Dominique Poncelet, Product manager

Dominique Poncelet est Product Manager chez Eurogentec (Liège) 

Qu’est-ce qu’un Product Manager ? 

Product Manager est un poste de marketing dans une société; c'est la personne responsable d'un produit, un peu comme un «papa qui doit veiller sur ses enfants ». Il doit assurer leur subsistance, en générant un contrat potentiel, en aidant les vendeurs avec des argumentaires de ventes, en travaillant avec les publicitaires, etc. En fait, c’est rythmer la vie du produit, le faire évoluer, c’est avoir des idées de nouveaux produits aussi,... Ici chez Eurogentec, je suis Product Manager en charge des oligonucléotides et du séquençage d’ADN. 

Que fait Eurogentec ? 

C’est une société de biotechnologie, initialement spin off de l'Université de Liège. Nous fournissons à la fois des produits et des services au sens large. C'est-à-dire que nous pouvons effectuer un travail (recherche, mise au point d'un produit ou d'un procédé,..) pour un laboratoire universitaire, ou pour des sociétés pharmaceutiques ou de biotechnologies. 

Eurogentec comporte 3 Business Units (BU) : 

  • une BU Génomique qui s’occupe principalement de vendre des oligonucléotides (des petites molécules d’ADN ou d’ARN qui interviennent dans la plupart des réactions de biologie moléculaire). Avec 55 % du chiffre d’affaires, c'est la plus importante BU d'Eurogentec ; 
  • une BU qui vend notamment des antisérums (des anticorps) ; 
  • une BU- Biologics, dont le but est de faire de la production d’oligonucléotides, d’ADN, de protéines dans des conditions GMP (Good Manufactoring Practice). Les produits GMP constituent le nec plus ultra de la production. Cela signifie, en résumé, qu’il existe différents degrés de qualité, liés aux conditions de fabrication.
    Un premier degré, sans caractéristique particulière; un degré aux normes ISO qui garantit que, au cours de la production, « j’écris ce que je fais, je fais ce que j’écris »; et un degré GMP qui est encore un cran au-dessus, c'est-à-dire que non seulement « j’écris ce que je fais, et je fais ce que j’écris » mais en plus je garde des traces de ce que j'ai fait et j’accepte que des gens viennent m’auditionner pour vérifier que ce que je dis est bien vrai. C’est le degré suprême de contrôle qui permet de vérifier les produits destinés à des entreprises pharmaceutiques, qui seront intégrés dans des médicaments à usage humain. 

Quelles études avez-vous faites ?  

J'ai étudié la biologie à l’Université de Liège, après avoir vu une émission « Buziness Buziness » de la RTBF avec Joseph Martial, qui était à l’époque un jeune chercheur belge rentrant des Etats-Unis. Je me souviens d'avoir été stupéfait par ce qu'il disait sur la biologie moléculaire et le génie génétique. Alors je me suis dit : si je dois faire quelque chose, c’est ça ! Et j’ai réalisé mon rêve puisque j’ai fait des études de zoologie, section biologie moléculaire et cellulaire et qu'ensuite j’ai fait ma thèse chez le Professeur Martial. Ce qui est assez amusant, c’est que la société Eurogentec a vu le jour au sein du service du Professeur Martial. Je l’ai donc vu naître! Il y avait à l’époque, une dizaine de personnes et maintenant nous sommes plus de 200. Après ma thèse, j’ai fait un post-doctorat dans un laboratoire de médecine vétérinaire chez le Professeur Michel Georges. C’était toujours de la génétique mais liée à l’amélioration de la race bovine. Dans ce cadre, j’ai eu l’occasion d’avoir des contacts à plusieurs reprises avec Eurogentec. Encore une fois cette société croisait ma route! Et puis, il y a 3 ou 4 ans, j’en ai eu assez du boulot de chercheur, surtout à cause de la difficulté récurrente d'obtenir des contrats. J’ai envoyé des CV dans beaucoup d’endroits : à l'Institut de Criminalistique, à la sûreté de l’Etat, pour être analyste dans les commissions de biosécurité, au Ministère de la Santé pour être expert dans une commission de bioéthique, chez GlaxoSmithkline, chez Eurogentec ,... Ceux-ci cherchaient à ce moment-là, un Product Manager, une nouvelle fonction dans la société. Comme je n’avais aucun background en marketing, ils m’ont fait passer une petite épreuve : une présentation de ma vision du business des oligonucléotides avec analyses de marché, etc. Cela leur a plu puisque j’ai été engagé directement en tant que Product Manager. 

