Benoît Marot,
Propriétaire d'un gîte rural

Interview réalisée en janvier 2009

Sur les hauteurs de Namur, la ferme de Reumont située à Malonne abrite en ses murs un gîte et 4 chambres d’hôtes. Au total, près de 12 personnes peuvent occuper les lieux animés par Catou et Benoit Marot… ainsi que leurs enfants, toujours prêts à donner un coup de main !

Pourriez-vous nous décrire les lieux ?

Nous sommes ici dans une ferme carrée du 16e siècle entourée d’une vingtaine d’hectares réservés à la culture des céréales et des betteraves sucrières. Mes beaux-parents en étaient les propriétaires. Ceux-ci n’étant pas issus du monde agricole, ils l’occupaient comme maison d’habitation et confiaient l’exploitation des terres à un fermier.

Comment vous êtes-vous lancés dans l’aventure ?

En 1994, mon épouse et moi avons aménagé l’ancienne forge de la ferme en un gîte puis, après nous être installés dans la ferme, suite au déménagement de mes beaux-parents, nous avons décidé de rentabiliser au mieux l’espace qui s’offrait à nous en proposant les chambres d’hôtes. Pour ma part, j’ai quitté mon emploi de salarié pour exploiter la ferme en reprenant les terres. Il faut savoir que je suis fils de fermier. Je me retrouvais donc dans mon élément. En plus des produits de la terre, nous avons mis sur pied un élevage de canards dont nous commercialisons les produits à la ferme. Mon épouse, elle, a pris en charge l’accueil, l’entretien des lieux, etc. Pour être honnête, et c’est souvent le cas semble-t-il, c’est la femme qui propose l’idée et anime les lieux. Les hommes, eux, sont généralement plus réticents. 

Pourquoi ?

Parce que l’air de rien, c’est une activité à temps plein, exigeante et qui peut présenter quelques inconvénients dont le manque d’intimité familiale. Après tout, les locataires des gîtes sont amenés à partager votre maison. Et encore, ici, ils peuvent jouir d’une pièce à vivre qui leur est propre mais le petit déjeuner par exemple se partage à notre table. Dans d’autres fermes, la promiscuité est encore plus grande. Il faut pouvoir l’assumer. Par ailleurs, nous devons être disponibles du matin au soir, tous les jours de la semaine et évidemment tous les week-ends ! Il faut être là pour l’accueil et la présentation des lieux, être prêt à répondre aux questions relatives à la région, aux bonnes adresses, aux endroits à visiter, aux promenades à faire, etc. Il faut également entretenir les lieux, assurer le nettoyage des chambres, l’entretien du linge, la préparation des repas si une réservation pour la table d’hôtes a été effectuée… sans compter toute la charge administrative, le suivi des réservations notamment par mails, etc. 

Avez-vous pu bénéficier d’aides financières pour monter le projet ?

Oui et heureusement ! La Région Wallonne est intervenue en nous octroyant une prime et autres aides qui ont représenté au total plus ou moins 30% des frais engagés. Evidemment, pour obtenir ce soutien, il faut se soumettre aux directives et respecter les normes édictées par les autorités. Par ailleurs, nous avons obtenu une reconnaissance des autorités via les épis qui nous ont été attribués : les épis correspondent à un certain niveau de confort. Leur octroi donne lieu à des contrôles réguliers. Avec ce système, nous avons la chance d’être répertoriés dans des guides officiels largement consultés par le grand public. Les épis sont, en quelque sorte, une charte de qualité, une garantie de service pour les touristes.

Le tourisme rural est-il soutenu par les autorités ?

Oui et de plus en plus. Quand nous avons démarré, nous étions quasi les seuls dans la région de Namur et nous passions pour des originaux. Depuis quelques années, le tourisme sous toutes ses formes a été largement mis en évidence dans le namurois. Notre gîte est mentionné dans la plupart des publications de la Maison du Tourisme. Je pense que nous nous inscrivons dans un mouvement qui ne cessera de conquérir de plus en plus de touristes qui recherchent la tranquillité mais aussi la chaleur d’un accueil plus personnalisé.

Quel type de touriste accueillez-vous ?

Pour le gîte et surtout durant la période des congés scolaires, ce sont des familles. Le reste de l’année, le week-end, les chambres d’hôtes sont le plus souvent occupées par des couples. Dans ce cas, ils viennent d’abord se reposer et visiter la région proche. Mais nous avons également des touristes qui louent les chambres une semaine en ayant choisi Malonne comme lieu d’ancrage. Autre exemple qui pourrait en étonner certains, nous avons pas mal de touristes d’affaires qui passent par ici ! Et en ce moment, depuis près d’un mois, nos chambres d’hôtes sont occupées par des ouvriers italiens travaillant sur des chantiers de la région. En ce qui concerne la provenance, beaucoup de nos clients viennent des Pays Bas, d’Allemagne, de France, de Grande-Bretagne et depuis peu, de l’Europe de l’est mais nous avons également reçu des Norvégiens, des Suédois et des Espagnols.

Comment assurez-vous la publicité de votre gîte ?

Outre les guides édités par les autorités, il y a évidemment le bouche à oreille qui constitue le meilleur moyen de communication mais aussi notre site internet qui a littéralement boosté les réservations ces dernières années. Par ailleurs, nous sommes reconnus par l’asbl « Accueil Champêtre » spécialisée dans la promotion du tourisme rural dont mon épouse assure le secrétariat. Enfin, le fait d’être repris dans des guides comme le Guide du Routard est un plus incontestable.

Peut-on vivre de cette activité ?

Non. Il s’agit de la penser comme un extra. Il faut du temps pour monter le projet, être prêt à investir des sommes relativement importantes dans le cadre de l’aménagement et surtout des mises aux normes des lieux. Enfin, il faut encore du temps avant de connaître la rentabilité c’est-à-dire une occupation régulière. En résumé, c’est une occupation prenante mais passionnante car nous avons l’occasion de rencontrer des gens issus de toute l’Europe. En tous cas, je ne regrette en rien l’aventure !

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.