Didier Viviers, Fondateur du CReA

Interview réalisée en janvier 2009

Didier Viviers est le doyen de la Faculté de Philosophie et lettres de l'ULB et le fondateur du Centre de Recherches Archéologiques (CReA). Il évoque le programme de son université, considérablement modifié en 2010, en Histoire de l'art et Archéologie.

Monsieur Viviers, pouvez-nous nous présenter le bachelier en Histoire de l'art et Archéologie, orientation générale, tel que présenté dans votre université ?

Le programme, que nous venons de restructurer pour le rendre plus compréhensible pour les étudiants, se décline en quatre modules d'option qui couvrent toutes les époques et une bonne partie du monde : "Antiquité", "Moyen-Age-Renaissance-Temps Modernes", "Art contemporain", "Archéologie et Arts du monde". Toutes les périodes et aires géographiques sont abordées. On dresse un panorama général des arts et des civilisations de la préhistoire jusqu'au 20e siècle. Le choix de l'option se fait dès la 2e année. Les étudiants peuvent approfondir la période de leur choix en optant pour un des quatre modules d'option ou en choisissant une mineure : philosophie, musicologie, histoire, criminologie, sciences des religions, langues et littératures anciennes, langue et littérature françaises, information et communication ou encore une des 11 langues étrangères que nous proposons. Les étudiants ont ainsi la possibilité de se réorienter en cours de formation.

Les enseignements offrent une connaissance approfondie des principaux courants artistiques et des multiples facettes de la culture matérielle de l'humanité. Les étudiants du bachelier vont être familiarisés aux méthodes d'analyse des oeuvres d'art, aux techniques de mise en valeur du patrimoine matériel ou à la pratique de l'archéologie. Les angles d'approche sont variés et complémentaires : analyse technologique, synthèse historique, lecture esthétique, apport des sciences sociales et naturelles.

Quelles sont les spécificités du master ?

La formation est axée sur l'expérience pratique (visites, stages en musée, chantiers de fouilles, conservation et restauration des oeuvres…), sur le contact direct avec les objets, les images ou les édifices. Elle couvre toutes les périodes et aires géographiques (Préhistoire/ Protohistoire, Antiquité, Moyen-Age-Renaissance-Temps Modernes, Art contemporain, Amérique et Asie anciennes, Afrique). Le programme est valorisé par la variété des chantiers archéologiques auxquels les étudiants sont directement associés. Le master comporte quatre finalités. Ces finalités professionnalisantes sont :
  • la finalité didactique prépare à l'enseignement artistique et général
  • la finalité "Pratique de l'archéologie" prépare à la pratique professionnelle par le biais de stages en musées, en galeries et sur des chantiers de fouille 
  • la finalité "Arts visuels et analyse de l'image" approfondit la formation des étudiants à la lecture des images et à la prise en compte du contexte historique de leur mise en oeuvre 
  • la finalité Musées et conservation du patrimoine mobilier forme les étudiants aux questions théoriques, éthiques et pratiques liées à la conservation du patrimoine mobilier et à sa gestion au sein des musées.

A qui s'adressent ces études en Histoire de l'art et Archéologie ?

Aux étudiants curieux, créatifs, sensibles aux multiples formes d'expression artistique, ouverts au monde et soucieux de bénéficier d'expériences pratiques.

Quels sont les principaux débouchés ?

Les domaines directement liés à l'art et l'archéologie mais aussi les musées, les services de restauration et conservation du patrimoine, les galeries et salles de ventes, les chantiers de fouille, les départements culturels de banques ou de ministères, l'enseignement secondaire ou supérieur…

Quelle est l'importance des langues dans la formation ?

Elles ont été considérablement renforcées. En 1ère, 2e et 3e année du bachelier de transition, les étudiants suivent obligatoirement 5 crédits en anglais. De plus, en 2e et en 3e, ils doivent choisir une 2e langue parmi, entre autres, le néerlandais, l'allemand, l'italien, l'espagnol, le grec, l'arabe ou le russe. Ils peuvent aussi choisir une mineure spécifique : anglais, néerlandais, allemand, espagnol, italien, arabe, russe, polonais, tchèque. Le choix est totalement libre mais les étudiants opteront vraisemblablement pour la langue qui correspond le mieux à leurs aspirations. Par exemple, s'ils sont tout particulièrement intéressés par l'archéologie précolombienne, l'espagnol paraît le plus adéquat. L'objectif est qu'ils maîtrisent parfaitement l'anglais et possèdent de très solides connaissances dans une 3e langue.

