Dufrasne,
Psychologue en milieu carcéral

Interview réalisée en janvier 2005

Mme Dufrasne est psychologue clinicienne, en fonction à la prison de Jamioulx

Quelles sont les missions du psychologue au sein du milieu carcéral ?

La première mission est de remettre un avis aux autorités compétentes (administration centrale, commission de libération conditionnelle, commission de défense sociale pour les détenus internés…) en matière d'exécution des peines en général et principalement de toutes les modalités de libération (libération conditionnelle, libération à l'essai, libération provisoire et toutes autres mesures d'exécution de la peine).Tout ce qui relève du domaine de la thérapie et de l'aide au sens thérapeutique du terme ne fait pas partie de nos attributions. Pour cet aspect des choses, c'est la Communauté française qui intervient par l'intermédiaire des services d'aide aux justiciables. Nous avons néanmoins une mission d'accompagnement dans le cadre du plan de détention, de l'accueil et de l'élaboration d'un plan de replacement. Nous avons également une mission d'intervention en situation de crise liée à la situation même de la détention, à son évolution, aux moments critiques qui l'émaillent. Une autre mission se portera davantage à l'endroit du personnel pénitentiaire, un projet d'accompagnement de première ligne des membres du personnel sur leur lieu de travail en cas de victimisation démarre actuellement. Les psychologues peuvent également faire partie de différents projets ( la formation des détenus en prison, développement des relations pères – enfants à l'intérieur des prisons, projet de réflexion à assurer à chaque détenu…), projets qui visent à améliorer l'intégration d'une certaine catégorie de détenus.

Qu'entend -on par personnes victimisées ?

Il s'agit d'un projet de création de groupes locaux d'intervention pour les personnes victimisées sur le lieu de travail. A ces groupes pourront participer les membres du personnel psychosocial ainsi que le personnel pénitentiaire. Nous travaillons actuellement à l'élaboration d'une liste relevant les situations pouvant faire l'objet de ces interventions. Celles-ci peuvent aller de l'altercation verbale sur section avec détenu avec échanges d'insultes ou menace jusqu'à la situation extrême de la prise d'otage, les altercations des membres des familles lors des visites. Nous pouvons également évoquer les confrontations et tentatives de suicide, la crise psychiatrique aigüe chez un détenu. Les agents ne sont pas toujours suffisamment préparés et formés à ce type de situation.

Comment procédez -vous pour l'élaboration des avis remis aux autorités ?

Nous sommes chargés de faire des examens de personnalité destinés à fournir un avis sur la question, sur le type de placement qui conviendrait le mieux.Nous réalisons une analyse de la criminogénèse visant à déterminer les causes qui ont poussé la personne à commettre les faits. Nous tentons d'identifier les éléments qui pourraient être la cause d'une répétition dans des circonstances similaires et ceux susceptibles de diminuer les risques de récidive. Nous recherchons les prédicteurs de comportements et établissons un diagnostic. Nous participons à l'objectif de la direction générale « Exécution des peines et mesures » qui est en fait la direction générale du SPF Justice dont dépendent les prisons, qui est de participer à une exécution sûre et humaine de la peine et ce dans l'intérêt de la victime, de la société et de l'auteur.

Quelles particularités peut–on relever de la pratique du psychologue en milieu pénitentiaire ?

La particularité réside dans le rapport à l'autorité.Nous travaillons comme « expert » intervenant dans un continuum puisque les détenus sont présents sur un temps plus ou moins long allant de quelques semaines à la perpétuité. Nous sommes dans un processus d'évaluation continue de rapport à l'autorité qui conditionne la formulation des avis que nous rendons. Les psychologues en fonction dans des services comme ceux de santé mentale ou les centres de guidance acceptent de travailler dans le cadre d'un injonction judiciaire. Les règles sont clairement fixées en matière de respect de la confidentialité. Lors d'interventions de ces professionnels extérieurs au milieu carcéral, il leur est juste demandé de signaler si le sujet s'est présenté, s'il suit le traitement ou pas. Dans notre rôle d'intervenants en période de crise nous devons être clair quant à la spécificité de notre mission. Notre secret professionnel est limité par la nature de notre mission et est inhérent à la sécurité de l'établissement, de la personne et des tiers. Ce que nous entendons en entretien n'est pas le reflet d'une souffrance supérieure à ce que tout psychologue peut entendre dans un entretien clinique, la difficulté reste la même. Nous observons l'expression de la misère humaine, celle des échecs répétés. La prison est un endroit où certains arrivent lorsque toutes les autres solutions ont échoué. La prise de distance est tout aussi nécessaire. Et comme pour les autres psychologues, il est parfois bien utile de faire appel à une supervision extérieure.

Quelles sont les savoirs faire attendus ?

Le fait d'avoir suivi une licence en psychologie d'orientation clinique est très utile.Les examens de personnalité, l'utilisation de questionnaires de personnalité, les échelles cognitives et actuarielles de prédiction, d'analyse du risque de récidive sont autant d'outils que nous devons être capables d'utiliser avec aisance. Il est possible pour certains de ceux-ci d'accéder à des formations organisées notamment par les universités. L'UMH, en la personne de Mr Pham organise des sessions très intéressantes sur la question. Nous devons bien entendu développer les compétences en techniques d'entretien, à la criminogénèse. Nous devons être à l'aise avec l'écriture de rapport qui prennent beaucoup de notre temps. Nous devons aussi veiller à ce que le contenu soit compris, tant par les décideurs que par l'auteur des faits lui–même, donc veiller à ne pas « fermer » les choses mais à les expliquer de manière suffisamment claire et objective, d'autant plus que les lecteurs ne sont pas des professionnels de la psychologie. Cette capacité de rédaction de rapports n'est pas uniquement exigée dans notre secteur, elle concerne tous les psychologues qui sont amenés à un moment ou un autre à rédiger un bilan.

Les savoirs être ?

Une capacité à s'intégrer dans une équipe et travailler en pluridisciplinarité, à être à l'aise avec l'autorité.Il faut une capacité d'adaptation à l'institution qui est difficile, violente, présentant un climat particulier où la pression et les frustrations sont importantes. Nous devons faire preuve de résistance au stress, d'assertivité, de capacité à exprimer les choses de manière ferme, garder un esprit critique et savoir se positionner « dedans et dehors ». Enfin, rappelons les règles de déontologie, de discrétion, de capacité d'écoute comme tout autre psychologue.

Quelles sont les conditions et procédures à suivre pour être candidat à ce type de poste ?

Il suffit d'envoyer une lettre de motivation et un curriculum vitae à la coordinatrice des psychologues à l'administration centrale.Des recrutements contractuels sont organisés. Pour être nommé en tant qu'agent de l'Etat, vous devrez passer par le Selor qui organise les épreuves écrites. Suite à cela vous serez versé dans une réserve de recrutement. Vous pourrez par la suite être interpellé et devrez passer un an en stage de nomination et suivre des cours à l'IFA, faire un mémoire. A l'issue de ce cursus, vous pourrez être nommé.

Peut–on dire que le secteur présente des perspectives d'emploi ?

Oui, je le crois.La Ministre de la Justice porte une attention particulière au développement, aux données relatives au climat psychosocial global. Un projet de renforcement de l'aide psychosociale pour les annexes psychiatriques des prisons est en cours.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.