Coralie Schaukens,
Infirmière pour Médecins sans frontière

Interview réalisée en février 2019

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur les missions poursuivies par Médecins Sans Frontières ?

Médecins Sans Frontières (MSF) est une ONG internationale née en 1971 suite à l’indignation de médecins et de journalistes lors de la guerre du Biafra où ils assistent à la mort de milliers de personnes par manque de nourriture. Aujourd’hui, MSF travaille dans environ 60 pays sur plusieurs centaines de projets. Concrètement, MSF soigne les victimes de la guerre, des catastrophes et des épidémies. En plus des soins, MSF a la particularité de rapporter les réalités constatées sur le terrain pour arriver à faire changer les choses. Ce volet s’appelle le témoignage. Dans ses actions, MSF veille à rester indépendant, neutre, impartial et apolitique. MSF va simplement là où le besoin est le plus grand en restant financièrement autonome grâce aux donations de particuliers.

Quel est votre parcours scolaire et professionnel ?

Après quelques hésitations, j’ai commencé des études d’infirmière. À la fin de ce cursus, je me suis spécialisée en un an pour travailler aux soins intensifs et aux urgences. J’ai adoré mes études !  Directement après, j’ai commencé à travailler aux urgences mais à mi-temps car je voulais faire un master en santé publique comme bonus, pour m’ouvrir d’autres portes au cas où le travail à l’hôpital deviendrait trop lourd. Une fois mon master en poche, mon travail de fin d’études m’a permis d’être engagée pour coacher les dispatchers du 112. C’était une expérience hyper formatrice. Pendant 10 ans, j’ai travaillé dans différents services d’urgences et j’ai aussi suivi une formation en médecine tropicale qui complète la formation de base et prépare à l’humanitaire.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’exercer en tant qu’infirmière dans l’humanitaire ?

Après dix années aux urgences, je voulais élargir mon horizon. Travailler dans l’humanitaire, c’était découvrir le monde et mieux le comprendre. On se retrouve au milieu de situations de crise qu’on ne connaît qu’à travers les médias. Faire de l’humanitaire, c’était continuer d’apprendre à un moment où moi-même j’avais accumulé assez d’expérience. Il était temps de commencer à la partager.

Pouvez-vous donner quelques exemples de missions auxquelles vous avez participé, de pays dans lesquels vous êtes allée ?

En trois ans, j’ai été dans quatre pays. J’ai commencé avec un hôpital réservé aux victimes de violences au Burundi. Ensuite, j’ai travaillé auprès des patients HIV[1] en République Centre Africaine. Après, je suis partie en urgence en Guinée pour vacciner les enfants et ainsi tenter d’endiguer une épidémie de rougeole qui touchait la capitale. Plus récemment, je suis rentrée du Congo où nous avons aussi un projet d’accès aux soins pour les personnes HIV positives. Dernièrement, j’ai travaillé exclusivement en Afrique mais l’action de MSF est bien plus étendue (Irak, Afghanistan, Haïti, etc.).

Généralement, quels sont les objectifs de ces missions ? Quelles sont les pathologies que vous pouvez rencontrer ?

On peut résumer en disant que nous avons trois axes :

  • les victimes de conflits : ce sont souvent des personnes qui fuient la guerre. Dans ces conditions, les femmes sont souvent victimes de violences sexuelles. Mais il y a aussi toutes les problématiques liées à la vie dans les camps de réfugiés.
  • les épidémies : paludisme, rougeole, Ébola, choléra, VIH[2], tuberculose, etc.
  • les catastrophes naturelles : tremblements de terre, typhons, etc. Dans ces cas-là, les pathologies sont celles de routine (les accouchements, par exemple) ainsi que les pathologies liées à la catastrophe (chirurgie, par exemple). À cela s’ajoutent les problèmes d’accès à l’eau, la gestion des corps, etc.

Quelles sont les principales difficultés rencontrées sur place ?

Au-delà des difficultés liées à la situation rencontrée et aux histoires des patients, il ne faut pas sous-estimer l’éloignement de ses proches.

Nouvelle culture, nouvelle alimentation, manque de chocolat. Ce qui est facile pour l’un est difficile pour l’autre. On ne trébuche pas tous sur les mêmes difficultés.

Généralement, combien de temps durent ces missions ?

La durée est variable en fonction de l’intensité du travail sur place. Cela peut aller de quelques semaines (Ebola, par exemple) à une année entière. Je dois avouer que même si c’est dur pour les proches, partir neuf mois est une bonne manière de comprendre tous les enjeux, de tisser des relations et donc d’être efficace. En plus sur le terrain, le temps peut passer très vite.

Dans votre métier, vous êtes parfois confrontée à des situations particulièrement difficiles (au niveau humain, des conditions de vie, dans des zones de conflits armés, l’éloignement familial). Comment faites-vous pour gérer ces situations sur place ? Comment se passe le retour en Belgique ?

Avant le premier départ, on suit une semaine de formation avec d’autres futurs MSF. Tout au long de cette semaine, ces questions sont abordées et on essaye de se préparer au mieux. Il y a aussi la sélection au moment du recrutement. MSF cherche des personnes bien dans leur tête car, pour aider les autres, il faut être bien soi-même. Dans le cas où une situation devient trop difficile à porter pendant ou après la mission, il y a une super unité au sein de l’organisation qui peut intervenir à tout moment pour nous appuyer de façon anonyme. Pour moi, les retours c’est du 50/50. Heureuse de rentrer mais à la fois triste de quitter l’aventure.

D’après vous, quelles sont les qualités requises pour exercer en tant qu’infirmier dans l’humanitaire ?

Humilité et esprit d’équipe. Je suis convaincue que c’est la somme des talents qui fait des miracles. Et une équipe, ce n’est pas seulement les autres expatriés, c’est aussi et surtout les gens du pays. Après, il faut un minimum de débrouillardise, être curieux, être prêt à découvrir l’autre et aussi à sacrifier un peu de son confort…

Quels sont les autres professionnels qui travaillent pour MSF ?

MSF est une ONG médicale. Il y a donc des infirmiers, des médecins, des psychologues. Par contre, il y a aussi une proportion importante de non médicaux. Ce sont les logisticiens, les chargés des ressources humaines, les financiers, les personnes en charge du transport et de l’approvisionnement, les architectes et les anthropologues. C’est une grande équipe de talents variés et complémentaires. Je crois savoir toutefois que les chirurgiens ne sont pas faciles à trouver.

Quels sont les conseils que vous donneriez à une personne qui a envie de se lancer dans le milieu ?

Je dirais qu’il est intéressant d’accumuler un petit peu d’expérience professionnelle avant de se lancer, même si on a envie de foncer. Voyager un petit peu avant de se lancer ou faire de l’humanitaire dans son propre pays, ça prépare à encaisser les différences. On soigne rarement directement, on coordonne des équipes, on organise… Bref, on a très vite beaucoup de responsabilités.


[1] Aussi appelé VIH, le virus de l'immunodéficience humaine est un rétrovirus responsable du sida et qui affaiblit l’ensemble du système immunitaire humain.

[2] Le virus de l'immunodéficience humaine est un rétrovirus responsable du sida et qui affaiblit l’ensemble du système immunitaire humain

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.