Et les stages ?

Nous encourageons fortement la mobilité des étudiants. Des échanges avec des universités étrangères sont organisés ainsi que des visites des principaux musées et villes d'art. Les volets pratiques sont privilégiés, tant en archéologie ou muséologie qu'en matière d'expertise et conservation-restauration des oeuvres. L'ULB organise des chantiers de fouilles archéologiques (Espagne, Italie, Grèce, Syrie, Egypte, Pérou) et des recherches ethnoarchéologiques (Niger). Ces nombreuses missions offrent aux étudiants autant d'occasions de stages. En outre, dès la 1ère année du bachelier, un cours intitulé "Introduction à la pratique de l'archéologie" figure au programme. Les étudiants peuvent donc déjà découvrir les différentes techniques propres à l'archéologie et approcher les fouilles. Il est aussi possible d'acquérir encore plus de pratique en s'adressant au Centre de Recherches Archéologiques (CReA).

Justement, quel est le rôle du CReA ?

Ce laboratoire regroupe des enseignants et chercheurs de l’ULB. Il a pour mission de gérer l’ensemble des programmes de recherche archéologique de l’ULB, d’organiser les stages pratiques des étudiants et de constituer un interlocuteur privilégié des pouvoirs publics en charge du patrimoine. Son ambition est de couvrir l’ensemble des chaînes opératoires de l’archéologie actuelle, dans ses évolutions les plus récentes, de la prévention aux interventions d’urgence, de l’enregistrement des données à l’exploitation historique, de la gestion de programme à l’expertise "Patrimoine" et à la valorisation touristique. Il s’est ainsi investi tant dans la mise au point de nouveaux processus de recherche, liés au terrain (enregistrement informatisé, relevés numériques…), que dans la mise en oeuvre historique ou sociologique des données archéologiques et des analyses techniques. Le CReA se distingue des Centres archéologiques des autres universités de par le fait qu'il regroupe tous les archéologues, peu importe leur spécificité. Au sein des Centres de l'UCL et de l'ULg, c'est plus sectorisé : un centre pour l'archéologie nationale, un autre pour la
préhistoire…

Comment choisir son université ?

En se renseignant sur différents facteurs comme :
  • les finalités : une université peut ainsi proposer une finalité ou un cours qui ne se retrouve dans aucune autre. Ainsi, par exemple, l'ULB vient d'ouvrir une finalité en Musées et conservation du patrimoine mobilier 
  • les collaborations qui lient l'université à certains musées (de Belgique ou de l'étranger) 
  • les forces d'encadrement, le personnel enseignant 
  • les chantiers archéologiques de l'université.

Y a-t-il des pré-requis en matière de langues modernes ou anciennes ?

Pas du tout car on repart de zéro. Lors de leur entrée en 1ère bachelier, les étudiants passent un test de langue afin de connaître leur niveau. En fonction de leur résultat, ils sont versés dans un groupe pour débutants ou de perfectionnement. Il est évident que l'on ne va pas demander à un étudiant qui aurait étudié le latin ou le néerlandais durant ses humanités de tout reprendre depuis le début.

Pouvez-vous aussi nous parler brièvement de l'orientation "Musicologie" du bachelier et master en Histoire de l'art et Archéologie ainsi que de ses débouchés ?

La formation est axée sur l'histoire de la musique occidentale, depuis le Moyen-Age jusqu'à aujourd'hui, qu'elle aborde dans un grand nombre de ses aspects (sociologie, esthétique, analyse, étude des sources imprimées et manuscrites, notation, évolution des genres et des formes, histoire des institutions telles que les sociétés de concerts, opéras, conservatoires). La musicologie occupe une part importante de la formation dès la 1ère année de bachelier tout en s'appuyant sur un nombre de cours communs à tous les étudiants de la filière d'Histoire de l'art et archéologie. Le programme spécifique prévoit des cours d'histoire de la musique, d'exercices, de méthodologie, d'histoire des instruments de musique, de théorie et d'analyse musicale, d'histoire du jazz. La formation spécifiquement musicale est assurée en 2e et en 3e année par le Conservatoire Royal de Bruxelles. Le musicologue pourra valoriser sa formation tant dans les multiples activités de la vie musicale (théâtres lyriques, sociétés de concerts, bureaux d'impresario, firmes de disques, édition musicale et générale, radio-TV) que dans les bibliothèques, archives et musées ou dans la recherche (y compris la conservation et la valorisation du patrimoine musical).
 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.