mes études.

Quelles qualités et compétences développez-vous au quotidien ?

J'essaie de conserver mon esprit poète malgré les contraintes du terrain.
Plus sérieusement, j'exerce un métier très complet : créativité, sens artistique, imagination, connaissances botaniques, mais aussi notions juridiques, capacité de communication et de gestion sont nécessaires.

Pourquoi avez-vous choisi de travailler dans une structure publique ?

J'ai préféré commencer par être salarié et faire mes armes comme "auteur" de projet plutôt qu'entrepreneur de jardin car c'est la partie artistique qui m'intéresse le plus.
C'est également un point de vue éthique qui a fait pencher la balance dans ce sens : je considère que les espaces verts dans les villes contribuent au bien-être et à la qualité de vie des citoyens. Je suis très conscient qu'ils représentent des lieux de détente tout en embellissant la ville. Somme toute, les espaces verts ont une fonction écologique, même en milieu urbain puisqu'ils contribuent à la conservation de la bio-diversité. Dans cette perspective, mon activité actuelle a beaucoup de sens pour moi. Evidemment, ce qui est plus ingrat, c'est de se heurter parfois au manque de cohérence et de continuité dans les politiques, dont nous dépendons pourtant.

Heureusement, il s'agit d'un secteur en grande évolution. Le goût pour les jardins et pour les parcs était beaucoup plus développé en Europe du Nord qu'en Belgique jusqu'à ces dernières années, mais c'est en train de changer. Nos concitoyens sont de plus en plus sensibilisés à la nature dans les villes et c'est tant mieux !

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.