Quand vous étiez enfant que rêviez-vous de faire plus tard ? 

Je voulais être pilote évidemment ! Vu que j’ai été myope assez tôt, j’ai dû l’oublier. La passion pour les sciences m’est venue très vite. 

Quelles sont les qualités nécessaires pour faire votre travail ? 

La première qualité demandée à un Product Manager c’est de comprendre les besoins des différents clients. C'est donc très bien d’avoir soi-même utilisé les produits de biologie moléculaire pour être mieux capable de les défendre. Il est beaucoup plus difficile, je pense, pour un spécialiste du marketing d’aller vers la science que l’inverse. Il ne faut pas non plus prendre trop à cœur les problèmes qui peuvent surgir, il faut garder la tête froide et relativiser les choses. La curiosité est aussi une qualité essentielle. Dans une société de la taille de la nôtre, il faut être prêt "à mettre la main à la pâte" en tout. Par exemple, les semaines dernières, j’ai été amené à diriger la mise en place de nouvelles interfaces de commandes sur le web. J’ai dû comprendre et acquérir évidemment les notions liées au fonctionnement du web. Il faut donc être polyvalent. En résumé, je dirais qu’il faut avoir un background scientifique suffisamment important pour être à même de comprendre assez vite ce dont on parle car dans les sciences, depuis quelques années, on a affaire à des gens de plus en plus spécialisés. C’est très pointu de sorte qu’il est illusoire de croire que l’on peut dominer plusieurs matières. 

Quels sont les avantages et les inconvénients de votre travail ? 

L'avantage n° 1 est que c'est très varié et donc très excitant. Le désavantage, c’est qu’il faut que tout aille très vite. Si on est trop perfectionniste, on risque parfois d’être malheureux. Il faut trouver le bon équilibre. Je rencontre aussi beaucoup de gens : ceux de la production, ceux de la communication, ceux de l'informatique, et les clients évidemment! Et vu que nous sommes implantés aux Etats-Unis et au Japon, il y a moyen de voyager. 

Quelles sont les perspectives de la société et vos perspectives personnelles ? 

Dans une petite société comme Eurogentec, les possibilités sont immenses. On peut évoluer rapidement. Ces derniers mois, on a engagé une vingtaine de personnes! Pour ma part, de deux choses l’une : soit je progresse vers le haut ici, soit j'acquiers de l’expérience pour pouvoir entamer un parcours similaire dans une plus grande société. On verra ! Mais si on ne monte pas assez vite à une échelle autant sauter sur celle d’à côté ! C’est à la fois ce que tout le monde pense et fait, et c’est aussi le problème des petites sociétés. Notamment pour les techniciens: ils se forment pendant deux ans chez nous puis ils vont frapper ailleurs. 

Quel conseil donneriez-vous à un jeune qui veut faire carrière dans les sciences ? 

Tout dépendra de la façon dont va évoluer la carrière de chercheur. Pour l’instant, il semble qu’il y ait une volonté politique d’améliorer le statut de chercheur scientifique : en essayant au moins d'offrir aux jeunes chercheurs de poursuivre leur recherche autrement que par des contrats de 3, 6, 9 ou 12 mois. Et rarement, 2 ou 6 ans. Ce que je dirais à un jeune qui compte faire de la recherche, c'est de bien se renseigner sur ce que cela implique exactement, des portes que cela ouvre pour le futur. Les carrières scientifiques en général ouvrent plus de portes qu’on ne le croit mais parfois il ne faut pas hésiter à aller voir sur le côté. Par exemple, j’ai plusieurs anciens collègues, biologistes de formation, qui ont refait des études en informatique, et se sont engagés dans la bio-informatique qui connaît un essor terrible. Il faut rester ouvert à tout, ne pas se focaliser sur une seule chose. Surtout ne pas croire que parce qu’on est dans un labo et qu’on fait un doctorat, on est arrivé quelque part. C’est la grave erreur ! Il faut rester humble ! C’est le plus important et le meilleur moyen de ne pas retomber de haut !

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.