Bernard Feltz, Philosophe

Interview réalisée en janvier 2009

Biologiste de formation et docteur en Philosophie, Bernard Feltz est professeur de philosophie des sciences du vivant à l'UCL. Il poursuit parallèlement ses recherches sur des questions d'épistémologie des sciences de la vie (réductionnisme, émergence, auto-organisation, théories de l'évolution, darwinisme) et de philosophie de l'écologie
(développement durable, rapports homme-nature). Par ailleurs, il s'intéresse aux relations sciences-sociétés et aux dimensions éthiques de la pratique scientifique. Monsieur Feltz est l'actuel président de l'Institut Supérieur de Philosophie à l'UCL.

Pouvez-vous nous présenter le bachelier en Philosophie ?

Ce bachelier en Sciences philosophiques donne les connaissances de base en philosophie et initie aux instruments et méthodes de celle-ci. Le programme va du plus général au plus particulier. La 1ère année est consacrée à une formation générale en sciences humaines qui dessine le cadre dans lequel s'expriment les théories philosophiques, ainsi qu'à l'introduction à l'histoire de la philosophie et aux principales matières philosophiques. La 2e année poursuit l'apprentissage des matières fondamentales et entame la revue historique des grandes doctrines fondatrices. La 3e année, tout en poursuivant les cours d'histoire de la philosophie, est plus spécifiquement consacrée à la lecture et au commentaire d'auteurs philosophiques. Elle comprend également la rédaction d'un premier travail personnel sous la forme d'un travail de fin de premier cycle.

La dimension historique du programme de bachelier est importante : c'est par la lecture et le commentaire des auteurs anciens et modernes que l'étudiant intégrera les concepts philosophiques fondamentaux, nécessaires à l'articulation d'une pensée philosophique contemporaine. Le futur bachelier va aussi s'attacher à développer les outils du philosophe.

En effet, pour devenir philosophe, la connaissance des textes historiques ne suffit pas. La formation comporte donc une dimension pratique importante : on apprend à utiliser, de façon personnelle et créative, les instruments fournis pour analyser les textes, formuler les hypothèses…

Quelles finalités peut-on suivre dans le master ?

A l'UCL, il y a quatre finalités approfondies :
- la filière "Orientations fondamentales" offre une formation générale à la recherche en philosophie. On y apprend à faire de la recherche à travers plusieurs grands domaines de la philosophie (histoire, métaphysique, anthropologie, philosophie pratique…)

- la filière "Philosophie des sciences" offre une formation spécifique à la recherche dans ce domaine dans le cadre d'un programme interuniversitaire associant l'UCL à l'ULB et l'ULg

- la filière "Esthétique et philosophie de l'art" forme spécifiquement à la recherche dans ce domaine précis. Les cours et séminaires constituent un programme interuniversitaire associant les trois universités

- la filière "Sciences, technologies et sociétés" propose une formation spécifique dans le cadre d'un programme interuniversitaire européen. L'étudiant peut passer un quadrimestre dans une des universités partenaires ou suivre entièrement son cursus à l'UCL.

Remarque : l'ULg et l'ULB proposent d'autres filières.

Quelle est l'importance des langues dans la formation ?

L'apprentissage de deux langues modernes figure au programme du bachelier : anglais, allemand, néerlandais ou espagnol. A noter que, dès la 3e année, l'étudiant peut réaliser un programme d'échange à l'étranger ou suivre des cours donnés à la KU Leuven en anglais ou en néerlandais.

Quel est le profil des étudiants ?

Ce sont des étudiants avant tout attirés par la réflexion. La philosophie demande de la rigueur et une grande ouverture d'esprit. Il ne faut pas avoir suivi d'option spécifique dans les études secondaires avant de se lancer dans la philosophie même si, selon moi, l'étude d'une langue ancienne et des mathématiques (pour la structuration de l'esprit) est appréciable. Certains font tout leur cursus en philosophie mais d'autres, et c'est de plus en plus la tendance, choisissent de s'orienter dans un autre master après les trois premières années. Il est vrai que celles-ci sont très généralistes.

En quoi consiste le master en Ethique ?

Le master en Ethique forme à l'analyse des enjeux éthiques que soulèvent les processus de décision et les pratiques tant au niveau individuel qu'au niveau social et politique. Au cours de ce master, l'étudiant est confronté à des questions éthiques très concrètes qu'il cherchera à résoudre seul ou en équipe. Ce master fait largement appel à l'économie, aux sciences politiques ou biomédicales, au droit, à la psychologie…

Et quelles finalités retrouve-t-on dans ce master en Ethique ?

Orienté vers la pratique de l'éthique en milieu professionnel, le master à l'UCL en propose quatre :
- la filière "Ethique et politiques publiques" forme à l'analyse des enjeux éthiques soulevés par les politiques publiques et à la maîtrise de l'éthique économique et sociale et de la philosophie politique, à la connaissance des mécanismes des politiques publiques et à la capacité de mettre en oeuvre une réflexion éthique au sein des politiques publiques

- la filière "Ethique dans les sciences et les techniques" forme à l'analyse des enjeux éthiques et sociétaux des développements scientifiques et des innovations technologiques. L'étudiant aura recours aux concepts de base de la philosophie et de la sociologie des sciences et des analyses éthiques pour une mise en perspective critique de l'impact des sciences et des techniques sur l'évolution des sociétés

- la filière "Ethique, normes et sociétés" propose un regard croisé sur la société et les normes qui la régissent et appelle à des disciplines comme le droit, l'anthropologie, la sociologie et la psychologie sociale. Elle forme à l'analyse des enjeux éthiques dans des matières comme l'élaboration de règles de discrimination positive, des droits fondamentaux, des droits de l'homme…

- la filière "Ethique biomédicale et clinique" forme à l'analyse des enjeux éthiques et sociétaux des nouvelles biotechnologies et des pratiques médicales contemporaines. En plus de la formation théorique, une recherche personnelle est réalisée lors d'un stage pratique d'observation.

Remarque : l'ULB propose d'autres finalités.

Ce master attire-t-il beaucoup d'étudiants ?

Ce master en éthique est récent et n'est pas encore fort demandé. Il est fort proche du master en philosophie, l'éthique étant elle-même une branche de la philosophie. D'ailleurs, beaucoup d'étudiants du master en philo font ensuite leur thèse en éthique.

La question des débouchés après la philosophie et/ou l'éthique se pose très souvent.

J'ai tendance à dire que la philosophie donne accès un large panel de professions. Notre société a sans cesse besoin de gens qui possèdent cette largeur d'esprit et cette rigueur propre aux philosophes. Beaucoup de nos anciens étudiants se retrouvent dans le monde de la diplomatie, de la politique, dans le journalisme, le secteur culturel, l'édition ou encore l'enseignement. Parfois, la formation n'est pas une fin en soi. Pour accéder à certaines professions, il faut passer des concours, c'est le cas par exemple lorsque l'on envisage une carrière dans la diplomatie. Sa spécialité, on l'acquiert le plus souvent lors du travail de fin d'études ou du doctorat. Personnellement, je pense que les études en philosophie poussent l'étudiant à aller chercher lui-même son emploi. Lorsque je rencontre d'anciens étudiants, je constate qu'ils sont nombreux à travailler dans un secteur qui les intéresse dans un endroit qui leur plaît.

Comment choisir son université ?

Il ne faut pas se fier aux images, du style "l'UCL est trop catholique" et "l'ULB est laïque". Il faut bien se renseigner sur les programmes et les finalités qui peuvent être différents d'une université à l'autre. Il faut aussi, à mon sens, se renseigner sur son "internationalisation".
 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.