David Docquier,
Doctorant en glaciologie

Interview réalisée en mai 2010

David Docquier, doctorant au Laboratoire de Glaciologie de l’ULB depuis 1 an.

En quoi consiste votre activité au quotidien ?

La glaciologie est l’étude de la glace. Il s’agit d’un domaine spécifique de la géographie qui englobe tout ce se passe sur les glaciers et sur les calottes glaciaires. On parle de calotte glaciaire lorsque la superficie et la masse de la glace sont très importantes, comme au Groenland et en Antarctique. Alors qu’un glacier est une formation glaciaire moins étendue, comme dans les Alpes ou sur l’Himalaya.

Le laboratoire de Glaciologie de l’ULB est divisé en deux domaines d’activité : l’expérimentation et la modélisation. Nous étudions plus particulièrement l’Antarctique mais d’autres se centrent sur des glaciers en Alaska ou en Bolivie.

Nous sommes cinq à travailler en modélisation. Nous avons chacun un sujet de recherche spécifique mais nous collaborons sur des aspects techniques par exemple. Nous avons aussi beaucoup de contacts avec le laboratoire de Glaciologie de Grenoble.

Je fais une thèse sur la modélisation des lignes d’ancrage en Antarctique. Les calottes glaciaires marines sont composées d’une partie qui repose sur la roche et d’une partie flottante, l’ice shelf. La ligne d’ancrage se situe entre les deux. 

Concrètement, je pars de modèles mathématiques développés par mon promoteur pour rendre compte des processus physiques et climatiques impliqués dans la dynamique glaciaire. Dans le contexte actuel de réchauffement climatique, les glaciers et les calottes s’amincissent et se retirent. Je tente d’améliorer ces modélisations pour calculer la vitesse à laquelle ces glaciers fondent. Mon étude est globale, elle porte sur l’ensemble de l’Antarctique, pas sur une région précise. 

Je passe la majorité de mon temps devant un ordinateur face à des équations. J’utilise des logiciels  mathématiques et de visualisation d’images satellites.

En dehors de mes activités de recherche, j’encadre le travail d’un étudiant en troisième bachelier qui a été présenté au Printemps des sciences. Je suis également lecteur d’un mémoire et, quand d’autres mémorants ont des questions, ils viennent me trouver.

Quelles sont les qualités nécessaires pour exercer votre profession ?

Il faut avoir des connaissances en géographie, en physique, en mathématiques et en informatique, savoir manier un ordinateur et utiliser des programmes spécifiques. Pour faire de la recherche, il est important de savoir de travailler en équipe mais aussi tout seul. Jongler avec l’autonomie et avec la collectivité, c’est important. Je pense que la rigueur et la patience sont des qualités nécessaires : on n’a pas les bonnes idées au bon moment tout le temps. Et puis, pour faire de la recherche, autant être curieux. Pour que ça avance, il faut toujours avoir envie d’en savoir plus !

Quels sont les avantages et les inconvénients de votre métier ?

Pour moi, le grand privilège est de tout savoir dans notre domaine avant tout le monde. Nous sommes à la pointe de la science puisque nos thèmes de recherche sont spécifiques. Nous avons une longueur d’avance sur d’autres disciplines qui travaillent en lien avec le sujet. Je satisfais ma curiosité intellectuelle, c’est un grand avantage à mes yeux.

L’inconvénient, c’est le temps ! Il faut parfois beaucoup de temps pour faire peu de choses. On se dit ensuite qu’on aurait pu le faire bien plus rapidement. Quand j’ai commencé ma thèse, j’ai effectué une série d’expériences, ce qui m’a pris beaucoup de temps. Très récemment, j’ai réalisé qu’il y avait une erreur dans ma démarche. J’ai donc tout recommencé, ce qui ne m’a pris qu’une seule journée, parce que je savais exactement comment faire. 

Quel est l’horaire de travail ?

Mes horaires sont variables, de 8h30 à 18h mais tout dépend de ce que je dois faire : préparer une conférence ou encadrer la recherche d’un étudiant. Et puis, tout dépend de mon humeur. J’ai une certaine liberté, ce qui vaut mieux parce que dans ce domaine, on travaille mieux quand on est en forme.

Quelles études avez-vous faites pour accéder à votre profession ?

J’ai fait trois ans de bachelier en sciences géographiques à l’Université de Liège puis deux ans de master en climatologie. La climatologie sert d’entrée en glaciologie. En effet, la modélisation permet de calculer l’épaisseur de la glace et la vitesse de fonte à partir de facteurs comme la température et les précipitations qui sont du ressort de la climatologie. 

Quel a été votre parcours professionnel ?

J’ai fait un stage au Meteo Wing de Beauvechain, l’appui météorologique de la Défense belge. J’assistais à des cours et je faisais des exercices à partir de cartes atmosphériques et de sondages. J’ai aussi fait un intérim comme professeur dans une école secondaire. J’ai bien aimé enseigner mais je ne m’imagine pas dans cette fonction tout de suite. J’y reviendrai sûrement plus tard.

Pourquoi avez-vous choisi ce métier ?

J’ai toujours été intéressé par la climatologie et l’étude de l’atmosphère en général. Mon mémoire était à cheval entre la glaciologie et la climatologie. J’avais beaucoup lu sur le sujet, Quand j’ai vu qu’une place se libérait à Bruxelles en glaciologie, je me suis précipité.

Tant que j’ai des idées plein la tête, j’ai envie de me consacrer à la recherche. J’ai toujours été curieux de tout. Un doctorat, c’est un sujet assez spécifique mais il faut rester à l’écoute des autres domaines de la glaciologie. Tout dépend de l’actualité. Par exemple, l’éruption récente du volcan islandais Eyjafjöll a certainement poussé certains volcanologues pris par d’autres recherches à s’intéresser à ce sujet.

Que diriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans cette voie ?

Je lui dirais qu’il faut aimer ce qu’on fait, mais surtout avoir envie de contribuer à la recherche. On peut apprendre à aimer le sujet sur lequel on travaille juste parce qu’on veut apporter quelque chose. Et puis, l’argent n’est pas le but d’un tel travail.

Avez-vous une anecdote à raconter ?

En glaciologie, nous organisons des séminaires de groupe. Je devais effectuer ma première présentation orale dans ce contexte. C’est toujours un peu stressant et j’étais moi-même très stressé. J’ai eu l’impression que cela ne s’était pas bien passé. Mes collègues, eux, m’ont dit que c’était plutôt bien. La première fois, c’est toujours difficile. Il faut se lancer !

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.