Brigitte Verstuyft,
Responsable de production

Interview réalisée en janvier 2007

En quoi consiste votre activité au quotidien ?

Je gère une équipe polyvalente de production dans laquelle on retrouve : les stylistes, les techniciens, les agents commerciaux… et je fais en sorte que la communication se passe bien entre eux. A côté de la gestion du personnel, je supervise le travail des agents commerciaux : la gestion de leur book, du show room, des commandes, l’achat de tissus de matières premières, le stock des accessoires,…

C’est une grosse fonction qui implique la gestion quotidienne des problèmes et des imprévus. Je dois pouvoir « toucher à tout », c’est-à-dire avoir des savoir-faire dans tous les domaines de production : la création, l’achat de matières premières, la gestion, la prospection, les finances, …  

Généralement, le premier emploi est rarement en tant que responsable de production, cela demande pas mal d’expérience dans le domaine et une certaine vue d’ensemble de la production.

Quelles sont les qualités personnelles nécessaires pour exercer votre profession ?

Prioritairement, je dirais qu’il est nécessaire d’être structuré et très organisé, parler anglais et maîtriser le langage technique du domaine. Il est important d’avoir un minimum de connaissances dans la mode afin de comprendre de quoi on parle et de pouvoir transmettre les exigences de production.

Je pense qu’avoir quelques notions de dessin et de stylisme pour comprendre ce qu’est un patron et pouvoir l’utiliser est un plus. Cela ne signifie pas pour autant qu’il faut faire une école de dessin. Par rapport à son équipe, il faut être capable de la gérer, cela demande de l’écoute, de la compréhension, de la communication… Il est très important d’avoir des qualités humaines.

Quels sont les avantages et inconvénients de votre métier ?

Les avantages sont nombreux : les voyages, la polyvalence des tâches, le caractère non routinier des tâches, le contact avec les clients et son équipe, … Le fait d’avoir beaucoup de responsabilités est un avantage également : j’apprécie organiser, planifier et diriger une équipe et toutes les tâches attenantes.

Le principal inconvénient est qu’il n’y a pas d’horaires ! Liée à cela, j’ajouterai que la masse de travail est énorme. Il est important d’avoir une grande disponibilité dans son travail, tant dans les horaires que vis-à-vis de son équipe.

Quel est l’horaire de travail ?

Il n’y pas d’horaires ! On doit être disponible le plus souvent possible afin de répondre aux besoins de son équipe mais également aux besoins de la chaîne de production. La flexibilité fait qu’on ne peut pas avoir un horaire fixe.  Et puis, cette fonction exige d’aller à l’étranger afin de négocier des nouveaux contrats. La fabrication a quasi disparu de notre paysage, il faut aller jusqu’en Inde ou en Chine pour cela. C’est un poste lourd mais passionnant ! 

Quelles études avez-vous faites pour accéder à votre profession ?

Ma formation de base n’a rien à voir avec le textile. Je suis diplômée en éducation physique. Toute ma famille travaillait dans le milieu de la fabrication. J’ai appris le métier chez ma tante qui était premier importateur d’Asie. J’ai touché un peu à toutes les fonctions pour me faire la main et pour apprendre le métier. J’ai appris sur le tas, je n’ai pas de formation spécifique. Ce n’est pas à conseiller aujourd’hui parce que c’est devenu tellement spécifique que, sans formation, il difficile de trouver du travail dans le domaine de la mode.

Quel a été votre parcours professionnel ? 

Au départ, j’ai travaillé chez Paul Van Damme en tant que bras droit de la direction. Ils ont voulu m’apprendre tout, depuis le départ jusqu’à l’arrivée : j’ai été magasinière, à la vente, à la création, j’ai vraiment touché à toutes les fonctions parce qu’ils voulaient me montrer exactement ce que c’était le boulot d’importateur et quelles étaient les qualités à avoir pour être un bon importateur ! J’ai ensuite travaillé chez un autre grossiste où j’ai beaucoup plus approfondi le côté créatif. Il m’avait engagée pour lui apporter des idées et m’occuper du stylisme et de la production.

Après ces expériences dans l’importation, j’ai eu une place chez Rivoli où j’occupais le poste d’agent commercial. C’était ma fonction de base, mais j’y ai associé le côté créatif du stylisme. J’ai appris comment monter une grosse collection : la structure, le stylisme, l’ossature, mettre les tissus sur le modèle,… C’est ma plus belle expérience !

Je me suis ensuite lancée et j’ai créé ma propre collection pour enfants. Je me suis débrouillée toute seule pour faire du stylisme et de la production. J’ai délocalisé la production au Portugal car, en Belgique, tout devenait trop cher. J’ai été ensuite rachetée par une autre société. J’ai continué à occuper la même fonction : créer la collection avec les stylistes, m’occuper de la production.

J’ai travaillé ensuite dans la vente au détail. J’ai créé une marque pour enfants avec une associée. Le plus compliqué était de gérer le stock. Il ne faut pas se tromper ! Je me suis rendue compte que la vente au détail n’avait rien à voir avec tout ce que j’avais appris avant. J’ai revendu en raison de problèmes financiers et je suis revenue à ma principale activité, que j’exerce encore aujourd’hui : la production pure !

Que diriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans cette voie ? 

Qu’il est très important de se connaître d’abord, de savoir quelles sont ses sensibilités, et de connaître ses points forts. Il y a une palette tellement large de choses à faire dans ce domaine que selon ta sensibilité, tes connaissances et tes capacités, il y a moyen de trouver ce qui te correspond le mieux. Si tu as des doigts d’or, tu iras vers le métier de couturière, si tu es un « génie » et que tu es très créatif, tu te dirigeras vers la création. Aller dans son talent. Il faut également une formation dans ce domaine, se spécifier !

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.