Docteur Vantyghem,
Vétérinaire d’animaux de rente

Interview réalisée en juin 2015  —  Interview 1208

Quel est votre parcours ?

Après mes secondaires, j’ai fait la formation en médecine vétérinaire pendant 6 ans à l’université. D’abord les candis (ndlr, actuellement bachelier de transition) à Namur, puis le reste de la formation avait lieu à Bruxelles, à Cureghem, à l’époque.

J’ai exercé le métier de vétérinaire d’animaux de rente durant 40 ans. Je suis à présent retraité.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous diriger vers ce métier?

Il y avait beaucoup d’exploitations agricoles dans ma région. Mon père était aussi agriculteur et je le voyais régulièrement faire des petites interventions (castrations, etc.) sur les bêtes. Je suppose que c’est ce qui m’a donné l’envie de poursuivre dans cette voie-là.

Pourquoi vous êtes-vous dirigé vers les animaux de rente en particulier ?

A l’époque, quand on sortait de la formation de vétérinaire, il s’agissait du débouché principal. On ne parlait pas encore, ou très peu, de vétérinaire pour animaux domestiques, de compagnie. Ça se développait surtout dans les grandes villes mais dans les campagnes, le vétérinaire était d’abord celui qui s’occupait des gros animaux.

Quels sont les animaux que vous soigniez le plus fréquemment ?

Je soignais surtout les bovins. Je m’occupais aussi des ovins, parfois de chèvres mais pas de chevaux. Ce sont des animaux qui ne m’ont jamais attirés. Aujourd’hui, il existe en plus de nombreuses spécialisations pour les chevaux.

Dans quels sont les cas interveniez-vous principalement?

Le vétérinaire d’animaux de rente est avant tout un urgentiste.Il faut savoir que de plus en plus d’agriculteurs interviennent eux-mêmes lorsqu’il y a un souci avec une bête.

Je dirais que dans 60 à 65% des cas, on nous appelle pour des césariennes. La fourniture de médicaments et les conseils pour le suivi thérapeutique représentent environ 20 à 25%. Les autres interventions consistent surtout en des diagnostics de maladies (diarrhées, infections pulmonaires, etc.), des conseils d’élevage, etc.

Nous nous occupons peu de l’alimentation, c’est un domaine qui a très vite été pris en main par les fabricants.

Pourriez-vous décrire une journée type ? Vos missions ?

J’effectuais les visites avant midi. L’après-midi était surtout consacrée aux actes de prophylaxie (prises de sang, vaccinations, etc.) qui demandent plus de temps. En été, lorsqu’il y a moins de travail, je pouvais me reposer. Puis, il y avait toujours des visites du soir. En effet, les agriculteurs étant occupés toute la journée, ils ne pouvaient parfois pas voir les problèmes dès le matin. Il y avait aussi les urgences. Il n’était pas rare de devoir aller faire une césarienne tard le soir, voire en pleine nuit. 

Quelles sont les principales différences entre votre métier et celui de vétérinaire pour animaux domestiques ?

L’aspect financier en est une. On passe du simple au double entre nous et les vétérinaires spécialistes chez les petits animaux. Sans compter que pour les animaux de rente, il existe aussi des prix différents selon les régions.

Les vétérinaires de petits animaux se déplacent très peu puisque leurs cliniques ou cabinets sont très bien équipés, avec tout le matériel nécessaire. Les vétérinaires d’animaux de rente, au contraire, voyagent tout le temps.

Selon vous, quelles sont les qualités à posséder pour exercer ce métier ?

Comme tout indépendant, il faut avoir une bonne santé ! Et aussi une bonne résistance physique ainsi qu’un bon rythme de sommeil pour pouvoir se lever en pleine nuit, puis se rendormir mais tout en restant maître de ses moyens lors des interventions. Il faut vraiment pouvoir allier le physique à la réflexion, dans toutes circonstances. Il m’est déjà arrivé de pratiquer des césariennes à moitié endormi mais de faire correctement mon boulot malgré tout. La disponibilité est donc aussi un élément essentiel.

Pour travailler dans le monde agricole, il faut aussi un bon moral. Il s’agit d’un milieu qui n’est pas toujours facile et qui rencontre beaucoup de difficultés, notamment financières. Avant, il y avait beaucoup de petites exploitations mais maintenant, elles doivent se regrouper pour survivre.

Comment votre métier a-t-il évolué au fil des années ?

J’y ai déjà fait allusion précédemment mais notre métier est de plus en plus axé sur la prévention. Les agriculteurs font beaucoup de choses eux-mêmes et donc, le vétérinaire joue davantage un rôle de référent.

En fin de carrière, j’avais aussi de plus en plus recours aux analyses (sang, matières fécales).

Aussi, du fait que les exploitations agricoles se regroupent, nous sommes face à une plus grande quantité de bêtes à soigner en une fois. La concentration animale que l’on rencontre engendre beaucoup plus de problèmes, évidemment.

Deviez-vous continuer à vous former ?

Oui, bien sûr. Pour l’Ordre, nous sommes obligés de suivre 60h de formations sur trois ans. Une partie d’entre elles sont notamment disponibles sur internet.

Nous suivons aussi les présentations de produits des firmes pharmaceutiques.

Est-ce un métier d’avenir selon vous ?

Pour les vétérinaires de petits animaux, même s’ils sont nombreux, il est malgré tout possible de trouver du travail.

Pour les vétérinaires d’animaux de rente, c’est différent. Nous sommes confrontés à de nombreux facteurs qui font que notre métier devient de moins en moins répandu. Un bon exemple est la situation des quotas laitiers imposés par l’Europe. De nombreux exploitants arrêtent car ils ne veulent pas affronter l’économie de marché qui s’annonce. Il y a également le fait que certains jeunes reprennent parfois l’exploitation familiale mais en tant qu’activité secondaire, en faisant l’impasse sur le bétail.

Certains vétérinaires se dirigent alors vers l’AFSCA, l’insémination ou soignent petits et grands animaux. Il y a également la possibilité de s’associer avec plusieurs vétérinaires pour avoir une vie professionnelle plus équilibrée, mais avec d’autres contraintes comme cette "liberté  de l'indépendant " qui se retrouvera un peu bridée.

Y a-t-il beaucoup de femmes dans votre branche ?

Non, pas vraiment. Pour la région de Tournai – Ath, on n’en compte qu’une seule. C’est un métier physiquement exigeant.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui voudrait devenir vétérinaire d’animaux de rente?

Trouver un vétérinaire et voyager avec lui, voir en quoi consiste le métier. C’est loin d’être un métier évident en termes d’horaires, d’équilibre entre vie privée et vie professionnelle, mais c’est un très beau métier. 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.