Dominique de Villegas,
Commissaire - priseur

Interview réalisée en octobre 2011

Quel est votre parcours?

Je suis diplômé d’une école située aux Etats-Unis. J’ai fait un Bachelor of Art, avec une spécialité en markéting. Je suis rentré en Belgique et j’ai tout de suite commencé à travailler dans l’Hôtel de Ventes Horta, en 1982. Je l’ai racheté en 2004.

 

Qu'est-ce qui vous a attiré vers le métier de commissaire-priseur?

La passion des objets, du beau.

 

Quelles sont les connaissances à posséder?

Selon moi, il faut posséder des connaissances artistiques et en histoire de l’art, mais elles s’acquièrent essentiellement sur le terrain. Il y a tellement de variétés d’objets dans ce métier, qu’il est impossible d’être diplômé dans tous les domaines. C’est véritablement sur le terrain que l’on apprend à distinguer le beau du pas beau, le vrai du faux.

 

Il y a donc aussi un travail d'expertise?

Oui, impérativement. Même si on parle plutôt d’évaluation. Il est évident que, pour présenter une œuvre en vente, il faut qu’elle soit authentique. Nous utilisons donc des mécanismes pour nous en assurer.

 

Concrètement, en quoi consiste le métier de commissaire-priseur?

La signification de ce métier se trouve dans son appellation.

Le commissaire est celui qui organise les ventes, qui choisit les thèmes et les pièces à présenter, et  « priseur » signifie qu’il va mettre le prix sur les objets mis en vente. Il est pour cela entouré de plusieurs personnes en fonction de leur spécialité, dans un domaine en particulier. Pour ma part, je travaille avec un joailler, un expert en tapis, des connaisseurs en vin, etc. Nous nous répartissons la tâche, mais c’est moi qui centralise le tout. Afin d’évaluer l’objet, le commissaire-priseur consulte également des catalogues, il se rend dans les musées et son expérience joue aussi beaucoup. Le commissaire-priseur est également responsable de la salle.

Je me rends aussi chez des particuliers. Mon rôle consiste alors en une évaluation des biens qu’ils souhaitent vendre. Je peux leur dire ce qui a de la valeur et ce qui n’en a pas, et je leur explique pourquoi. Suite à ma visite, je rédige un rapport avec mes avis.

J’exerce donc le métier complet de commissaire-priseur, mais il existe des crieurs qui ne font que crier la vente. Ils ne savent pas forcément ce qu’ils vendent et ne s’intéressent pas nécessairement à la marchandise.

Quels types d'objets êtes-vous amené à mettre en vente? Avez-vous une spécialité?

Notre spécialité, c’est d’être variés ! Nous ne faisons toutefois pas l’archéologie, la numismatie, ni la philatélie, et nous faisons assez peu de moyen-extrême orient. Par contre, nous avons de très bonnes pièces, entre le 17e et le 20e siècle, émanant principalement de Belgique, de France, des Pays-Bas… Nous avons aussi un département d’art chinois qui se porte bien.

D'où proviennent ces pièces?

Nous sommes une SVV, une salle de vente volontaire, c’est-à-dire que nous ne vendons rien issu de saisies, de faillites, etc. Chez nous, il s’agit uniquement de dépôts de particuliers, suite à des successions, par exemple. Dans le cas de procédures judiciaires, ce sont les huissiers de justice qui organisent alors la vente et sont accompagnés d’un crieur qui « crie » toutes leurs ventes.

Comment se déroule une vente?

 

Il y a d’abord un catalogue qui est imprimé et envoyé aux abonnés, aux prospects qui sont des personnes intéressées par un artiste, un type d’objet, et que l’on prévient quand une vente peut les intéresser. Nous mettons également ce catalogue en ligne, sur internet, environ 3 semaines avant la vente. Nous exposons les objets au public durant trois jours, le vendredi, le samedi et le dimanche, et la vente est répartie sur deux soirées, le lundi et le mardi.

Durant la vente, je lance les enchères et je guète les mains qui se lèvent dans la salle. Je suis aussi attentif à ce qu’il se passe par téléphone car il y a trois façons d’acheter : être présent physiquement, être contacté par téléphone (après avoir décliné son identité et donné des relevés d’identité bancaire) ou laisser un ordre d’achat (quand le client n’est pas joignable, il donne un montant maximal auquel il est prêt à acheter un objet, en demandant au commissaire-priseur de l’acheter pour lui le moins cher possible).

Nous vendons toute l’année, sauf en juillet et en aout. Le calendrier est établi un an à l’avance. Cela nous permet d’assurer une régularité dans la vente et donc, de contenter les personnes qui sont dans l’urgence de vendre.

Quelle est l'importance d'internet dans votre métier?

 

Internet sert surtout à présenter les objets et à susciter l’intérêt, mais je ne vends pas via le site. Ce n’est pas encore suffisamment au point techniquement. De plus, il y a toujours plus de doutes par rapport à la personne qui veut vendre ou qui doute de la bonne procédure de la vente. Cependant, internet nous assure une visibilité dans le monde, ce que nous n’avions pas auparavant. Nous avons désormais des clients des quatre coins du monde et pas uniquement de Bruxelles. Cela permet aussi de détecter les faux. Lorsque l’on poste les œuvres en ligne, il y a toujours bien une personne dont c’est la spécialité qui réagit, et qui peut nous dire qu’il s’agit d’un faux.

Les ventes « live » enlèvent l’ambiance, la part de stress que l’on ressent lors d’une vente. Toutefois, il y en a qui ne pratiquent que ce genre de vente virtuelle. C’est le cas notamment des ventes industrielles pour lesquelles il est impossible de déplacer les machines, par exemple.

Quelles sont les qualités à posséder?

Il faut avoir l’œil, repérer la qualité, la potentialité d’un objet, même dans un domaine où on s’y connait moins ! Cela s’acquiert avec l’expérience, à force de voir des objets. On apprend tous les jours dans ce métier. Les langues sont également importantes, surtout le néerlandais en Belgique et l’anglais pour le marché international. Nous publions d’ailleurs un catalogue entièrement en néerlandais depuis 2000. Lors de la criée aussi, les langues sont primordiales. Il faut pouvoir s’adapter aux clients que l’on a devant soi ou au téléphone.

Qu'est-ce que vous aimez le plus? Le moins?

J’aime la découverte et les surprises que l’on rencontre parfois. J’aime aussi le fait de faire découvrir aux gens que certains objets qu’ils ne soupçonnaient pas ont de la valeur. Par contre, je n’aime pas du tout le faux et les faussaires.

Quels sont les conseils que vous donneriez à un jeune qui veut se lancer?

Trouver un emploi dans une salle et commencer par la base, c’est-à-dire, aller chez les particuliers, charger le camion, etc. C’est en manipulant les objets qu’on apprend à déceler les imitations et les œuvres authentiques.

 

 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.